
| "Une Russie de nouveau conquérante" |
| Date de publication: 4/9/2009 |
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UNE RUSSIE DE NOUVEAU CONQUERANTE Entretien avec Natalia NAROTCHNITSKAÏA conduit par Galia ACKERMAN Politique internationale No. 123, printemps 2009 ![]() Il est naturellement impossible de demander aux dirigeants du Kremlin de retracer longuement le cadre conceptuel dans lequel ils inscrivent leur action. Mais si l'on souhaite vraiment comprendre les repères idéologiques de l'équipe au pouvoir en Russie, il faut interroger l'historienne Natalia Narotchnitskaïa, l'une des théoriciennes les mieux en cour à Moscou. Mme Narotchnitskaïa, née en 1948, est une personnalité célèbre dans son pays. Ancienne collaboratrice au secrétariat de l'ONU à New York à l'époque soviétique (1982-1989), elle a été élue députée de la Douma en 2003, en tant que membre du bloc patriotique Rodina. Pendant la durée de son mandat à la Douma (2003 à 2007), elle occupa la vice-présidence du Comité des affaires internationales et présida le Comité de surveillance du respect des droits de l'homme à l'étranger. Figure de proue des milieux nationalistes russes, où elle se distingue par sa culture universitaire et par son talent de polémiste, Mme Narotchnitskaïa est une fervente adepte de la Grande Russie. Elle s'est publiquement prononcée en faveur du renforcement de l'Église orthodoxe russe ; elle a soutenu l'intervention armée en Tchétchénie en 1994-1996 ; elle a, aussi, protesté contre l'élargissement de l'Otan et dénoncé l'opération militaire de l'Alliance atlantique en ex-Yougoslavie en 1999. Dans les années 1990, Mme Narotchnitskaïa n'était pas très bien vue de la direction politique eltsinienne, soucieuse de conserver, dans la mesure du possible, de bons rapports avec l'Occident ; mais depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin, en 2000, l'équipe au pouvoir, ainsi que l'Église orthodoxe russe, semblent s'inspirer des thèses de l'historienne. Mme Narotchnitskaïa entretient également des liens étroits avec certains milieux nationalistes et conservateurs européens qui s'insurgent contre le « diktat des États-Unis et de l'Otan » et contre la mondialisation. Pour elle, une Russie forte représente le principal rempart contre un monde unipolaire dominé par l'Amérique. Depuis 2008, elle préside le bureau parisien de l'« Institut de la démocratie et de la coopération », dont la seconde filiale se trouve à New York. Cet Institut - formellement, une organisation russe à but non lucratif - a pour ambition de comparer certains aspects des droits de l'homme et de la démocratie en Russie et en Occident. Son objectif à peine voilé consiste à relativiser les acquis de la démocratie occidentale. Auteur de plusieurs ouvrages à succès en Russie, Mme Narotchnitskaïa a récemment publié en France Que reste-t-il de notre victoire ?, où elle affirme en particulier que la guerre froide ne saurait être expliquée par une opposition entre le « camp communiste » et le « camp démocratique », mais plutôt par la crainte qu'inspirait à l'Occident une Union soviétique victorieuse du nazisme et contrôlant une partie considérable de l'Europe. Cette interprétation de l'histoire visant à réhabiliter la politique stalinienne s'inscrit dans la démarche idéologique actuelle du Kremlin : s'appuyer sur le passé ancien et récent pour justifier une politique étrangère agressive. Aujourd'hui, explique la chercheuse, la Russie est en train de redevenir une grande puissance, ce qui inquiète à nouveau l'Occident. Car celui-ci la préférerait faible et incapable de défendre ses intérêts. Mais Moscou, on s'en doute, ne l'entend pas de cette oreille... Cet entretien constitue un document saisissant pour tous ceux qui désirent se faire une idée précise de la vision du monde qui inspire l'élite russe. Galia Ackerman - Dans une formule restée célèbre, Vladimir Poutine a qualifié l'éclatement de l'URSS de « plus grave catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Qu'est-ce qui explique une telle vision du passé ? D'autres anciens empires - comme la France, la Grande-Bretagne ou l'Autriche, par exemple - n'éprouvent guère une nostalgie comparable... Natalia Narotchnitskaïa - À la différence de la France et de la Grande-Bretagne, mon pays n'a jamais été un empire colonial - ni à l'époque tsariste ni à l'époque soviétique. J'admets cependant qu'il existe une certaine similitude entre l'Autriche-Hongrie et la Russie puisque ces deux empires n'ont jamais eu de colonies d'outre-mer. D'ailleurs, je vous rappelle que l'une des principales raisons de la Seconde Guerre mondiale résidait dans la volonté des grandes puissances de l'époque de récupérer des