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Présentation de "L'Ukraine: la vérité historique" par le prince Volkonski

Date de publication: 16.06.2015



 

Présentation par le professeur Jean-Pierre Arrignon

de l'ouvrage

"Ukraine: la vérité historique"

par le prince Alexandre Volkonski,

publié en 1920, réédité aux Editions des Syrtes,

IDC Paris, mardi 16 juin 2015


Lorsque le prince Alexandre Milhailovič Volkonski, rédige son ouvrage L’Ukraine la Vérité historique, en 1920, il constate les effets dramatiques de la Première Guerre mondiale et le bouleversement géopolitique qui en résulte. L’empire russe a disparu, emporté par la révolution bolchevique en 1917; la guerre civile ravage le pays de 1917 à 1923. Quant aux empires centraux, l’empire allemand ou deuxième Reich (1871-1918) disparaît le 9 novembre 1918; Karl Liebknecht proclame la république socialiste. Enfin, l’empire d’Autriche-Hongrie (1867-1918) disparaît lui aussi, mais de surcroît, il est littéralement dépecé par les Traités de Trianon (1918) et de Saint-Germain (1919). Cette intense activité diplomatique repose entre autres, sur l’article 9 de la déclaration du Président Wilson qui reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Dans ce contexte, le prince A.M. Volkonsky souligne l’activité des milieux intellectuels pour instrumentaliser l’histoire et la linguistique pour justifier les créations de nouvelles entités politiques. C’est dans ce contexte qu’il souligne l’activité de deux historiens remarquables : V.O. Kliujčevskij pour les Russes et M. S. Hruševskij pour les Ukrainiens. Le premier, s’appuyant sur les chroniques, en particulier sur la chronique des Temps passés,  souligne la continuité historique entre la Rus’ de Kiev, la Moscovie et l’empire russe. Il est le promoteur d’une approche sociologique et économique de l’Histoire : « l’homme en lui-même n’est point l’objet de l’étude historique. Son objet, c’est la vie des hommes en commun ». Pour lui, la Rus’ de Kiev se prolonge dans la Moscovie, l’empire des tsars enfin l’empire russe. Cette vision unitaire de l’Histoire russe suscite l’enthousiasme du prince A.M. Volkonski. Pour le second, au contraire, s’appuyant sur la théorie de l’ethnogénèse des peuples, dont il est un précurseur, la Rus’ de Kiev comporte en elle tous les éléments spécifiques qu’il recherche dans les bylines, les chants populaires créés dans la Russie septentrionale, autour des lacs Onega et Ladoga, puis mis par écrit au 19e s., pour pallier l’absence du terme d’Ukraina dans les Chroniques. Ces arguments lui permettent de  revendiquer une continuité historique entre la Rus’ de Kiev et l’Ukraine moderne. La confrontation des deux historiens est un des thèmes majeurs du livre et aboutit à valider l’historien russe et à discréditer l’historien ukrainien qualifié de « falsificateur de l’Histoire russe ».

Pour bien comprendre la démarche de l’auteur, il faut également rappeler l’histoire des débuts de la slavistique européenne dont Vienne et Prague sont les grandes capitales, du milieu du 19e au début du 20e s. C’est assez tardivement que les peuples slaves du Sud et d’Europe centrale sont animés d’une véritable libido scienti pour assumer leur langue, leur culture et leur histoire. Ainsi se prépare un véritable renaissance slave qui voit s’affirmer une nouvelle slavistique étroitement liée à la germanistique dont l’épicentre fut la Vienne impériale. Un des personnages clés de cette renaissance slave est Jernej Kopitar (1780-1844) qui porta tout son intérêt à éditer les textes vieux-slaves de l’époque des « apôtres des slaves » les saints Cyrille (vers 812-869) et Méthode (vers 826-885). C’est lui qui crée à Vienne une Académie slave destinée à devenir le point central de toutes les études slaves. C’est là que se créent le serbo-croate et l’ukrainien standard élaboré au 19e s., usité principalement dans les villes avec deux variantes, à l’est avec de nombreux russismes à l’ouest avec de nombreux ukraïnismes, sans parler de cette langue composite le sourysk qui mêle dans la conversation l’ukrainien et le russe dans un rapport exclusivement personnalisé. Cette langue sert de support à l’apparition d’une culture ukrainienne dont les plus illustres représentants sont I. P. Kotljarevskij (1769-1868), auteur de l’Enéide publiée en 1842 et, bien sûr, Taras Chevtchenko (1814-1861 dont le poème Kobzar devint la manuel d’apprentissage de la langue ukrainienne.

Ce qui est frappant, c’est que cette renaissance slave des petits peuples d’Europe du sud et centrale se fait dans l’empire d’Autriche-Hongrie, loin de toute influence russe. Pour Kopitar, la Russie, puissance slave reconnue porteuse d’une civilisation brillante qui s’épanouit dans « l’âge d’argent »,  lui apparaît comme un danger pour les petits peuples slaves et trop arriérée sur le plan politique et social pour servir de points de ralliement aux Slaves du sud et du centre. De plus les intellectuels russes sont, à cette époque, totalement tournés vers l’occident et en particulier la France. Ils ne s’intéressent pas aux petits peuples slaves qui trouvent à Vienne et à Prague, les cadres qui permettent leur renaissance.

Enfin il faut dire quelques mots de l’auteur le prince A.M. Volkonsky, colonel de l’Etat-major général. L’auteur appartient à l’une des plus brillantes familles nobiliaires russes descendant du prince de Černigov, et Grand Prince de Kiev Michel Vsevolodovič, martyrisé à la Horde d’Or en 1246. Après de brillantes études, il embrasse la carrière militaire qu’il conduit avec succès et est chargé de nombreuses missions diplomatiques en Perse en 1895, en Chine en 1897, à Rome en 1908. A l’issue de sa mission en Chine, il rédige un rapport à destination de Nicolas II, dans lequel il évoque la proximité et l’inévitabilité d’un conflit avec le Japon, conflit auquel la Russie n’était absolument pas préparé !  En cette même année 1897 il doit faire face à la mort de sa mère convertie au catholicisme dont les funérailles furent très difficiles face à l’opposition des prélats orthodoxes. Ce fut un moment de grande douleur qui a pu l’amener, à Rome, à se convertir, en 1930, à l’église catholique de rite chrétien oriental  (Uniate) dont il devint prêtre, non pas dans un esprit d’affrontement avec l’église orthodoxe, mais au contraire pour œuvrer à la réconciliation des deux églises comme cela ressort de son livre «Catholicité et Jugement sacré de l’Orient» publié en 1933. Surpris à Rome par la Révolution d’Octobre, il poursuit la lutte contre les Rouges au côté des Blancs du général Wrangel. Il meurt à Rome en 1934.

Ce livre du prince A.M Volkonski présente une modernité exceptionnelle ; l’Ukraine d’aujourd’hui se trouve en effet dans une situation très proche de celle où elle se trouvait en 1920. Pour sortir de ce conflit qui a fait beaucoup trop de victimes, il est nécessaire de désarmer les héritages culturels  instrumentalisés au service d’idéologies dogmatiques et de se tourner enfin vers l’avenir pour construire une société nouvelle dans le respect mutuel de tous ceux qui la composent.

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