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IDC a reçu le président de la République tchèque.

Date de publication: 01.04.2012

Le président Klaus dédicace son livre dans la Salon Foch du Cercle de l'Union interalliée, Paris, le 2 avril 2012

     Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l'IDC, a ouvert la séance avec cette allocution introductive.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 Permettez-moi de me présenter: je suis Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l'Institut de la Démocratie et de la Coopération.   Notre Institut est un think-tank russe installé à Paris depuis 2008.  Nous organisons tous les mois des colloques et des tables rondes sur les grandes questions de l'actualité politique - sur le droit international, sur le rapport entre la souveraineté des états et les droits de l'homme, sur les relations est-ouest, et sur la mémoire historique, notamment des grandes guerres en Europe. Je vous invite très chaleureusement à vous inscrire sur notre liste de diffusion afin que nous puissions vous inviter à nos manifestations futures, et j'espère avoir le plaisir de vous accueillir personnellement dans nos locaux qui se trouvent près de l'Hôtel Matignon rue de Varenne dans le 7e arrondissement de Paris.

Je vous souhaite la bienvenue aujourd'hui dans un lieu symbolique et chargé d'histoire.  En effet, le Cercle de l'Union Interalliée a été créé en 1917 pour les membres de la Triple Entente, c'est-à-dire de l'alliance entre la France, la Russie et le Royaume-Uni - cette Triple Entente qui soutiendra la naissance de la Tchécoslovaquie en 1918.  Dès 1920, a été reçu dans ces salles, en tant que ministre des affaires étrangères de la Tchécoslovaquie, le futur président de la République tchécoslovaque, Edouard Benes.

Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'accueillir l'actuel président de la République tchèque, Vaclav Klaus, à l'occasion de la présentation de son ouvrage "Sauver les démocraties en Europe."  Vaclav Klaus est un personnage tout à fait unique, dans son propre pays comme en Europe.  Economiste de formation, Vaclav Klaus a été nommé Ministre fédéral des Finances de la Tchécoslovaquie en décembre 1989.  En octobre 1991, il devient vice-président du gouvernement fédéral.  Fondateur du Parti Civique Démocratique, il est l'architecte principal de la transition économique de son pays, l'une des plus réussies dans l'ancien bloc de l'Est.  En  juin 1992 il devient Premier Ministre de la République tchèque.   Occupant cette fonction jusqu'en 1997, Vaclav Klaus devient président de la Chambre des députés en 1998 et pour un mandat de 4 ans.  Le 28 avril 2003, Vaclav Klaus est élu président de la République, et réélu en 2008.

Par conséquent, on peut affirmer sans exagérer que Vaclav Klaus a été le personnage dominant de la politique tchèque pendant deux décennies.  Mais ce qui rend sa carrière unique, c'est le fait qu'il a toujours soutenu des idées politiques très claires - sur les libertés politiques et économiques, sur l'Union européenne, sur le réchauffement climatique, sur la famille et sur la nation.  Il a ainsi dominé non seulement le paysage politique de son pays mais aussi son paysage intellectuel: il n'est guère de sujet de débat dans la politique tchèque dont il ne soit pas à l'origine.  A maintes reprises il a exprimé son scepticisme à l'égard de l'évolution de l'Union européenne depuis le traité de Maastricht, dont le monopole idéologique lui rappelle celui de l'époque communiste. Economiste libéral, adhérent des écoles autrichienne et de Chicago, le président Klaus est aussi un ardent défenseur de l'État nation.  Défenseur aussi des valeurs sociales conservatrices comme la famille, il refuse les ambitions de ces intellectuels qui prétendent vouloir remodeler le monde à leur propre image.  Il refuse aussi tout ce qui peut saper les structures sociales traditionnelles comme la famille et la nation, en premier lieu le mondialisme, le multiculturalisme et l'européisme. 

C'est aussi pour nous un grand honneur d'accueillir Christian Malard, qui a accepté d'animer le débat avec la salle qui suivra l'intervention principale du président Klaus.  Editorialiste de politique étrangère de France Télévision, Christian Malard est également consultant pour les plus grandes chaînes internationales telles que CNN et la BBC.  Cher Christian, je vous remercie de votre concours et je vous passe la parole.  

 

Le président Klaus est intervenu ensuite comme suit: 

 

Je souhaiterais exprimer mes vifs remerciements pour la publication ici en France et en français de ce recueil de mes articles et discours sur l'Europe. J'espère que ce livre pourra donner aux lecteurs intéressés un contact direct avec mes points de vue, au lieu de la caricature que les médias en font souvent, et de façon intentionnelle. 