parties de l'empire austro-hongrois, démantelé en 1919. La paix de Versailles, qu'ont orchestrée les Anglo-Saxons, avait produit des secousses tectoniques gigantesques dont les effets se sont fait sentir pendant des décennies... Pour les Américains aussi, le second conflit mondial était l'occasion de jouer un rôle déterminant dans une zone autrefois placée sous la domination de Vienne. Permettez-moi de citer un document rédigé en septembre 1941 par le Conseil pour les relations étrangères des États-Unis - une institution chargée d'élaborer la politique extérieure américaine. Ce texte affirme : « La guerre actuelle offre la possibilité de procéder à un redécoupage du monde, de la Bohême à l'Himalaya en passant par le golfe Persique. Il faut, en particulier, réorganiser l'Europe de l'Est afin de créer une zone tampon entre les Slaves et les Teutons. » Quant à la disparition de l'URSS, je n'ai pas attendu Vladimir Poutine pour qualifier cet événement de « catastrophe ». Pendant des siècles, la Russie s'était formée en tant qu'État aux confins des grandes civilisations ; et, depuis les conquêtes de Pierre le Grand au début du XVIIIe siècle, elle était, selon l'expression de la Grande Catherine, un pays « sans lequel aucun canon en Europe ne tirait ». Toutes les autres puissances européennes prenaient ses intérêts en compte. L'éclatement de l'URSS - ou, plus exactement, le dépeçage de la Russie (car les frontières soviétiques étaient grosso modo celles de l'Empire russe) - a mis le monde en branle : nombreux sont ceux qui souhaitent s'emparer des diverses parties de ce vaste ensemble géographique. À vrai dire, les agissements des pays occidentaux autour de la Russie dans ses frontières actuelles rappellent, à s'y méprendre, ceux des pays européens il y a deux ou trois cents ans. La « fenêtre ouverte sur l'Europe », selon la formule qu'a employée Pierre le Grand pour désigner la présence russe sur la mer Baltique, a empêché la bonne vieille Europe de dormir pendant deux siècles. De même, les vieilles puissances ont été malheureuses de voir la Crimée, le Caucase ou l'Asie centrale rejoindre l'Empire russe. Aujourd'hui, les pays occidentaux sont de nouveau en proie à l'inquiétude devant le renforcement de la Russie. G. A. - D'après vous, les pays occidentaux sont-ils les seuls à souhaiter l'affaiblissement de la Russie ? N. N. - Non, plus maintenant. Un facteur nouveau s'est ajouté à la fin du XXe siècle : le facteur islamique, qui va s'amplifier dans les prochaines décennies pour des raisons démographiques. Les États musulmans ne sont plus de pauvres pays colonisés ; parmi eux, on retrouve désormais nombre de géants pétroliers. Et certains de ces États soutiennent subrepticement des organisations islamistes internationales, comme les Frères musulmans, qui prêchent la diffusion des idées de l'« islam véritable » dans le Caucase du Nord et dans d'autres régions de la Fédération de Russie à dominante musulmane, et qui vont jusqu'à prôner la création de « territoires islamiques » indépendants du pouvoir central. Globalement, pour revenir à la phrase de Vladimir Poutine, entraîner sur des orbites géopolitiques nouvelles des peuples qui avaient fait, deux cents ou trois cents ans durant, partie de l'Empire russe est un changement radical et dramatique qui provoque une instabilité nouvelle dans le monde. G. A. - Mais dans quelle mesure ces peuples et leurs territoires sont-ils indispensables à la Russie ? Je parle ici non seulement du Caucase, mais de l'ensemble des pays issus de l'ex-URSS... N. N. - Avec ses étendues infinies, son climat rude, ses sols parfois gelés jusqu'à 1,70 m de profondeur (même dans la région de Moscou), la Russie n'est pas vraiment viable sans ses périphéries. Cette nécessité de s'étendre vers le sud et vers l'ouest a toujours été l'une des priorités de la politique intérieure et étrangère russe, sous les tsars comme à l'époque soviétique. Je ne parle pas, ici, de la nature de l'expérience communiste (je pense qu'il faut en faire abstraction : nous espérions tous, chacun de nous à sa façon, que cette expérience se terminerait). En l'occurrence, je fais référence à des intérêts stratégiques propres à la Russie en tant que telle. J'ajoute que le démembrement de l'État unitaire qu'était l'URSS et, auparavant, l'Empire russe représente également une grande tragédie humaine. On a divisé le pays en quinze États indépendants, en vertu de frontières administratives internes, sans prendre en compte les intérêts des peuples et des individus qui vivaient dans ce pays ! Plusieurs peuples se sont trouvés artificiellement séparés et partagés entre différents États - comme les Russes, mais aussi les Ossètes, les Ruthènes