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Rapport sur le Haut-Karabagh

Date de publication: 18.11.2010



 République du Haut Karabagh

Apprentissage de la démocratie et impérative recherche d’une solution

 

I.           Les élections parlementaires du 23 mai 2010

 

Les élections parlementaires prévues pour élire 33 députés à l’Assemblée nationale du Haut Karabagh (HK) ont été conduites selon le système de vote majoritaire pour 16 représentants et  17  au scrutin proportionnel. Quatre partis ont présenté des candidats au scrutin de liste :

-          Mère Patrie Libre une liste de 35 candidats,

-          Le Parti démocratique d’Artsakh, 32

-          Le Parti Dachnak, 10

-          Le Parti Communiste, 5

40 candidats se sont présentés au scrutin majoritaire dans 16 circonscriptions électorales. Parmi ces 40 candidats, 22 se sont présentés sans étiquette, 6 pour la formation Mère Patrie Libre, 4 pour le Parti Démocratique d’Artsakh, 3 pour le parti Dachnak et 1 candidat pour chaque des formations suivantes :  Notre patrie est l’Arménie, le Parti communiste d’Artsakh et le Parti chrétien démocrate. 16 circonscriptions et 272 bureaux de vote (plus un à Erevan) étaient répartis sur le territoire du HK.


L’équipe responsable du bureau électoral n°15/19 à Sarouchen 

90 observateurs internationaux en provenance de 14 pays (Canada, Russie, Arménie, Argentine, Pays Bas, RFA, Iran, République tchèque, Slovaquie, Danemark, Irlande, France et États Unis) ont participé à l’observation du cinquième scrutin parlementaire conduit depuis 1991. Vingt-deux observateurs locaux (11 de l’ONG Renaissance morale, 9 de l’Institut diplomatique de l’Artsakh et 1 de l’organisation de la jeunesse Hayk) étaient également présents. Vingt-neuf journalistes internationaux étaient accrédités, essentiellement en provenance d’Arménie et de Russie.

L’ensemble des rapports produits par les différentes équipes d’observation (France, RFA, Russie, Argentine, délégation néerlandaise du Public International Law and Policy Group (une ONG américaine candidate au prix Nobel de la Paix en 2005) ont insisté sur le fait que les élections ont été menées de manière libre, honnête et transparente, conformément aux normes internationalement reconnues. Par rapport aux précédents scrutins, il a été noté une amélioration dans l’organisation et le fonctionnement des opérations de vote notamment une plus grande fiabilité des listes d’électeurs, une meilleure définition des voies de recours, un matériel parfaitement conforme(isoloirs-urnes), la reconnaissance de l’identité des électeurs (passeport avec photo). Certes, des progrès pourraient encore être envisagés : limitation du nombre d’inscrits par bureau, accessibilité des centres de vote. Une meilleure couverture du territoire électoral pourrait également être prévue en ce qui concerne le travail des observateurs internationaux.

La campagne préélectorale s’est déroulée dans le calme avec un accès mieux aménagé des candidats auprès du corps électoral, une information plus large dans la limite des ressources financières des partis en présence et de leurs organes de presse respectifs, l’organisation pour la première fois d’un débat télévisé dans le créneau des trois heures de diffusion de la télévision locale regroupant les quatre formations politiques en compétition et cela l’avant-veille du scrutin.

98 519 électeurs étaient conviés au vote. La participation de 67,8% s’est révélée moyenne par rapport au précédent scrutin (74,4% en 2005). Selon les résultats proclamés le 24 mai par la Commission électorale, l’électorat s’est réparti au scrutin proportionnel comme suit :   

-         Mère Patrie Libre  46,4%

-         Parti Démocratique d’Artsakh 28,6%

-         Parti Dachnak 20,2%

-         Parti Communiste 4, 8%

Le parti Mère Patrie Libre de l’actuel Premier Ministre M. Ara HARATUYUNYAN apparaît ainsi comme le grand vainqueur du scrutin (avec 14 députés sur 33) et, s’il devait rallier certains candidats indépendants, pourrait disposer de la majorité au Parlement. C’est pourtant M. Achot GOULIAN, chef du Parti démocratique d’Artsakh qui a été réélu le 10 juin Président du Parlement (29 voix pour 1 abstention et 3 voix contre). Cette première session du nouveau Parlement s’est faite en la présence d’une délégation française de quatre parlementaires de l’Assemblée nationale conduite par le Président du groupe d’amitié France Arménie, M. François ROCHEBLOINE.