Permettez-moi d'exprimer ma gratitude à tous ceux qui ont rendu possible cette publication - à l'éditeur, François-Xavier de Guibert; aux traducteurs du livre; à l'ambassadeur tchèque en France, Madame Chatard, et à son mari. Suite à la publication de "Planète bleue en Péril vert", publié en 2007, ceci est mon deuxième livre en français. J'en suis vraiment reconnaissant.  

Merci aux organisateurs de cette soirée.  Je remercie l'Institut de la Démocratie et de la Coopération, son Directeur des Etudes John Laughland et sa Présidente, Natalia Narotchnitskaïa.

Je m'intéresse à l'Europe - il faudrait préciser "à l'Union européenne" - depuis plusieurs années.  La différence entre l'Europe et l'Union européenne est importante. Je n'oserais pas parler de l'Europe ou l'analyser, mes remarques aujourd'hui ne concernent que cette organisation humaine que l'on appelle l'Union européenne.

Ma position est basée sur ma frustration que trop peu de gens en Europe aient prêté suffisamment d'attention aux développements de notre continent. Soit ils ne l'ont fait que très récemment, soit ils n'ont pas examiné ces développements de façon analytique. On a commencé à y prêter un peu plus d'attention voici deux ans au moment da la crise explicite dans la zone euro, mais la plupart de ces gens ne se rend toujours pas compte que cette crise n'est que le sommet d'un iceberg. Ces gens ont cru, à tort, que la crise de 2008 - 2009 était une crise mondiale qui serait venue de l'extérieur, un variable exogène, même si nous savons qu'en réalité cette crise est européenne et nord-américaine. Elle n'est pas une crise mondiale. À l'évidence, l'évolution antérieure et très problématique de l'Europe a été sérieusement sous-estimée.

Il est impératif de considérer cet enjeu dans son vrai contexte historique. Au départ, l'intégration européenne était basée sur l'ambition rationnelle et positive de ses fondateurs de libéraliser l'Europe, de l'ouvrir, d'éliminer toute sorte de barrières aux frontières des pays individuels, de faciliter le commerce en établissant une zone de libre-échange et une union douanière et en créant un marché commun et un grand espace économique interdépendant. Ces tendances ont caractérisé les premières décennies du processus d'intégration européenne.  Elles ont apportés des résultats positifs, surtout en comparaison avec les années d'avant-guerre. Mais ces tendances libérales ne caractérisent plus notre ère.

Le processus d'intégration a évolué et il a changé de caractère. Par conséquent, son impact sur l'Europe est devenu moins positif. À la libéralisation généralisée des barrières intra-étatiques, d'autres ambitions, conceptuellement bien différentes, ont été substituées, entre autres:

 - un transfert radical de pouvoir des Etats membres aux "hauteurs dominantes" de l'Europe, c'est-à-dire à Bruxelles; 

- la centralisation, la réglementation, la standardisation et l'harmonisation du continent tout entier;

- un mouvement général et large vers la gouvernance européenne.

      Ces mesures étaient inutiles car un continent européen extrêmement hétérogène a fleuri pendant des siècles grâce à sa diversité, à son manque d'uniformité, et à la concurrence entre les pays. Tout cela a changé lorsque l'Europe est devenue unifié, ou rendue artificiellement uniforme par une gouvernance et une législation centralement organisées. Ceci a conduit aux conséquences négatives économiques que nous observons aujourd'hui, ainsi à ce qu'on appelle le déficit démocratique, c'est-à-dire un manque de responsabilité politique. Je l'appelle post-démocratie.

      L'uniformité institutionnelle d'aujourd'hui est devenue une sorte de carcan qui bloque toute sorte d'activités humaines. L'élément le plus important dans ce processus a été la création de l'Union monétaire européenne et l'introduction d'une seule monnaie dans 12 (aujourd'hui 17) pays qui, à l'évidence, ne constituent pas ce que les économistes appellent une zone monétaire optimale. La crise de la dette souveraine en Europe est une conséquence inévitable du fait d'avoir une seule monnaie, un seul taux d'échange et un seul taux d'intérêt pour des pays avec des paramètres économiques très divers. La décision politique en faveur de cette structure a été prise sans qu'une attention suffisante ait été prêtée aux fondamentaux économiques existants.

Les économistes savent que des unions monétaires non optimales, c'est-à-dire mal construites, sont coûteuses et ne durent pas longtemps. De telles structures peuvent théoriquement être sauvées par un haut degré de solidarité entre leurs membres et par des transferts fiscaux gigantesques  mais pour ceci il faut que deux conditions soient remplies. Celles-ci ne sont pas évidentes. 

1. Il doit y avoir un vrai sentiment de solidarité, qui a existé, par exemple, en Allemagne après sa réunification au début des années 1990s mais qui n'existe pas en Europe aujourd'hui.