et tant d'autres. Heureusement, l'expérience de la vie commune acquise aux époques tsariste et soviétique a permis d'éviter des conflits inter-ethniques sanglants. Il n'empêche que l'on a assisté à plusieurs conflits locaux - mais, Dieu merci, ils ont été d'une ampleur limitée. Je dois dire que la retenue de certaines populations arrachées à leur pays a été absolument admirable. Je pense, en particulier, aux habitants russes et russophones de la Crimée - un territoire qui a été incorporé à l'Ukraine en 1954, qui est demeuré au sein de la république d'Ukraine jusqu'à la chute de l'URSS, et qui est donc revenu à l'Ukraine au moment de la dislocation de l'URSS. Ces habitants refusent d'être « dérussifiés » de force, mais ils se comportent de façon parfaitement civilisée. G. A. - Vous avez mentionné un document émis par le Conseil pour les relations étrangères des États-Unis. Ce document est-il publié ? N. N. - Bien sûr que non. C'est un document secret qui porte la mention : « À ne pas diffuser à l'extérieur du Département d'État. » G. A. - Où l'avez-vous trouvé ? N. N. - Dans les Archives de la politique extérieure auprès du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. Il avait été volé par les services secrets soviétiques et déclassifié au milieu des années 1990. J'ai été la troisième ou quatrième personne à le consulter. G. A. - Plusieurs livres publiés en Russie ces dernières années s'appuient sur des documents « secrets » auxquels ne peuvent accéder que des « personnes de confiance ». En clair, on nous abreuve d'informations invérifiables. Comment pouvez-vous être certaine que le texte en question n'est pas un faux ? N. N. - J'ai consulté ce document en anglais ainsi que sa traduction en russe. Les Archives de la politique extérieure sont une institution fiable. Si elles ont attribué un numéro à ce document et qu'il se trouve dans leurs fichiers, c'est qu'il a été étudié par des archivistes et reconnu authentique. Je vérifie toujours mes sources avec le plus grand soin, surtout lorsqu'il s'agit de documents qui relèvent de l'idéologie. G. A. - Vous avez dit qu'il fallait faire abstraction de l'expérience communiste. Mais ne pensez-vous pas que la principale raison de la guerre froide était justement la diffusion de l'idéologie communiste dans une partie considérable de l'Europe ? N. N. - Je ne le crois pas. Dois-je vous rappeler que la férocité du régime communiste sous Lénine - une période où l'on a fait fusiller par milliers des bourgeois, des intellectuels, des ingénieurs et des prêtres, sans le moindre procès - n'avait soulevé aucune condamnation particulière en Occident ? Pourquoi une telle mansuétude? Tout simplement parce que ce régime était faible et avait renoncé à une partie des territoires de l'Empire tsariste : la Finlande, les pays baltes, une partie de l'Ukraine et de la Biélorussie, etc. En revanche, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'URSS s'est élargie au-delà même des anciennes frontières de l'Empire russe, la guerre froide a immédiatement commencé ! Voilà qui me pousse à poser une question politiquement incorrecte : puisque vous autres, les Occidentaux, avez tant ménagé Lénine (que vous compariez volontiers à Robespierre), pourquoi vous êtes-vous tellement acharnés contre Staline ? Staline n'a fait que continuer l'oeuvre de Lénine ! Pour ce qui est des répressions, les deux se valent. Ce qu'a fait Staline dans ce domaine relevait de la tactique la plus classique : la révolution a dévoré ses propres enfants. Toute la cohorte des vieux bolcheviks a été exterminée. Alors, peut-être que ce ne sont pas les purges qui ont ému les Occidentaux, mais le fait que les frontières soviétiques de 1945 ont restauré et même augmenté la grandeur de l'Empire russe ! Je résume : dans les années 1920, l'Occident ne s'est pas spécialement opposé au régime bolchevik, jugé faible et guère dangereux. Mais quand, en 1945, l'URSS est devenue un géant géopolitique auréolé de sa victoire contre l'Allemagne nazie, la guerre froide a été déclenchée. N'est-ce pas curieux ? Et qu'on ne me dise pas que cette guerre froide était due exclusivement à la crainte et à la répulsion qu'inspirait Staline ! Après la mort de ce dernier, Khrouchtchev en a fini avec les répressions de masse. Des centaines de milliers de personnes ont été réhabilitées. Mais la guerre froide a continué. Alors, pourquoi l'attitude occidentale à l'égard de l'URSS n'a-t-elle pas évolué ? Bien sûr, c'était un régime rigide ; mais à partir de 1956, il avait complètement abandonné la logique d'extermination qui avait été la sienne pendant le premier quart de siècle après la révolution. Et vous devez admettre que, sous Brejnev, l'URSS s'est