Il ne durait pas s’en suivre d’importants changements dans la composition de l’équipe gouvernementale.

L’élection parlementaire du 23 mai 2010 s’inscrit ainsi dans la liste déjà longue des scrutins menés dans la République du Haut Karabagh :

 

-          Référendum sur l’indépendance le 10 décembre 1991 : la question posée était la suivante : « Acceptez-vous que la République du Haut Karabagh soit un État  indépendant décidant lui-même les formes de coopération avec d’autres États ou communautés ?».

 

Sur 132 328 inscrits, 108 736 ont répondu

·         Oui : 108 615

·         Non : 24

 

-          Élections parlementaires :

 

28 décembre 1991 : élection au Soviet Suprême de la RHK

30 avril 1995 : élection à l’Assemblée nationale de la RHK

18 avril 2000 : élection à l’Assemblée nationale de la RHK

19 juin 2005 : élection à l’Assemblée nationale de la RHK

-Élections présidentielles

            24 novembre 1996 : 78,07% en faveur de M. Robert KOCHARYAN

            1er septembre 1997 : 84,6% en faveur de M. Arkady GHOUKASIAN

11 août 2002 : 75,7% en faveur de la réélection de M. Arkady GHOUKASIAN

19 juillet 2007 : 85,12% en faveur de M. Bako SAHAKYAN

 

-          4 élections locales en 1998, 2001, 2004 et 2007.

 

C’est sans doute ce qui explique les propos du Président SARKISSIAN lors de sa visite à Bruxelles le 26 mai qu’  « au cours des années, diverses structures y compris l’Union européenne déclarent qu’elle ne reconnaissent par les élections au Haut Karabagh. Nous sommes convaincus qu’il n’y a pas d’autre option que les élections. L’alternative au choix libre des populations correspondrait à la prise de pouvoir de commandants ou d’autres forces incontrôlées auxquels nous sommes opposés. Nous considérons dès lors tout à fait normal que le peuple du Haut Karabagh parvienne à organiser du élections transparentes et démocratiques. Le peuple du Haut Karabagh a su construire un État moderne démocratique apte à développer ses relations avec tous les pays voisins » .

 


Le siège de l’Assemblée nationale de la RHK

 

Telle n’est pas été la position de l’Union européenne, Catherine ASHTON déclarant les élections parlementaires du Haut Karabagh « inconstitutionnelles et privées de tout fondement juridique, susceptibles de porter préjudice au règlement pacifique du conflit du Haut Karabagh ».

 

Les Co-Présidents du groupe de Minsk, plus nuancés, déclaraient qu’ « ils comprennent la nécessité du pouvoir en place d’organiser la vie sociale de la population du Haut Karabagh en accord avec une procédure démocratique » mais soulignent aussitôt qu’aucun des trois pays coprésidant le groupe n’a reconnu le Haut Karabagh comme un État indépendant et souverain ».

 

Sans surprise, la Commission électorale de l’Azerbaïdjan indiquait dans un communiqué publié le 23 mai que les élections au Haut Karabagh « violaient la Constitution de l’Azerbaïdjan et la loi internationale », rappelant que la « tenue d’élections et référendums sur le territoire de l’ Azerbaïdjan est sa prérogative exclusive » . Elle condamnait la présence d’observateurs internationaux comme une « interférence flagrante dans les affaires intérieures de  l’Azerbaïdjan ».  Certains organes de presse révélaient que les autorités azéries avaient inscrit l’ensemble des observateurs présents lors du scrutin du 23 mai dont cinq parlementaires russes, sur une « liste noire », les privant aussi de l’entrée sur le territoire de l’Azerbaïdjan.

 

En parallèle, le Ministre turc des Affaires Étrangères indiquait que ces élections  « jettent une ombre sur la stabilité régionale et réduisent à zéro les efforts des médiateurs internationaux oeuvrant à une solution pacifique du conflit du Karabagh ».

 

II.       Argumentaires croisés

 

Le Haut Karabagh est partie de l’Arménie historique depuis le 1er millénaire AC sous le nom d’ARTSAKH. Il a eu à connaître diverses prises de contrôle, la dernière en date étant son annexion dans l’Empire russe lors du traité de Gulistan entre la Russie et la Perse en 1813.  

