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"L'effroyable tragédie" par Marie-Pierre Rey

Date de publication: 15.02.2012

"En 1812" par Ilarion Prianichnikov

 Marie-Pierre Rey

 

Intervention à l'IDC le 15 février lors de la présentation de son livre "L'effroyable tragédie, une nouvelle histoire de la campagne de Russie" (Flammarion) 

           

            Chacun le sait, la « guerre patriotique » que l’historiographie française désigne sous l’expression « campagne de Russie » a constitué un événement majeur de l’histoire du XIXème siècle, non seulement pour la France et la Russie mais pour l’Europe tout entière.

 Pour la Russie, la guerre patriotique fut un épisode fondateur à plus d’un titre ; d’une part, elle joua un rôle clef sur le plan identitaire et participa de manière déterminante à l’émergence d’un patriotisme moderne et nul doute que les festivités qui s’annoncent cette année en Russie, en particulier dans le cadre du musée d’Etat de Borodino  souligneront cette dimension; et  d’autre part, elle permit à l’empire russe d’acquérir une place nouvelle sur la scène internationale. Jusqu’à l’avènement d’Alexandre Ier en effet, et malgré la politique extérieure très active menée par Pierre le Grand puis par Catherine II en direction de l’Europe, la Russie était encore largement considérée par les diplomates et les cours d’Europe comme un Etat situé à la périphérie de l’Europe, voire comme un Etat non européen.  Tout change avec la victoire de 1812 et les campagnes d’Allemagne (1813) puis de France (1814). Entré en vainqueur dans Paris en mars 1814 à la tête des armées coalisées, l’empereur Alexandre Ier permet à la Russie de gagner en influence et en puissance et de peser de sur les travaux du Congrès des Vienne qui modelèrent la carte de l’Europe jusqu’en 1914. C’est dire si, sur le plan géopolitique, 1812 fut important.

Pour la France, la campagne de Russie constitua aussi un événement déterminant. Car de cette défaite militaire, Napoléon ne se relèvera pas ; il y perdra son empire, son régime et sa liberté et en 1815, 25 ans après la Révolution Française, c’est la dynastie des Bourbons qui revient sur le trône de France.   

Evénement historique capital, la guerre de 1812 a suscité une bibliographie dont l’ampleur donne le vertige:  pas moins de 5000 ouvrages et près de 10 000 articles relevant de ce thème ont été publiés en russe entre 1812 et 1912 et presque autant dans l’ensemble des autres langues européennes ! Au cours du XXème siècle,  cet engouement  n’a pas faibli tant en URSS qu’en Occident où ont apparus de très actifs centres de recherches et de sociétés d’études napoléoniennes qui à leur tour, ont produit de nombreux ouvrages.   

Toutefois, en dépit de sa richesse, cette historiographie m’a semblé avoir rencontré trois sérieuses limites, trois faiblesses en quelque sorte. En tout premier lieu, cette historiographie  a été et reste encore à mon sens trop marquée par une hypertrophie des questions militaires et stratégiques entendues dans un sens très étroit. Certes, les ouvrages qui se sont inscrits dans cette veine nous ont beaucoup apporté : ils ont permis de reconstituer minutieusement le déroulé des grandes batailles, d’évaluer les pertes subies de part et d’autre durant les grandes batailles de la campagne, -Borodino (« la Moskova » comme l’appellent les Français), Maloïaroslavets, la Berezina- ou les assauts de moindre ampleur. Ils nous ont permis de retracer jour après jour la chronologie de la campagne, le détail des mouvements des hommes et des unités sur le terrain.  Mais dans le même temps, ils  ne sont pas toujours parvenus,  me semble-t-il, à traduire l’intensité, la brutalité et en définitive la singularité de la guerre de 1812 qui fut, à bien des égards sinon  la première, du moins l’une des premières guerres de l’histoire européenne en voie de « totalisation ». Car par l’échelle territoriale des combats et  par le nombre  des troupes engagées (plus de 500 000 hommes du côté de la Grande Armée,  un peu moins côté russe), par l’ampleur des pertes au front et celle des pertes civiles liées aux exactions commises lors de l’avancée de la Grande Armée et lors de la retraite des armées russes et par la mobilisation idéologique et sociale dont elle fut l’objet,  la campagne de Russie fut bien plus qu’une aventure militaire.

Le second trait de l’historiographie, et c’est à mes yeux une autre lacune importante, c’est qu’elle s’est souvent inscrite dans une perspective unilatérale qui, privilégiant le point de vue d’un des deux protagonistes, -la France ou la Russie- a rarement cherché à adopter un point de vue comparatiste sur les mêmes événements. D’où l’écriture d’une histoire engagée sinon partisane qui a souvent véhiculé des stéréotypes voire des mythes, j’y reviendrai dans un instant. 