comportée comme un partenaire normal sur la scène internationale, un partenaire qui respectait les conventions et les traités internationaux. Alors, pourquoi l'Occident a-t-il tellement tenu à prolonger la guerre froide, pourquoi a-t-il toujours rêvé de démembrer ce géant, si ce n'est pour des raisons géopolitiques ? G. A. - Si, comme vous le dites, les peuples de l'Union soviétique vivaient en harmonie, comment expliquez-vous les processus centrifuges de la fin des années 1980 ? Pourquoi Mikhaïl Gorbatchev n'a-t-il pas réussi à conserver l'unité de l'État soviétique ? Pourquoi, au moment de la chute du régime communiste, la Russie n'a-t-elle pas su trouver les arguments pour convaincre les autres républiques de poursuivre l'aventure commune ? N. N. - Ce qui s'est passé relève de la plus pure folie ! On a laissé les républiques partir sans demander la moindre contrepartie, sans étudier les questions des frontières, etc. Il est vrai que la Constitution soviétique stipulait le droit des républiques à l'autodétermination, jusqu'à la sécession ; mais, en réalité, cette disposition contredit très clairement le droit international. À l'ONU, on n'a reconnu ce principe qu'à l'égard de l'Afrique noire, en période de décolonisation. Pour moi, il est évident que, au moment de l'effondrement de l'URSS et pendant les dix années qui ont suivi, l'équipe au pouvoir a délaissé les vrais intérêts stratégiques du pays. Le régime du président Eltsine s'appuyait non pas sur les éléments « sains » de la nation, mais sur des libéraux qui, à l'instar des premiers bolcheviks, étaient prêts à sacrifier des territoires et, plus globalement, les intérêts nationaux au nom de l'affirmation de leurs idéaux. D'ailleurs, ces « libéraux » vilipendaient avec la dernière rage tous ceux qui avaient des différends idéologiques avec eux ! Or, pour atteindre des objectifs géopolitiques, la nation doit établir un consensus : il faut décider, par exemple, si nous avons besoin ou non d'un accès à la mer Baltique. G. A. - À ce propos, quelle est votre position sur la question des pays baltes? N. N. - On aurait pu reconnaître leur droit à la sécession en tant que républiques soviétiques, ce qui aurait probablement permis de négocier notre présence militaire dans ces pays et de préserver nos intérêts économiques et commerciaux. En tout état de cause, il ne fallait en aucun cas reconnaître le retour à leur souveraineté d'avant la Seconde Guerre mondiale car, de ce fait, toute la période soviétique perdait sa légitimité. Mais, à l'époque, qui s'en souciait ? Prenez le cas de Chypre: les Britanniques en sont partis, mais l'île conserve deux langues officielles - le grec et l'anglais - et les bases britanniques y sont toujours présentes. Nos libéraux n'ont pensé à rien de tel. Ils ont agi comme si l'État russe d'avant la révolution n'avait jamais existé, comme si l'URSS n'avait jamais existé. Leurs slogans étaient d'une simplicité enfantine : ils souhaitaient « passer du totalitarisme à la démocratie ». Ils fantasmaient sur le marché et sur Coca-Cola. Ils n'ont même pas eu l'idée de réfléchir sur ce qui s'était passé au XXe siècle. Or il est possible de réfuter l'idée marxiste sans, pour autant, ridiculiser la vie de nos pères et de nos grands-pères. Car l'Union soviétique n'est pas devenue une grande puissance à cause des répressions, mais grâce à sa victoire sur le nazisme. Et, pour vaincre, Staline, en homme rusé, a ressuscité l'idée de la Patrie, même si c'était la patrie socialiste. Nos parents et grands-parents se sont battus non pas pour l'État, mais pour la patrie ! G. A. - Vous avez toujours affirmé que la Russie ne devait surtout pas perdre le contrôle des « périphéries »... N. N. - Je me souviens très bien d'un discours que j'ai prononcé à l'Académie de l'état-major soviétique, trois jours après l'annonce des accords signés dans la forêt de Bélovej par les présidents russe, ukrainien et biélorusse (Boris Eltsine, Léonid Kravtchouk et Stanislav Chouchkevitch) - accords qui ont entériné la fin de l'URSS. La conférence sur la sécurité de l'URSS à laquelle je participais avait été planifiée trois ou quatre mois auparavant. Il régnait une drôle d'atmosphère à l'Académie : l'URSS avait cessé d'exister, mais personne n'osait le dire à haute voix. J'étais à l'époque une assez jeune chercheuse à l'Institut des relations internationales de Moscou, et je vous assure que, devant un tel auditoire, j'avais les genoux qui tremblaient ! Voici ce que j'ai dit, en substance, à cette assistance composée uniquement de généraux et de colonels : « Ce n'est pas l'URSS qui vient d'être écartelée, mais l'État russe. En échange de la sortie du totalitarisme, on nous propose de