 

Le  différend sur le territoire commence en 1918 avec la création d’un nouvel État, l’Azerbaïdjan. Ce dernier n’est cependant pas reconnu par la Société des nations qui stipule qu’  « il ne peut être considéré de jure comme un État anciennement constitué, car ayant fait partie de l’Empire mongol, de la Perse et de la Russie depuis 1813 et de plus, il est difficile de déterminer les limites exactes du territoire sur lequel le gouvernement d’Azerbaïdjan exerce son autorité ». Du côté azéri,  on fait valoir que nonobstant l’absence de reconnaissance par la SDN, l’Azerbaïdjan était un État puisqu’il possédait, conformément à la Convention de Montevideo de 1933, l’ensemble des attributs d’un État. Le Haut Karabagh était occupé par des forces armées azéries, que Bakou considère comme ayant été l’émanation d’un État constitué, le territoire de cette première République d’Azerbaïdjan dont la République actuelle mise en place en 1991 se considère comme l’héritière directe. Ce contre-argument est contestable par le fait que la Convention de Montevideo signée en 1933 ne peut être applicable à l’Azerbaïdjan de 1918, d’autant plus qu’il n’avait été reconnu par aucun membre de la communauté internationale.


La Présidence de la République à Stepanakert

 

En 1921, la République soviétique de Russie, ainsi que les trois Républiques de Géorgie, d’Arménie et d’Azerbaïdjan signent avec la Turquie le traité de Kars – aux termes duquel le Karabakh faisait partie de l’Azerbaïdjan aux termes de l’article 4, annexe 1 du texte. La partie arménienne peut faire valoir que ce texte a été signé sous la pression des circonstances, notamment l’épuisement économique et moral, dues aux guerres et à l’instabilité régionale des années 20 et ne faisait que reproduire des décisions prises à son insu lors du traité bilatéral russo-turc de Moscou signé antérieurement.  La Charte des Nations Unies dans son article 2, paragraphe 1 stipule en effet qu’il n’est permis à aucun État de décider des questions liées à la définition du territoire d’un autre État.

 

La partie arménienne conteste par ailleurs la décision prise en 1923 par le Bureau du Caucase du Pacte communiste russe stipulant que « se basant sur des considérations de paix nationale entre les Musulmans et les Arméniens, autant que sur les échanges économiques entre le Bas et le Haut Karzbagh et leurs liens permanents avec l’Azerbaïdjan, maintient le Haut Karabagh au sein de frontières de l’Azerbaïdjan en lui conférant un statut de large autonomie ». La partie azérie s’estime confortée par ce texte qui lui donnerait une légitimité vieille de 70 ans. Les autorités et la population du Karabagh n’ont pourtant cessé, tout au long de cette période, d’adresser au Comité Central de l’URSS, nombre de demandes de réunification avec l’Arménie, toutes restées sans réponse. Il apparaîtrait également approprié de questionner la décision de l’Azerbaïdjan de rejeter l’ensemble de l’héritage soviétique en dénonçant en 1991 le Traité d’établissement de l’URSS de 1923.

 

La loi soviétique sur la sécession du 3 avril 1990 et son application est également l’objet d’interprétations pour le moins divergentes.

 

L’article 2 stipule : «  La décision de sécession d’une République soviétique de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques s’exprime par la volonté du peuple de cette République au moyen d’un référendum. La décision de conduire un référendum est ratifié pour le Soviet Suprême de la République soviétique qu’elle soit prise au sein de cette Assemblée ou requise par dix pour cent au mois des résidents permanents disposant du droit de vote conformément  aux lois de l’URSS ». La partie arménienne insiste sur le fait qu’aucun référendum n’ait été organisé, le gouvernement soviétique d’Azerbaïdjan ayant adopté la Déclaration d’indépendance le 18 octobre alors que la population avait le 17 mars voté à une large majorité pour le maintien au sein de l’URSS. Cela ne serait pas sans poser de questions sur la légitimité de cet État  dont pourtant les Nations Unies s’évertuent à affirmer l’intégrité territoriale dans la question du Karabagh.  