Enfin, l’historiographie de 1812 ne s’est que marginalement intéressée aux individus, hommes, femmes et enfants, combattants et civils, acteurs ou témoins de cette épopée tragique et la dimension humaine a été souvent négligée par l’historiographie qui  n’a pas toujours cherché à rendre compte, au plus près de leurs émotions et de leurs perceptions,  du vécu et du ressenti des combattants et des civils, alors que l’on a, à notre disposition, pour le côté russe comme pour le côté français, de très nombreuses sources constituées de  lettres, journaux intimes et mémoires. 

C’est donc avec le projet de remédier autant que possible à des trois lacunes, que  je me suis efforcée d’écrire une histoire globale de la campagne de 1812 qui s’appuie sur des sources à la fois russes et française et  s’intéresse aux aspects humains et sociaux du conflit sans pour autant en négliger les aspects militaires. J’ai donc pour cela superposé les points de vue et les prismes: certes l’ouvrage prend en compte les objectifs et les analyses des décideurs et des commandants en chef (Napoléon, Murat, Ney, Eugène de Beauharnais, Koutouzov, Barclay, Bagration et d’autres encore), mais j’ai voulu aussi qu’on entende les voix plus modestes, mais souvent très émouvantes, des combattants ordinaires et des civils, hommes, femmes et enfants. C’est donc en quelque sorte une histoire polyphonique de la campagne que j’ai voulu écrire en m’appuyant non seulement sur des archives officielles (archives militaires, bulletins de la Grande Armée, affiches de Rostopchine) mais aussi sur des correspondances, des journaux intimes, des mémoires, des chansons et des caricatures. Ces matériaux se sont avérés passionnants. Ainsi des lettres de combattants français qui, interceptées par les cosaques alors qu’elles étaient acheminées vers Paris, ont été sauvegardées jusqu’à nos jours et constituent un extraordinaire témoignage sur l’avancée des soldats à travers l’empire. On y découvre leurs impressions à leur entrée dans Moscou, leurs réactions face à l’incendie, l’ampleur du pillage auquel ils se livrent, mais aussi leur lassitude et leur désir de paix. De même,  les correspondances et les journaux intimes des combattants et des civils russes qui sont parvenus jusqu’à nous, permettent de mieux cerner les sentiments contradictoires qui traversent la société russe au début du conflit, - francophiles  et francophones, les élites oscillent entre incrédulité et désarroi-, et de mieux comprendre, aussi, la puissance du sentiment patriotique qui peu à peu émerge et se forge dans l’épreuve.

A partir de ces sources françaises et russes et à la lecture des historiographies française et russe, j’ai été amenée d’une part à remettre en cause un certain nombre de mythes et d’autre part à nuancer ou à préciser certains points.

Trois grands mythes sont remis en cause dans l’ouvrage.  

Le premier concerne un topos de l’historiographie française sur la campagne de Russie au sujet du haut commandement russe.  Pour de nombreux historiens français, la stratégie russe de la retraite vers l’Est a été le fruit du hasard, des circonstances, et elle aurait été improvisée par un commandement russe totalement dépassé par la situation. En réalité, les sources russes montrent que dès 1810-1811,  cette stratégie a été pensée, conçue et débattue au sein du ministère de la guerre et de l’Etat-major  avant d’être adoptée par Alexandre Ier. Dès 1811, face à celui qu’il perçoit comme « un  génie militaire » quand lui, se définit comme « un homme ordinaire », Alexandre Ier a l’intuition et il le dit à l’ambassadeur Caulaincourt que la seule stratégie potentiellement viable consistera à refuser la bataille décisive et à laisser la Grande Armée s’avancer vers l’Est pour s’y épuiser. Cette intuition, le tsar la partage avec plusieurs de ses conseillers militaires. Dès le printemps 1810, et c’est crucial, le ministre de la guerre Barclay de Tolly qui sera également le commandant en chef de la première  armée russe,  écrit dans un mémorandum au tsar que si les frontières occidentales de l’empire s’avéraient impossibles à défendre, il faudrait se replier plus à l’Est et ne livrer bataille qu’en Russie centrale. Et de ce point de vue, Barclay de Tolly est bien l’homme clef qui avant tous les autres, a pensé la stratégie de la retraite. Quant aux services de renseignement du tsar, ils prescrivent, au même moment, de mener à l’égard de Napoléon, « une guerre qui n’entre pas dans ses vues » autrement dit, qui  ne s’inscrive pas dans les plans  conçus par le génial stratège français. Se forge donc assez tôt, au sein de l’état-major russe, la certitude qu’il faudra laisser s’avancer la Grande Armée vers l’Est en tirant au mieux parti de l’espace et du climat russes. Certains civils partagent d’ailleurs cette conviction visionnaire, cette intuition. Le 9 juin 1812,  c'est-à-dire deux semaines avant le début du conflit, de Londres où il se trouve alors, le prince S. R. Vorontsov écrit à son fils Mikhail :