renoncer à trois cents ans de l'histoire russe. Que feront les armées devenues nationales, alors qu'elles ont prêté serment à l'URSS ? En réalité, aucun des États nouvellement formés ne résulte d'un développement historique naturel conjuguant trois éléments : une nation, un territoire, un État. Je n'ai rien contre le fait de renoncer au marxisme ; mais qu'advient-il de notre patrie? » Mon intervention a été accueillie par un silence gêné même si, par la suite, plusieurs personnes m'ont félicitée dans les couloirs... G. A. - Après le départ de Boris Eltsine, c'est un homme dont les convictions sont bien plus proches des vôtres qui s'est installé au Kremlin : Vladimir Poutine. Il a conscience, lui, de la « catastrophe géopolitique » qu'a constituée la chute de l'URSS. Cette catastrophe, il souhaite en réparer les dégâts. Mais pourquoi, sous Poutine, la Russie n'a-t-elle pas essayé de se montrer « amicale » à l'égard de ses anciens territoires devenus indépendants, afin de redevenir leur partenaire privilégié ? Moscou aurait pu tendre la main à l'Ukraine ou à la Géorgie, mais il n'en a rien été... N. N. - Je partage partiellement votre analyse. Je pense, comme vous, que notre politique manque de souplesse : elle est juste sur le fond, mais pas toujours dans la forme. Sur le fond, j'aimerais vous rappeler certaines thèses du discours que Vladimir Poutine a prononcé à Munich, en 2007. En substance, il a envoyé le message suivant aux pays occidentaux : « Cessez de dissimuler sous une feuille de vigne vos éternelles visées géopolitiques. Ne prétendez plus que votre action est guidée par des valeurs morales prétendument universelles ! » À mon sens, ce discours de Poutine a clairement signifié que la Russie n'était pas dupe des grands mots qu'emploient les États-Unis, et qu'elle contestait le droit de ce pays à gérer de façon unilatérale les affaires du monde. À propos de la forme, maintenant. Ne pensez-vous pas que, des années durant, la Russie s'est montrée particulièrement conciliante ? Nous avons dit aux anciennes républiques soviétiques qu'il leur appartenait d'opter pour les rapprochements militaires et politiques de leur choix ; nous avons renoncé à notre présence militaire dans plusieurs zones du globe ; nous avons démantelé nos stations de radars destinées à la détection précoce des lancements de missiles intercontinentaux, qui étaient situées dans les Caraïbes et au Vietnam ; liste non exhaustive. Qu'avons-nous obtenu en échange de tous ces gestes de bonne volonté ? Non seulement l'élargissement de l'Otan à toute l'Europe de l'Est, mais aussi l'intention de l'étendre à des territoires ayant historiquement appartenu à l'État russe, comme l'Ukraine et la Géorgie ! D'ailleurs, voyez l'activité de milliers d'ONG en Ukraine et en Géorgie qui, même si elles s'occupent, pour la plupart, de choses innocentes, n'en orientent pas moins la jeunesse et l'intelligentsia vers les valeurs occidentales. Leur propagande présente la Russie comme un pays arriéré, si bien que les Ukrainiens et les Géorgiens sont très surpris, quand ils ont l'occasion d'aller à Moscou, en découvrant qu'il s'agit d'une métropole ultramoderne. Il est indéniable que nous ne travaillons pas assez pour contrecarrer la propagande occidentale. Nous n'avons pas de véritable politique à l'égard de l'« étranger proche » alors même que ces pays sont nos voisins et nos frères. Mais les relations entre « frères » sont, hélas, dépendantes des intérêts très particuliers de clans puissants, en Russie comme dans les pays voisins... La crise du gaz qui nous a opposés à l'Ukraine cet hiver l'a encore une fois parfaitement illustré. G. A. - J'aimerais revenir sur la situation en Géorgie. La crise géorgienne couvait depuis des années. N'est-il pas indéniable que c'est la Russie qui porte la responsabilité de la dégradation des relations entre les deux pays depuis l'arrivée de Mikheïl Saakachvili au pouvoir à Tbilissi, en 2004 ? N. N. - Ce n'est pas si simple. L'hostilité des Géorgiens à l'égard de la Russie, nourrie par les Britanniques, s'était déjà exprimée à la fin des années 1910 et au début des années 1920. On en trouve de nombreux témoignages dans des mémoires rédigés à l'époque, par exemple ceux d'Anton Denikine, l'un des chefs de l'Armée blanche. Récemment encore, j'ai lu des interviews du grand cinéaste géorgien Otar Iosseliani, qui parle de la haine et du mépris traditionnels de ses compatriotes à l'encontre des Russes. J'ai étudié des documents de la CIA datant de la première moitié des années 1950, qui évaluaient les appuis potentiels en cas de guerre américano-soviétique. Ces documents mentionnaient, parmi les alliés possibles, l'Ukraine occidentale (mais pas