 

La loi de succession dans son article 3 stipule par ailleurs que « les populations résidant dans les régions autonomes se voient conférer le droit de décider de manière indépendante de rester au sein de l’Union soviétique et dans la République ayant exercé son droit à la sécession tout aussi bien que de décider de leur propre statut juridique ».  Le peuple du Haut Karabagh avait ainsi disposé du droit à son autodétermination, en conformité par ailleurs avec la Charte des Nations Unies, article 1, paragraphe 2. Il l’aurait exercé lors du référendum conduit le 10 décembre 1991, alors que la loi soviétique s’exerçait encore pleinement et dans la hiérarchie des lois applicables et était supérieure à toute autre. La partie azérie rétorque à cette argumentation que l’Azerbaïdjan avait proclamé son indépendance antérieurement à la tenue du référendum et avait déjà supprimé avant cette date la statut d’autonomie du Haut Karabagh.

 

Pour résumer, les revendications et argumentations des deux parties, arménienne et azérie, apparaissent bien être totalement divergentes.

 

 

III.    Actualité de la question

 

La position arménienne exprimée au Ministère des Affaires Étrangères privilégie comme base de discussion dans le règlement de la question du Haut Karabagh les principes de Madrid proposés en décembre 2007 par les trois Co-Présidents du groupe de Minsk (États Unis – Russie – France) et rendus publics lors du sommet du G8 à l’Aquila le 10 juillet 2008 :

 

1)      Retour des territoires entourant le Haut Karabagh sous contrôle azerbaïdjanais,

2)      Statut intérimaire pour le Haut Karabagh garantissant la sécurité et la gouvernance locale,

3)      Maintien d’un corridor entre l’Arménie et le Haut Karabagh,

4)      Discussion du futur statut du Haut Karabagh sur le principe de l’expression populaire notamment lors d’un référendum,

5)      Droit au retour pour l’ensemble des personnes déplacées et réfugiés,

6)      Garanties internationales de sécurité sur l’ensemble du territoire qui comprendrait une opération de maintien de la paix

 

 

L’ordonnancement de mise en œuvre de ces mesures n’ayant jamais été clairement établi, la position de l’Arménie est que, selon la compréhension des principes de Madrid, le retour des réfugiés et le retrait militaire des territoires autour du Haut Karabagh ne sauraient être mis en œuvre qu’après que le statut définitif du Haut Karabagh ait été déterminé, une approche totalement à l’opposé de celle de l’Azerbaïdjan. Pour résumer, l’Arménie est en faveur d’une formule de « statut en échange de terres ». L’Arménie rejette par ailleurs ce qu’elle considère comme les atermoiements de la diplomatie azerbaïdjanaise arguant de la nécessité de préparer son opinion publique aux concessions alors que les déclarations belliqueuses sont quotidiennes et que le renforcement du potentiel militaire est continu, dépassant largement les quotas définis dans les textes du traité FCE.

 

 

L’amélioration des relations avec la Turquie actuellement en difficulté après la suspension par la partie arménienne de la ratification des protocoles de normalisation, leur signature restant toutefois maintenue, ne serait en aucune façon, selon la diplomatie arménienne, liée au différend sur le Haut Karabagh. Il n’empêche que le processus de règlement de cette question a et aura des répercussions sur l’avenir des relations entre Ankara et Erevan.

 

 

La diplomatie arménienne se plaît par ailleurs à rappeler la légitimité de deux consultations menées en 1991 dans le cadre de la loi soviétique sur la  succession, à savoir la déclaration des autorités de la République autonome du Haut Karabagh en date du 2 septembre de faire sécession de l’Azerbaïdjan suivie du référendum d’approbation conduit le 10 décembre massivement en faveur de la sécession et de l’élection du Parlement de la nouvelle République du Haut Karabagh le 28 décembre suivant.

 

 

L’argumentation appuyant la thèse selon laquelle le Haut Karabagh n’a jamais juridiquement fait partie de l’Azerbaïdjan qu’il s’agisse de la Première République (1918-20), de la République soviétique (1920-91) ou de la République actuelle, reposant sur les « graves manquements » au droit international à la fin de la guerre civile des années 20 alors que l’Arménie était à genoux serait, selon la diplomatie arménienne, tout aussi solidement étayée.


La ville de Chouchi, en grande partie détruite lors de la bataille de mai 1992, peine à se reconstruire.