« (…) Nous avons tout à gagner en persévérant dans la défensive et en continuant la guerre en retraite. Si l’ennemi nous suit, il est perdu ; car plus il s’éloigne de ses magasins, de ses dépôts d’armes, et plus il s’enfonce dans un pays sans chemins praticables, sans vivres qu’on peut lui ôter en l’entourant d’une armée de cosaques, il sera réduit à la position la plus pitoyable et finira par être exterminé par notre hiver qui est toujours notre allié fidèle.»    

Cette stratégie ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de l’Etat-major russe et certains généraux, dont Bagration, placé à la tête de la seconde armée russe, voient dans le refus de combattre l’expression d’une insupportable lâcheté. Mais elle est soutenue par le tsar, et comme telle, adoptée dès le début de la campagne. Et il me faut ici souligner que l’empereur Alexandre Ier est  loin d’être le personnage indécis et un peu mou peint par Tolstoï. Au contraire.

Le second mythe que je me suis efforcée de remettre en cause, c’est le mythe du général hiver. Ce mythe s’est forgé très tôt en France et Napoléon lui-même a contribué à le propager.  Dans Le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon incrimine dans sa défaite, « non les efforts des Russes », mais « de purs accidents », « une capitale incendiée en dépit de ses habitants » (…) « un  hiver, une congélation dont l’apparition subite et l’excès furent une espèce de phénomène ». A ses yeux, le fameux « général hiver », particulièrement redoutable cette année là, aurait donc terrassé la Grande Armée, et c’est bien l’intraitable climat russe qui aurait été à l’origine de la catastrophe. Mais, en réalité, cette thèse ne résiste pas à l’analyse des faits et des données: parti avec 420 000 hommes en juin 1812, Napoléon entre à Moscou à la mi-septembre avec 130 000 hommes environ. Si l’on tient compte du fait qu’avançant vers la ville sacrée, il a laissé derrière lui près de 100 000 hommes pour sécuriser les régions occupées, ce sont donc près de 200 000 hommes, soit presque la moitié du total des effectifs, qui ont déjà « disparu » en septembre en raison de la malnutrition, des épidémies de typhus et de dysenterie et des désertions. Au fil de la campagne, les batailles (Smolensk, la Moskova, Maloïaroslavets…) seront toutes acharnées et terriblement coûteuses en vies humaines, mais ce sont d’une part les dysfonctionnements logistiques et d’autre part l’incapacité de l’empereur des Français à comprendre la nature de la guerre menée par les Russes qui ont en réalité causé la perte de la Grande Armée. Par la suite,  l’arrivée du froid (les premières neiges datent du début novembre mais c’est à partir de la mi-novembre que l’hiver devient glacial) transforme de fait la retraite en un véritable calvaire car Napoléon pariant sur une guerre courte n’a pas doté ses soldats d’uniformes d’hiver, ce qui occasionnera des souffrances inouïes auxquelles je consacre un long développement dans l’ouvrage. En conséquence, si le général hiver a bien donné le coup de grâce à la Grande Armée, il n’a pas été à l’origine de sa défaite.  

Le troisième et dernier mythe que je souhaite aborder ici émane, lui, de l’historiographie russe. Cette dernière a eu souvent tendance à incriminer la responsabilité de l’amiral Tchitchagov lors du passage de la Bérézina et à l’accuser d’avoir sciemment laisser partir Napoléon en raison de ses sympathies libérales et francophiles. Cette thèse s’est forgée très tôt et elle a été partagée par Alexandre Ier qui contraindra Tchitchagov à l’exil. Mais en réalité, la fuite réussie de Napoléon devra plus à un concours de circonstances complexes qu’à la responsabilité de l’amiral. Je rejoins ici le point de vue des historiens Nikolaï Troitski et Dominic Lieven qui ont eux aussi mis en avant, dans le succès de la fuite de Napoléon, une pluralité de facteurs.  

Au-delà de la remise en cause de ces mythes, le recours à des sources privées  tant françaises que russes m’a également permis d’explorer des faits et des réalités jusque là à mon sens, trop  négligés. 

