
| Regards du siècle |
| Date de publication: 12/4/2010 |
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"Regards du siècle, Les cahiers de l'IDC" Le 29 mars 2010, l’Institut de la Démocratie et de la Coopération a présenté le premier tome de ce qui deviendra sa collection officielle, «Regards du siècle». L’ouvrage constituant ce premier tome est des plus actuels puisqu'il porte
sur la crise économique, financière et politique traversée par les grandes
nations du monde occidentale. Son auteur David Mascré est un jeune
universitaire, professeur de géopolitique de l'énergie et des matières
premières à l'école des Hautes études internationales, qui s'est déjà fait
remarquer par plusieurs ouvrages d'analyse prospective et de décryptage
politique. Sous un titre révélateur et emblématique, « Crise,
krach, collapsus, De la faillite des banques à la ruine des peuples et des
Etats », David Mascré s'attache dans cet ouvrage à sonder les causes
proches et lointaines de la crise contemporaine. Analysant les
mécanismes qui de la crise des subprimes à la crise grecque a conduit la crise
économique a se muer d'une crise immobilière, en une crise boursière, bancaire,
puis financière et monétaire, l'auteur s'efforce de comprendre
les processus qui ont conduit à l'actuel basculement anthropologique et
civilisationnel et de décrypter les facteurs de rupture qui pourraient à terme
conduire à un authentique bouleversement géopolitique mondial. Par delà une analyse technique fondée sur la connaissance la plus à jour
des mécanismes souvent extrêmement complexes qui régissent aujourd'hui la
sphère financière et monétaire, c'est en réalité à une authentique analyse
philosophique, anthropologique et politique que nous convie en réalité David
Mascré dans cet ouvrage en posant à nouveaux frais la question des finalités de
l'économie et des justifications des constructions politiques et sociales édifiées
depuis soixante ans. Outre David Mascré, l'IDC a été honorée de la présence d’un second
conférencier, Adrian Pabst, professeur en science politique à l’Université de
Kent (Angleterre). Après que David Mascré a présenté les grandes lignes de sa
pensée sur la crise contemporaine et donné à voir les grandes lignes
prospectives des évolutions économiques et géopolitiques probables, Adrian
Pabst, en réponse a développé avec force une analyse pointue
des fondements du capitalisme moderne qu'il s'est effircé de mettre
en regard des principes de la doctrine sociale de l'Eglise. Dans sa présentation, David Mascré a commencé par mettre en avant la thèse
centrale de son livre : la crise actuelle n'est pas seulement une crise
économique ou financière mais une authentique crise de
civilisation. Plus qu'une crise de notre crédit, c'est une crise de
notre credo. Techniquement, la crise financière provient de
l'éclatement d'une série de bulles constituées depuis 2001 suite à la décision
prise par Alan Greenspan et les financiers de Wall Street d'accélérer
l'abaissement des taux directeurs de la FED et de prolonger ainsi
artificiellement le maintein de l'american way of life dans un contexte où les
Etats-Unis n'étaient plus en mesure de mobiliser un appareil productif
efficient et où le basculement de la sphère productive vers l'Asie les poussait
à se lancer toujours plus aveuglément dans la fuite en avant du tout financier. Ainsi s'est constituée une gigantesque économie de la dette dont nous
voyons aujourd'hui partout les fruits et dont nous ne faisons que commencer à
payer la facture. Chômage de masse, laminage des classes moyennes,
effondrement des Etats providence, hausse des taxes foncières, explosion de la
pression fiscale, rupture du contrat social, cessation des retraites,
hyperinflation, implosion de l'euro sont autant de scénarii qui sont
aujourd'hui plus que possibles, probables. Aux Etats-Unis, la crise s'est déployée selon une série de mécanismes
désormais bien identifiés. La stagnation des salaires, le basculement du
pouvoir vers l'actionnaire et la basculement vers une économie
hyperfinanciarisée ont créé les conditions d'un découplage de l'économie
financière d'avec l'économie productive. Face à la stagnation des salaires,
et à la constitution de la bulle immobilière, une large frange des
classes moyennes et inférieure américaines s'est retrouvée dans
l'incapacité d'accéder à la propriété. L'artifice des subprimes a un temps
donné l'illusion d'un possible rattrapage. Mais sans empêcher l'explosion
financière attendue. La faillite avait des causes financières et
économiques mais aussi sociales, notamment le besoin ressenti par certaines
familles de s'éloigner des centre villes délabrés et confrontés à un effondrement
du niveau scolaire. Mais la crise était surtout due à une politique monétaire
irresponsable menée par l’ancien président de la Federal Reserve, Alan
Greenspan. Au lendemain de l'explosion de la bulle internet en 2000-2001,
Greenspan a permis que la Fed déverse des montagnes de liquidité dans
l’économie pour relancer la machine. De fil en aiguille, on s'est ainsi
mis en quelque sorte à payer les gens pour emprunter. On a ainsi
pénalisé l’épargne tout en favorisant à outrance le crédit. C’est cela