 

De la position de l’Azerbaïdjan, plus difficile à connaître directement puisque l’auteur de ces lignes y est désormais interdit de séjour, on peut retenir les propos du président Ilham ALIYEV prononcés lors de la Journée de la République le 28 mai : « Le conflit doit être résolu sur la base du principe de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan. Tous les territoires occupés de l’Azerbaïdjan doivent être libérés. Les personnes déplacées azéries doivent rentrer sur les terres où elles sont nées y compris au Nagorno-Karabagh. En ce qui concerne cette dernière région, les communautés arménienne et azérie doivent y vivre sur la base d’un statut de large autonomie au sein du seul État azeri […] La semaine dernière, le Parlement européen a adopté une résolution faisant référence à la légalité internationale et décrivant l’Arménie comme un État  agresseur. Elle indique clairement le caractère inacceptable de la violation des frontières d’un État par utilisation de la force et qu’il est inacceptable d’accepter le statu quo, la situation de non-guerre, non-paix ne pouvant perdurer […]. Aucun doute, le conflit du Haut Karabagh demeurera une priorité de notre politique. Nous mettrons tous nos efforts au service de la recherche d’une solution juste et rapide basée sur la légalité internationale libérant nos terres des envahisseurs et restaurant l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan […]. Le potentiel militaire de l’Azerbaïdjan nous permet d’exécuter cette tâche avec succès dans un temps très court ».

 

La tenue du scrutin au Haut Karabagh a coïncidé avec l’adoption le 20 mai par le Parlement européen d’une « Résolution sur la nécessité d’une stratégie de l’Union européenne du Caucase du Sud » considérant que « l’UE doit jouir un rôle politique plus actif en élaborant une stratégie combinant son pouvoir de  convaincre et son aptitude à contraindre en concertation avec les pays de la région ». L’aptitude à  convaincre ne semble pas avoir été à la hauteur en ce qui concerne l’approche du conflit du Haut Karabakh du moins si l’on prend en compte la réaction pour le moins indiguée des autorités arméniennes. Le ministre des Affaires Étrangères, M. NALBANDIAN relevait dès le 21 mai «  la confusion manifeste dans la formulation », une critique reprise dans un courrier du Président de l’Assemblée nationale arménienne au Président du Parlement européen. Il y est notamment souligné que « dans quatre des six points de la résolution traitant du conflit du Karabagh, la formulation adoptée va à l’encontre des avancées dans les négociations devant conduire à un règlement pacifique du conflit du Karabagh […] et sont en contradiction avec les principes de Madrid, la déclaration de Moscou et le communiqué de l’Aquila auxquels la résolution fait référence ». L’exigence de « retrait des forces arméniennes de tous les territoires qu’elles occupent en Azerbaïdjan semble avoir été tout particulièrement irrecevable à Erevan.

 

 

Cette confusion pourrait s’expliquer selon la diplomatie arménienne par le fait que le rédacteur du texte incriminé, le député bulgare Yevgueni KIRILOV n’avait pas daigné effectuer une visite dans la région et notamment au Haut Karabagh, ni de consulter les Co-présidents du groupe de Minsk. On peut relever de manière concomitante que le représentant spécial de l’UE pour le Caucase du sud, le suédois Peter SEMNEBY, une décision n’a jamais effectué de visite à Stepanakert alors que la résolution appelle désormais à « l’envoi d’une importante mission d’observation sur le terrain, susceptible de faciliter la mise en place d’une force internationale de maintien de la paix lorsqu’une solution politique aura été trouvée ».

 

 

La confusion ambiante croît encore avec la décision prise par Mme ASHTON de ne pas renouveler le mandat du même Envoyé spécial de l’Union européenne, P. SEMNEBY que certains ont pu considérer comme une forme de désengagement et un manque d’ambition qui vient en contradiction avec le semblant d’intérêt renouvelé du Parlement européen.

 

 

IV.      Perspectives

 

Andrei SAKHAROV, défenseur des droits des populations du Haut Karabagh, indiquait au début du conflit que « le problème du Karabagh est une affaire d’ambition pour l’Azerbaïdjan et une question de vie ou de mort pour le peuple du Karabagh ». L’ancien président de la RHK, Arkady GHOUKASIAN indiquait pour sa part que « si l’Azerbaïdjan a le pétrole, les Arméniens ont la diaspora ».

 

Si l’on devait dès lors s’interoger sur les étapes à venir, il faudrait tenir compte de l’équilibre certes toujours instable mais désormais vieux de seize années régissant les relations entre les deux belligérants. L’attaque azérie dans la nuit du 18 au 19 juin dernier près du village de Tchaïlou (région de Martakert) ayant entraîné la mort de quatre soldats du HK et quatre blessés est cependant là pour rappeler que les escarmouches sur la ligne de font où aucune force d’interposition n’est présente sont quotidiennes et cruelles. Il semble pourtant qu’aucune opération d’envergure ne devrait être lancée dans les deux à trois prochaines années.