le reste de l'Ukraine) et la Géorgie. Ces deux contrées étaient dépeintes comme des territoires où le sentiment antirusse était profondément ancré. Je dis bien antirusse, et non seulement antisoviétique. Contrairement à l'idée romantique que se faisaient beaucoup de Russes à propos de la Géorgie - qu'ils voulaient voir comme une alliée orthodoxe fidèle -, une partie de l'élite géorgienne était prête, dès l'époque tsariste, à prendre les armes contre les Russes, même s'il fallait, pour cela, s'allier avec les Perses. Pour revenir à l'actualité, les Russes ont été déçus par le régime de Saakachvili. Ils ont eu du mal à digérer que la Géorgie puisse devenir un instrument permettant aux Américains d'évincer la Russie du bassin de la mer Noire. Mais je reconnais que nos dirigeants se sont montrés maladroits : on aurait pu trouver mieux qu'interdire l'importation des vins géorgiens en Russie ! Quant aux rafles de la milice contre les Géorgiens à Moscou, il y a quelques années, c'était une véritable honte. Nous pâtissons d'un vrai manque de culture politique, hélas ! G. A. - Vladimir Poutine a commencé sa présidence par la « pacification » très sanglante de la Tchétchénie - une opération qui a coûté la vie non seulement à près de 200 000 Tchétchènes mais, également, à des milliers de militaires russes. Et, récemment, il y a eu la guerre russo-géorgienne. En dix ans, l'État russe a, certes, été renforcé, mais son image est redevenue celle de l'« ours » - d'autant plus que l'ours est le symbole du parti au pouvoir, Russie unie. Les autres pays ont l'impression que l'« ours russe » ne sait défendre ses intérêts que par l'usage immodéré de la force. Est-ce une bonne image pour la Russie ? N. N. - Je ne suis pas entièrement d'accord avec vos conclusions, même s'il est vrai que la presse occidentale aime publier des caricatures assez répugnantes à propos de notre pays. Vous parlez de « pacification sanglante de la Tchétchénie ». Moi, je ne comprends pas pourquoi l'Occident n'a rien trouvé à redire aux crimes que le régime de Djokhar Doudaev (le premier « président » indépendantiste de la Tchétchénie) avait perpétrés bien avant le début de la première guerre tchétchène en 1994. Ce régime a commis d'innombrables violations des principes du droit international. Savez-vous que presque 200 000 habitants russes de Tchétchénie ont été chassés de cette république, lors d'un véritable nettoyage ethnique ? Savez-vous combien de jeunes filles et de femmes russes ont été violées par des Tchétchènes ? Or ce coup d'État organisé par un petit colonel, Djokhar Doudaev, dans les meilleures traditions de l'Amérique latine, a été présenté en Occident comme le « couronnement d'une lutte pour la libération nationale ». Mais quand Moscou a enfin réagi, nous avons été agonis d'injures ! G. A. - Je me permets de vous faire remarquer qu'aucun pays occidental n'a reconnu la Tchétchénie indépendante... N. N. - C'est exact. Il n'empêche que les Occidentaux ont héroïsé les indépendantistes tchétchènes. Or, même si elle a employé des méthodes brutales, la Russie était dans son droit. La crise tchétchène est une plaie profonde qui se cicatrise peu à peu, Dieu merci, bien que je doute que le Caucase soit un jour totalement calme. Il y a trop d'intérêts et de convoitises en jeu : des intérêts britanniques, turcs, iraniens et autres. Les guerres du Caucase ont toujours eu des causes géopolitiques... G. A. - Y compris la récente guerre russo-géorgienne... N. N. - Pour ce qui concerne la Géorgie, je vous rappelle que cette république a grossièrement enfreint une loi adoptée par l'URSS en 1990. En vertu de cette loi, une république soviétique souhaitant déclarer son indépendance avait l'obligation d'organiser des référendums dans chacune de ses régions autonomes, afin que les minorités puissent s'exprimer. Eh bien, non seulement cette clause n'a pas été respectée, mais le premier président de la Géorgie, Zviad Gamsakhourdia, a simplement aboli le statut d'autonomie de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, et a lancé des attaques militaires contre les Ossètes du Sud dès 1989. Tous ces manquements n'ont pas empêché la communauté internationale de reconnaître la Géorgie dans ses frontières soviétiques. Ce qui veut dire que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud sont officiellement restées dans le giron géorgien alors que, aux yeux des Abkhazes et des Ossètes, il s'agissait là d'une immense injustice. Je considère donc que, cet été, la Russie avait le droit, juridiquement parlant, de reconnaître l'indépendance de ces deux territoires. Et la direction russe a eu raison de démontrer que l'on ne peut pas piétiner indéfiniment ses intérêts. Notre