qui constitue la racine, la source première, de la crise de 2008. Parallèlement la décennie 2000-2010 a vu la Chine connaître un fantastique
essor économique et industriel. A partir de 1990, la Chine adopte une voie de
développement propre synthèse de volontarisme politique, de dirigisme
planiste et de capitalisme individuel. Elle commence sa montée en
puissance. La Chine est ainsi passée successivement du statut d'atelier
du monde, d'usine du monde, avant peut-être de devenir demain le laboratoire
du monde. Un duopoloe s'est ainsi mis en place, savamment agencé,
entre les Etats-Unis et la Chine. Les Américains achètent les produits à bas
coût, les Chinois amassent des réserves de monnaie. Ce double mécanisme a
permis aux Américains de continuer à maintenir leur pouvoir d’achat. Les Chinois pouvaient lancer leur machine industrielle, conceptualisée dans
les années 1980 par Deng Xiao Ping. Emmanuel Todd dit à juste titre que
l’économie américaine est en crise depuis la guerre du Viet-Nam. Les
Etats-Unis ont été obligés de casser le système qu’ils avait construit au
lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu’ils ont annoncé la fin du
remboursement en or en 1971. Ils ont été obligés de rompre
avec le système né après la guerre. Leur stratégie était désormais de
couvrir les failles du système. Du point de vue juridique, un des points
essentiels est la rupture du contrat social conçu par le New Deal et même par
Henry Ford. Le pouvoir était partagé entre les producteurs et les
patrons. Il n’en sera plus ainsi. L’actionnariat n’était pas bien
payé à cette époque. A partir de l’arrivée au pouvoir de Reagan, le
pouvoir est passé à ceux qui détenaient les actions. Basculement
anthropologique, sociologique et économique – basculement civilisationnel.
Logique du court terme, recherche d’un profit le plus vite possible, au
détriment d’une politique de puissance et de la croissance dans le long terme. Cette crise est un vrai basculement, un glissement civilisationnel.
La crise que nous vivons n’est pas une crise de notre crédit mais une crise de
notre credo. C’est une crise dans notre façon de penser le monde et la
société. Cette crise est avant tout anthropologique. Nous ne
pouvons pas compartimentaliser les différentes parties de la crise.
Hélas, le système de formation de nos élites nous empêche de voir ce qui se
joue aujourd'hui sous nos yeux. Il y une compartimentalisation
mentale chez nos élites. L’unilatéralisation de la pensée, que nous
appelons la pensée unique, est précisément le résultat d’une perte de
l’esprit de finesse, et de la capacité de saisir les choses avec le cœur.
C’est un excès de mathématisation, fruit de l’ère technique et du fétichisme de
la technique. Ce fétichisme structure nos esprits et fait de nous des
robots. Bergson a envisagé une humanité qui aurait un supplément
d’âme : or, l’hypertrophie de la technique s’est traduit par un
amoindrissement de l’âme. Cette tendance techniciste et matérialiste est
lié à l’hypertrophie de la machine. L’irruption de l’informatique – la
facilitation incroyable du transfert des informations - permet des flux
financiers incessants, fonctionnant sur des montants colossaux, qui n’a plus
aucun rapport au réel. Le réel, c’est l'engagement sur la durée.
L’économie casino aujour'dhui dominante fonctionne sur le culte du
court terme. C'est uen économie virtualisée, qui fait operdre aux
décideurs le contact avec le réel et l'objectivité. Notre rapport au
réel est désromais essentiellement faussé quand il n'est pas complètement
perturbé. L'hypermathématisation de la finance a donné aux banquiers et
aux spéculkateurs l'illusion de disposer d'une base de sceintificité alors que
les modèlkes utilisés reposaient pour l'essentiel sur du vent. Le drame de
l'histoire,
c'est qu'elle ne repasse pas les plats. Si nous ne tirons pas les
leçons des crises passées, nous risquons fort de couler. Il faut trouver les
hommes qui seront capables demain de revenir au réel et de faire en toutes
circonsatnces d'une rigueur morale sans faille. Sans cela noius risquons fort
de continuer à nous enfoncer chaque jour un peu plus dans la crise. Au plan géopolitique, de graves troubles sont aussi devant nous. Crise
sociale, émeutes, ruptures territoriales, risquent de conduire à
l'effoindrement de certains Etats et à la multiplication des zones
d'instabilité. On l'oublie trop souvent mais la guerre est aussi une
possible voie de sortie de crise. Le problème est que nous sommes
désormais en présence de dizaines d'Etats nucléarisés ou doté d'armes de
destruction massives. Le pire n'est jamais sûr mais il ne faut pas l'exclure. La meilleure source d'espérance demeure la persistance de la capacité de résistance des peuples. Ce n'est qu'en renouant avec le fil de leur histoire et de leur tradition longue que les peuples pourront trouver la ressource pour retrouver la vopie de la liberté et éradiquer les causes ayant conduit à cette crise profonde et durable.
De gauche à droite: David Mascré, l'auteur; John Laughland, Directeur des Etudes de l'IDC; Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l'IDC; Adrian Pabst, professeur à l'Université de Kent (Angleterre) |
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