 

Dernier élément en date, la  déclaration commune des Président russe, américain et français, adoptée le 27 juin dans le cadre du G8 appelle les présidents arménien et azerbaïdjanais à « faire un pas de plus et terminer l’élaboration de principes fondamentaux afin de pouvoir procéder à la mise au point d’un projet de traité de paix ». Le texte adopté poursuit en indiquant que « les Co-Présidents du groupe de Minsk considèrent que les parties opposées (l’Arménie et l’Azerbaïdjan) ont fait un pas important en avant en reconnaissant le fait qu’un règlement durable doit être basé sur plusieurs principes dont notamment la reconstitution des territoires autour du Haut-Karabakh, un statut intermédiaire du Haut-Karabakh lui garantissant la sécurité et l’autogestion, ainsi que la création d’un couloir reliant le Haut-Karabakh à l’Arménie ».

 

Rien n’est prononcé à l’égard des autorités de la RHK démocratiquement mandatées dont il devrait apparaître approprié de les associer à nouveau à l’élaboration de nouveaux schémas de règlement, ainsi que cela leur avait été reconnu lors du sommet de Budapest en mars 1994. L’association des autorités de la RHK écartées du processus de règlement depuis mars 1997 est un vœu exprimé de manière appuyée par le Président SAHAKYAN.

 

 

Le Groupe de Minsk, parallèlement à l’action des diplomaties bilatérales et multilatérales où la Fédération de Russie assume actuellement un rôle moteur et dont on pourrait espérer que l’Union européenne puisse concourir de manière mieux affirmée, devrait ainsi s’investir d’une nouvelle vigueur. On pourrait, pour qualifier l’action du Groupe jusqu’à présent, paraphraser une formule publicitaire en vogue aujourd’hui de « n’avoir jamais été si près d’être si loin ».

 

 

Ainsi que l’indiquait un ancien Président du Conseil français, Henri QUEUILLE, il n’est en effet « pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre ».


Personnes rencontrées

 

A.      A Stepanakert

 

-M. Bako SAHAKYAN, Président de la République du HK

- M. Serguei NASIBYAN, Président de la Commission Électorale Centrale

- M. Ashot GULYAN, Président du Parlement et Président du parti « Parti démocratique de l’Artsakh »

- M. Spartak TEVOSYAN, Vice Premier Ministre et Ministre des Finances

- M. Georgi M. PETROSSIAN, Ministre des Affaires Étrangères

- M. Vassili ATADIANIAN, Vice Ministre des Affaires Étrangères

- M. Gagik PETROSSIAN, Député et membre de la Présidence du parti Mère Patrie Libre

-M. David ISHKHANYAN, Président de la  Fédération arménienne révolutionnaire Dachnak 

-M. Hrank MELKOUMYAN, Président du Parti Communiste du HK

-M. Norek GASPARIAN, Responsable de la chaîne de télévision du HK

-M. Leonid MARDIROSSIAN, Editeur en chef du quotidien gouvernemental « Azad Artsakh »

-M. Vahram ATANESYAN, Député du Parti  Démocratique d’Artsakh  et Président de la  Commission des Affaires Étrangères au Parlement du HK

 

- Représentants des ONG suivantes :

 

·         Institut pour une Diplomatie populaire

·         Organisation des Jeunes Analystes politiques

·         Association des Réfugiés venus d’Azerbaïdjan

·         Union des médecins du HK

·         Centre pour la coopération internationale

·         Club de la presse de Stepanakert

·         Organe de presse  Demo 

·         Intelligentsia de l’Artsakh

·         Université de l’Artsakh

·         Centre international pour le développement humain

 

 

B.      A Erevan

 

 -    M. Tigran Kimovitch BALAYAN, Responsable des Services d’information et de presse  

      au Ministère des Affaires Étrangères

-     Mlle Karina KARAPETYAN, Journaliste à l’Agence d’information  De Facto et au bimensuel  Karabakhski Express 

-     M. Serge SMESSOW, Ambassadeur de France

-     M. Serguei P. KAPINOS, Ambassadeur Chef du bureau de l’OSCE

-     M. Vadimir N. KAZIMIROV, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et Premier Vice Président de l’Association des diplomates de la Fédération de Russie ( longtemps chargé de la question du HK notamment au sein du groupe de Minsk)



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