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Piotr Stegny est intervenu à l'INALCO sur "La Russie et la Turquie en Eurasie post-soviétique et dans le Moyen Orient."

Date de publication: 20.06.2012



              Le 22 mai 2012, le représentant de l'IDC, Piotr Stegnyi, ancien ambassadeur de la Russie en Turquie et en Israël, est intervenu dans un grand colloque international à l'INALCO sur "La Russie et la Turquie en Eurasie post-soviétique et dans le Moyen Orient."

L'ambassadeur a utilisé son expérience à Ankara pour commenter la situation géopolitique actuelle. Lorsqu'il avait été en poste en Turquie il connaissait un grand nombre de Turcs d'origine abkhaze. Ils les invitaient de temps en temps à l'ambassade mais toujours avec son homologue l'ambassadeur géorgien. Celui-ci quittait toujours les rencontres après 30 ou même 15 minutes parce que les Abkhazes étaient toujours totalement intransigeants. Autrement dit, la situation actuelle en Abkhazie n'a rien à faire avec la Russie.

Selon l'ambassadeur, "Aucun pays ne se bat aujourd'hui pour du territoire."  Il parlait, bien sûr, de la Russie. La Russie, a-t-il dit, est tout à fait contente de vivre dans ses frontières actuelles. Elle ne ressent aucune responsabilité géopolitique pour les peuples au-delà de ses frontières, comme cela a pu être le cas au 18e et au 19e siècle.  En fait, quand la Géorgie a lancé son attaque contre l'Ossétie du Sud le 8 août 2008, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, n'a pas pu joindre son propre personnel car tout le monde était en vacances.

Monsieur Stegnyi a continué comme suit: "Le rapprochement récent entre la Russie et la Turquie a surpris beaucoup de monde. Le Congrès américain a même organisé une étude sur la question car les parlementaires américains craignaient qu'il ne s'agisse d'une alliance anti-occidentale suite au refus de la Turquie de permettre aux Américains d'utiliser le territoire turc pour leur invasion d'Irak.  Il est vrai que la Turquie a proposé à la Russie de faire des manœuvres militaires ensemble mais le but principal du nouvel élan dans notre partenariat était de rester fidèle aux principes de la Convention de Montreux qui donne le droit de passage par les détroits. Ce principe était très important pour la Russie, vu la création de nouvelles bases de l'OTAN en Roumanie et en Bulgarie.

"Le changement révolutionnaire dans les rapport russo-turcs a eu lieu parce que les deux pays sont des puissances historiques. La Russie a évidemment besoin d'accès aux mers chaudes. Cet accès existe en Extrême Orient mais il n'existe pas en Europe car l'accès à la Mer Baltique est contrôlé par les détroits danois. Il est donc compréhensible que les Américains se soient intéressés à notre rapprochement même si nous croyions être tous du même côté. Les Turcs se considèrent victimes de la fin de la Guerre froide, ayant perdu leur position stratégique sur la ligne de partage entre l'OTAN et l'Union soviétique. Mais l'alliance n'était aucunement basée sur l'idée de tenir tête au reste du monde."

Selon Stegnyi, les Turcs ont une vision stratégique très claire. "Il y a eu treize guerres entre la Russie et la Turquie, et elles portaient toutes sur les détroits. Mais entre ces guerres il y a eu des rapprochements. Catherine le Grande a beau fait la guerre en 1781 mais dès 1798 Paul Ier signe un traité avec la Turquie contre leur ennemi commun, Napoléon. L'amitié entre Alexandre Ier et Napoléon a mal fini mais Nicolas I a lui aussi signé un traité de défense commune avec l'Empire ottoman. Il y a eu d'autres vicissitudes mais finalement l'accord de Londres de 1848 et ensuite la Convention de Montreux de 1936."

Stegnyi a continué: "Zbigniew Brzezinski avait raison de dire que les Balkans se trouvent maintenant à l'Est.  La Russie, tout comme la Turquie, est préoccupée par l'instabilité réelle ou potentielle en Iran, en Afghanistan et au Pakistan. Le facteur économique est aussi très important. Les produits d'Istanbul alimentent le marché russe massivement depuis 20 ans. Il y a 89 vols par semaine entre nos deux pays. Il y a des entreprises turques dans 59 des 83 sujets de la Fédération de Russie. Une seule entreprise turque a signé 739 contrats en Russie. En retour, la Russie livre naturellement le gaz et les gazoducs. Le gazoduc Blue Stream se trouve 1,5km au-dessous de la Mer Noire.

Il y a aussi un facteur psychologique: selon un proverbe turc, un homme qui est déjà tombé de son toit comprend l'autre qui est en train de tomber. La Russie et la Turquie partagent une certaine solidarité post-impériale.

En conclusion, il a y une série de conditions subjectives et objectives qui ont permis à la Russie et à la Turquie de minimiser leurs conflits d'intérêts et de maximaliser les domaines dans lesquels ils peuvent coopérer. La Russie et la Turquie continuent à avoir de différences fondamentales, par exemple aujourd'hui sur la Syrie. Mais il ne faut pas inventer des querelles géopolitiques là où elles n'existent pas. Nous devons nous rappeler que nous sommes tous du même côté et que collectivement nous sommes tous responsables pour le Moyen Orient. Ensemble, nous pouvons apporter une grande contribution à la stabilité régionale."



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