peuple approuve pleinement cette politique. Imaginez que, au moment de l'attaque de l'Ossétie du Sud par Saakachvili, la Russie ait trahi les Ossètes et ses propres forces de maintien de la paix stationnées sur place. Le lendemain, nous aurions eu, dans tout le Caucase du Nord, dix nouvelles prises d'otages semblables à celle de Beslan ! Nous avons dû faire un choix : soit agir pour empêcher l'embrasement du Caucase, quitte à déplaire à la Maison Blanche ; soit laisser faire Saakachvili, ce qui nous aurait probablement valu l'approbation polie d'un George W. Bush. Naturellement, nous avons opté pour la première solution et notre position a été bien comprise. D'ailleurs, nos relations avec l'Occident reviennent progressivement à la normale, comme il fallait s'y attendre. G. A. - Vous-même avez toujours été favorable à l'indépendance pour les Ossètes du Sud et les Abkhazes... N. N. - Oui, et je ne le cache pas. Je suis restée fidèle aux positions que j'ai défendues dès le début des années 1990. Mais à l'époque, j'étais une sorte de paria ; à présent, je suis invitée sans arrêt à la télévision, on m'écoute enfin. Je refuse même des invitations car je ne veux pas passer pour un « agent du Kremlin » ! Je demeure égale à moi-même ; mais comme le gouvernement a évolué, ainsi que sa politique, je me suis retrouvée dans le « mainstream ». Si seulement vous saviez ce que j'ai enduré de la part de l'establishment à l'époque eltsinienne ! G. A. - Vous affirmez que, dans la conception de sa politique étrangère, n'importe quel pays agit en fonction de ses intérêts géopolitiques vitaux, en se couvrant au besoin d'une « feuille de vigne idéologique ». En ce cas, qu'est-ce que la reconquête de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud apporte à la Russie ? N. N. - Mais c'est évident ! D'une part, historiquement, les Abkhazes et les Ossètes ont toujours été du côté russe, dans toutes les épreuves. Ils ont été fidèles à la Russie tsariste, ils ont été fidèles au pouvoir communiste, et ils sont restés fidèles à la Russie actuelle. D'autre part, si on avait laissé Saakachvili agir impunément sous l'impulsion des Américains, tout le Caucase du Nord aurait fini par s'embraser ! Imaginez que, en plus, l'Ukraine, avec la Crimée en son sein, ait intégré l'Otan. Une telle conjonction d'événements aurait sonné le glas de la Russie en tant que grande puissance. G. A. - Je ne comprends pas très bien votre mise en garde à propos d'un possible embrasement du Caucase du Nord. La Tchétchénie, principal foyer d'instabilité dans la région, est « pacifiée » grâce à la poigne de fer de Ramzan Kadyrov. Pourquoi la reprise du contrôle de l'Ossétie du Sud par la Géorgie aurait-elle mis la région à feu et à sang ? Lorsque Saakachvili a rétabli la souveraineté géorgienne sur l'Adjarie, sans un seul coup de feu, le reste du Caucase n'a pas bougé... N. N. - Comment se fait-il que vous ne compreniez pas ? Si la Géorgie se trouvait au bord de l'océan Arctique, personne ne s'intéresserait à elle. Mais elle fait commerce de sa position géopolitique. Vous parlez de l'Adjarie : admettez que la reconquête du port de Batoumi (la capitale adjare) a été vitale pour le régime géorgien. Le contrôle du transit des hydrocarbures est fondamental pour ce régime. C'est pour cette même raison que Tbilissi a toujours rêvé de reprendre le contrôle de la côte abkhaze, située au nord de l'Adjarie : l'importance stratégique des ports abkhazes n'est plus à démontrer. Quant à l'Ossétie du Sud, elle n'aurait pas toléré un gouvernement fantoche instauré par Tbilissi. Une telle tournure des événements aurait nécessairement provoqué un embrasement aussi bien sur place que dans tout le Caucase du Nord... Il ne faut pas oublier que l'Ossétie du Sud est l'une des portes du Caucase. G. A. - Je n'arrive pas à vous suivre. L'Ossétie du Sud est séparée de l'Ossétie du Nord, et donc de la Fédération de Russie, par la chaîne du Caucase. Cette chaîne forme une frontière naturelle entre la Russie et la Géorgie. De quelle « porte » parlez-vous ? N. N. - Et le tunnel de Roki, qui passe sous les montagnes et relie l'Ossétie du Nord à l'Ossétie du Sud ? G. A. - C'est vrai, il y a cette voie d'accès. Mais si les Russes redoutaient vraiment une pénétration géorgienne via l'Ossétie du Sud et le tunnel de Roki, ils auraient pu, tout simplement, condamner ce tunnel... N. N. - N'importe quel militaire vous le dira : c'est la porte du Caucase. Je connais les lieux, j'ai été observatrice lors des élections en Ossétie du Sud. Plus généralement, pourquoi l'Occident s'intéresse-t-il, depuis deux cents, voire trois cents ans, au Caucase ? Selon plusieurs analystes, le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan - une installation chère aux Américains, qui traverse le Caucase d'est en ouest en contournant la Russie - n'aura aucun impact sur les cours du pétrole dans les vingt-cinq ans à venir. Et, pourtant, cet oléoduc a été construit au prix d'investissements gigantesques. L'explication est évidente : le « BTC », comme on l'appelle, existe avant tout pour des raisons géopolitiques. Il s'agit, toujours et encore, du partage du monde en sphères d'influence. Comprenez-moi bien : je ne me réjouis pas du conflit russo-géorgien. Mais le fait que la Russie ait su prendre une décision difficile, malgré toutes les protestations occidentales, a démontré sa force et son autosuffisance. Nous ne pouvons plus rien faire pour rétablir notre contrôle sur les pays de l'Europe centrale intégrés à l'Otan, mais il était temps d'arrêter la pression qui s'exerçait sur nous au plus près de nos frontières. Le moment est venu de mettre fin à la période d'instabilité mondiale qui a résulté de l'éclatement de l'URSS. Nous voulons contribuer à instaurer une période plus calme, propice à la mise en place d'un nouvel équilibre international. Ne serait-ce que parce que, sans stabilité, la démocratie sur le continent européen ne pourra pas être préservée. G. A. - Que pensez-vous de l'élection de Barack Obama ? Est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour la Russie ? N. N. - Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Mais j'y vois un certain danger. Ces dernières années, les élites européennes ont été anti-américaines. Il était tout simplement indécent de soutenir l'administration Bush. Avec Obama, le pro-américanisme peut revenir à la mode en Europe... G. A. - Pour terminer, j'aimerais vous interroger sur un concept qui vous tient à coeur : l'« idée russe ». Dès les années 1990, Boris Eltsine s'était mis en tête d'élaborer une telle « idée » afin de combler le vide idéologique apparu après l'effondrement du système communiste. Quelle est votre définition de cette idée russe ? N. N. - On a beaucoup écrit à propos de l'idée russe. Mais ce concept n'a jamais été une véritable doctrine. Il s'agit d'une notion métaphysique. C'est quelque chose de difficilement définissable et de très particulier, comme pour toute nation d'ailleurs. Le philosophe Nicolas Berdiaev a consacré à cette question un livre entier (L'Idée russe, 1946) où il abordait des sujets comme le sens de l'existence nationale ou l'idéal de la sainte Russie. À la fin du XIXe siècle, le penseur Vladimir Soloviev remarquait que chaque peuple avait sa définition de son pays : « La belle France », « Good old England », etc. Pour la Russie, c'est précisément « la sainte Russie ». Nous ne pensons pas qu'elle soit sainte, mais c'est notre idéal - un idéal qui contraste fortement avec la réalité, d'où les tourments de notre intelligentsia. Bien sûr, nous caressons aussi le rêve de l'unité slave, mais je ne crois pas que nous devions fonder notre politique sur la slavophilie. Lorsque des officiels bulgares pleurent d'émotion en hissant le drapeau de l'Otan, je pense avec tristesse à la mort de nos soldats qui les ont libérés de la domination turque... G. A. - Qu'est-ce que la Russie peut proposer au monde ? N. N. - Je crois que la Russie possède quelque chose que les Américains n'auront jamais : la capacité de respecter l'autre, sa différence. En réalité, la Russie représente un « modèle réduit » du monde, bien plus que les États-Unis. La Russie vit en même temps au XIXe, au XXe et au XXIe siècle. Elle combine l'opulence et la misère ; la technologie de pointe y côtoie les conditions de vie les plus primitives ; on trouve, sur son territoire, tous les climats possibles ; de nombreuses religions et civilisations y cohabitent. La coexistence relativement harmonieuse de toute cette diversité confère à la Russie une expérience unique. En tout cas, nous n'avons jamais eu de guerres de religions comparables à celles qui ont sévi en Europe. Nous sommes à l'opposé de l'aspiration qui viserait à uniformiser le monde sur la base des valeurs libérales (une aspiration qui n'est pas si éloignée, dans l'esprit, de la vision trotskiste). Dans un tel monde, il n'y aurait de place ni pour l'orthodoxie slave ni même pour la grande culture européenne. Bref, je crois que le modèle américain a montré sa stérilité et ses limites : on ne peut pas bombarder un pays parce qu'il n'est pas organisé « comme il faut » ! Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que cette faiblesse américaine donne une chance au modèle russe. À nous d'en profiter ! Interview publiée dans Politique internationale No. 123, printemps 2009 |
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