2. Il doit exister une réserve importante de fonds dans les mains des autorités politiques supranationales afin de récompenser les pays qui, à cause de leurs paramètres économiques, les victimes d'une telle union monétaire.

Aucune de ces conditions n'existe en Europe aujourd'hui et c'est la raison pour laquelle je ne vois aucune solution au piège de la dette souveraine. Je ne vois que des conséquences désagréables, et notamment la stagnation pendant très longtemps. La seule solution serait une accélération de la croissance économique.  Mais il est difficile de voir comment une telle croissance magique pourrait avoir lieu. Les ajustements fiscaux nécessaires rendent impossible une vraie stimulation fiscale. La plupart des pays membres de l'Union européenne est obligé de réduire leurs dépenses et de baisser leurs déficits, non seulement à court terme mais aussi à moyen terme. Il n'y a pas de place pour une expansion fiscale.   Comme l'a dit Keynes, à long terme, nous sommes tous morts.

Mais tout ceci n'est que la moitié du problème. Aux difficultés associées au concept même d'intégration il faut rajouter l'énorme problème du système économique et social de l'Europe. Celui-ci, par sa nature même, ne permet pas la croissance économique rapide. La "soziale Markwirtschaft", comme on l'appelle en Allemand, préfère une politique sociale basée sur la redistribution des revenus aux activités productives. Elle préfère le loisir, le temps libre et les vacances longues au travail. Elle préfère la consommation à l'investissement, la dette à l'épargne, la sécurité au risque.

Tout ceci est devenu une partie d'un cadre civilisationnel et culturel plus vaste qui est déjà profondément enraciné en Europe ou dans la plupart de ses pays. On ne peut pas s'en débarrasser du jour au lendemain, on ne peut pas le remplacer par tel ou tel sommet européen. On ne peut pas le corriger par des changements cosmétiques et sans douleur. Afin de rendre l'Europe fonctionnelle et productive, il faut un changement profond et systémique. Il faut quelque chose qui rappelle la tâche que nous avons été obligés d'entreprendre voici deux décennies dans la République tchèque quand nous nous sommes débarrassées du communisme et de son héritage. 

La République tchèque, comme vous le savez, utilise encore sa propre monnaie. Nous avions connaissance, suffisamment longtemps à l'avance, des problèmes liés au modèle mal construit de l'union monétaire. Nous ne voulions pas freiner notre croissance économique. Nous voulions continuer avec nos processus d'ajustement, dont nous avions encore besoin, avec les instruments d'ajustement adéquats. Ceci demande des taux de change flexibles, nos propres taux d'intérêt, notre propre politique monétaire. Nous ne voyions aucun avantage à utiliser le taux de change ou le taux d'intérêt grec ou allemand. Pour le moment, nous n'avons aucune intention d'intégrer la zone euro.

Mes suggestions pour résoudre la crise sont bien connues: pour s'évader de la crise européenne il faut un changement systémique et fondamental. Cela implique au moins deux choses.

- la transformation substantielle du système économique et social européen;

- la restructuration politique et institutionnelle de l'Europe, c'est-à-dire de la forme de l'intégration européenne.

Que doivent être les éléments principaux de ce changement?

1. Il faut abandonner la "soziale Markwirtschaft" qui est peu productive et qui est paternaliste, et dont les faiblesses sont aggravées par le rôle croissant de l'idéologie environnementaliste.

2. Nous devons accepter que les processus d'ajustement économique à court terme exigent une longue préparation et que les gouvernements et les politiciens impatients aggravent généralement la situation.  Les politiciens ne devraient pas essayer de gérer le marché, de manager l'économie ou de "produire" la croissance par des récompenses gouvernementales.

3. Afin d'échapper à l'actuel piège de la dette, nous devons préparer des réductions compréhensives des dépenses publiques.  Il faut arrêter de flirter avec des solutions basées sur des augmentations d'impôts.  Les réductions doivent surtout être appliquées aux dépenses obligatoires car les réductions de dépenses discrétionnaires ont des résultats plus ou moins insignifiants à long terme.

4. Nous devons en finir avec la législation verte qui ne cesse de croître. Nous devons empêcher aux Verts de s'emparer d'une grande partie de notre économie sous la bannière d'idées aussi fausses que celle du réchauffement climatique.

5. Nous devons mettre un terme à la centralisation, à l'harmonisation, à la standardisation du continent européen.  Après un demi-siècle de ces mesures, il faut décentraliser, déréglementer et dé-subventionner notre société et notre économie.

6. Il faut retourner à la démocratie, qui ne peut exister qu'au niveau des Etats-nations et qui ne peut pas exister au niveau d'un continent entier. Cela exige un retour du supranationalisme à l'intergouvernementalisme. 

J'espère que ce livre contribuera au débat sur ces enjeux même dans votre pays. 



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