J’ai tout d’abord voulu insister sur le fait que la guerre avait eu un impact majeur sur les populations civiles russes de par l’ampleur des destructions  et des violences subies. Moscou ne fut pas la seule ville martyre de la campagne, loin s’en faut ; ainsi de Smolensk qui les 16 et 17 août,  subit un déluge de tirs d’artillerie qui causa la mort de centaines de personnes qui périrent brûlées vives ou asphyxiées dans leurs maisons en bois, à l’intérieur des remparts de la ville. D’autres villes et villages (dont Viazma par exemple) furent détruits et leurs populations terriblement éprouvées.  La liste est longue, on l’oublie trop souvent, en ne traitant que des combattants. En outre, le retour à la normale fut souvent difficile pour les civils: les sources montrent qu’après le départ de Napoléon, il a fallu plusieurs semaines pour rétablir l’ordre à Moscou, les paysans des alentours ayant profité de l’absence de toute autorité pour piller à leur tour la ville sacrée.    

Dans les rangs de la Grande Armée, des civils trouvèrent également la mort car à la différence de l’armée russe, on comptait dans l’armée napoléonienne des centaines de vivandières et de cantinières accompagnées de leurs enfants. Nombre d’entre elles périrent durant la retraite. De même, nombre de Français qui vivaient à Moscou avant guerre,  et redoutaient les représailles du peuple russe, choisirent de quitter la Russie dans le sillage de la Grande Armée. C’est parmi eux que se comptèrent par centaines, voire par milliers, les victimes de la Bérézina.  

Je me suis également intéressée à la manière dont Napoléon avait géré Moscou durant son occupation, (des sources très intéressantes sont disponibles dans les archives militaires russes) comment il l’avait administrée en mettant en place des structures d’inspiration française (ainsi de la création d’arrondissements et de commissaires), comment il avait eu recours à des Français ou des Russes d’origine française pour faire fonctionner cette administration et comment finalement, ces hommes étaient restés proches de la population russe, dénonçant dans leurs rapports la misère de ceux des Russes qui n’avaient pu quitter Moscou et l’ampleur des pillages.

 Il m’a paru important également, d’aborder la question des prisonniers qui des deux côtés furent très durement maltraités. Dans le cas des soldats de la Grande Armée, leur condition fut d’autant plus difficile que les rescapés eurent souvent à  subir l’épreuve de l’exil vers  l’est, en direction l’Oural ou la Sibérie dans des conditions également très dures avant que l’empereur Alexandre Ier, au début  de l’année 1813 édicte des mesures financières en leur faveur et allège le sort de ceux qui étaient encore en vie à cette date. Par la suite, au printemps 1814, en liaison avec le règlement de la paix, le tsar adoptera un généreux décret permettant aux prisonniers désormais libérés de rentrer chez eux ou de s’installer dans l’empire russe en hommes libres. Cette offre étonnante doit être soulignée : elle constitue un cas tout à fait singulier, voire unique dans les annales des conflits.

Enfin, le dernier volet que j’ai souhaité aborder relève de thématiques plus abstraites et donc plus complexes à saisir. A savoir d’une part, la mémoire de 1812, telle qu’elle a été construite et véhiculée à la fois par des supports écrits (textes scientifiques, textes de mémorialistes) et des images, à la fois par les élites et par le peuple (et ici je rejoins les centres d’intérêt du professeur Alexandre Tchoudinov qui travaille sur l’image de 1812 dans le folklore russe. Et d’autre part, la question des traumatismes de guerre. Alors que l’étude des traumatismes de guerre a été bien étudiée pour la Grande Guerre de 14-18, elle est encore très balbutiante pour 1812 alors même que des sources certes disparates, certes difficiles à retrouver, attestent la réalité de ces traumatismes psychiques:  des comportements déviants, des pulsions suicidaires voire des suicides, des cas de folie et d’angoisse devant la couleur blanche sont attestés dans les sources (on peut mentionner ici un rapport rédigé par le célèbre aliéniste Esquirol sur le cas d’un Saint Cyrien enfermé  l’hôpital de Charenton) et j’y ai fait référence dans mon ouvrage. Mais sur cette question à la fois passionnante et complexe, je n’ai livré que des pistes et il faudrait encore pousser les recherches et les investigations, de même que la question des prisonniers de guerre mérite d’être approfondie.  Il y a donc encore beaucoup à écrire, beaucoup à faire encore sur 1812 mais j’espère en tout cas avoir apporté une utile contribution à cet édifice collectif.



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