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Soixante personnalités allemandes appellent à la paix avec la Russie

Date de publication: 05.12.2014



Lettre ouverte de personnalités allemandes publiée le 5 décembre 2014 au Tagesspiegel

 

   

 

Une nouvelle guerre en Europe? Pas en notre nom! 

Personne ne veut la guerre.  Mais l'Amérique du Nord, l'Union européenne et la Russie s'y dirigeront inéluctablement si elles n'abandonnent pas la spirale infernale de menaces et de contre menaces.  Tous les Européens, Russie comprise, portent une responsabilité commune pour la paix et pour la sécurité.  Seul celui qui ne perd jamais cet objectif de vue pourra éviter les mauvais chemins.

Le conflit en Ukraine montre que la poursuite du pouvoir et de l'hégémonie n'a pas été surmontée.  En 1990, à la fin de la Guerre froide, nous avions tous le droit de l'espérer.  Mais le succès de la détente et des révolutions pacifiques nous a endormis.  Il nous a rendus insouciants, à l'Est comme à l'Ouest.  Chez les Américains, les Européens et les Russes l'idée directrice est perdue selon laquelle il faut écarter durablement la guerre de sa pensée.  C'est la seule explication possible pour l'élargissement de l'Occident à l'Est sans un approfondissement simultanée de la coopération avec Moscou, ce qui est menaçante pour la Russie, tout comme pour l'annexion illégale de la Crimée par Poutine.

 

L'Allemagne porte une responsabilité particulière

Dans cette période de très grand dangereuse pour le continent, l'Allemagne porte une responsabilité spéciale pour la préservation de la paix.  Si les Russes n'avaient pas été prêts à se réconcilier avec nous; sans la hauteur de vue de Mikhail Gorbachev; sans le soutien de nos alliés occidentaux; et sans le comportement prudent du gouvernement fédéral de l'époque, il eût été impossible de surmonter la division de l'Europe.  Permettre la réalisation pacifique de l'unité allemande était un grand geste imprégné de bon sens de la part des puissances victorieuses.

Ce fut une décision historique. De la division surmontée devait émerger un ordre durable de paix et de sécurité de Vancouver à Vladivostock, comme cela a été convenu par tous les 35 chefs d'Etat et de gouvernements de pays membres de la CSCE dans la "Charte de Paris pour une nouvelle Europe" signée en novembre 1990.  Sur la base de principes établis en commun et de mesures concrètes la "maison commune européenne" devait être bâtie, dans laquelle tous les Etats participants devaient jouir d'une sécurité égale. Cet objectif de la politique d'après-guerre n'a toujours pas été réalisé.  Les Européenne doivent encore avoir peur.

 

L'Allemagne doit appeler au dialogue avec la Russie 

Nous, les sous-signés, appellons le gouvernement fédéral

- à être à la hauteur de sa responsabilité pour la paix en Europe.  Nous avons besoin d'une nouvelle politique de détente pour l'Europe.  Celle-ci ne peut être réalisée que sur la base de la sécurité égale pour tous et avec des partenaires de plein droit qui se respectent.  Le gouvernement allemand n'emprunte aucun chemin particulier en appelant, dans cette situation embrouillée, à la raison et au dialogue avec la Russie.  Le besoin de sécurité des Russes est tout aussi légitime et profond que celui des Allemands, des Polonais, des Baltes et des Ukrainiens.  Nous ne devons pas refouler la Russie hors de l'Europe.  Cela serait contraire à l'histoire, déraisonnable et dangereux pour la paix.  Depuis le Congrès de Vienne en 1814 la Russie compte parmi les puissances structurantes de l'Europe.  Tous ceux qui ont essayé de changer ceci par la force ont échoué dans le sang, le dernier en exemple étant l'Allemagne de Hitler mégalomane et assassine qui est partie en 1941 pour subjuguer la Russie.

 

"Le devoir du gouvernement fédéral de promouvoir la paix"

Nous appelons les députés au Bundestag

- en tant que politiciens désignés par le peuple à prendre au sérieux la gravité de la situation et à surveiller attentivement le devoir pacifique du gouvernement allemand.  Qui ne construit que des idées préconçues d'ennemis, et qui ne manie que des accusations unilatérales, attise les tensions à un moment où il faudrait des signes de détente. Les hommes politiques allemands doivent être guidés par le principe d'inclusion et non pas par celui d'exclusion.

 

"Il ne s'agit pas de Poutine" 

Nous appelons les médias:

- à remplir mieux qu'avant leur devoir de présenter les faits sans préjugés.  Les faiseurs d'opinion diabolisent des peuples entiers sans respecter suffisamment leur histoire.  Tout journaliste qui se connaît en affaires internationales comprend la peur des Russes lorsqu'en 2008 les Etats-membres de l'OTAN ont invité la Géorgie et l'Ukraine à devenir membres de l'Alliance.  Il ne s'agit pas de Poutine.  Les chefs d'Etat passent.  Il s'agit de l'Europe.  Il s'agit d'enlever au gens la peur de la guerre.  Le reportage médiatique responsable et basé sur des recherches solides peut y apporter une grande contribution.

Le 3 octobre 1990, au jour de l'unité allemande, le président fédéral allemand, Richard von Weizsäcker, a dit: "La Guerre froide est derrière nous.  La liberté et la démocratie se seront bientôt imposées dans presque tous les Etats ... Désormais ils pourront approfondir et protéger leur rapports institutionnellement afin qu'en sorte pour la première fois un ordre commun de vie et de paix.  Pour les peuples d'Europe un nouveau chapitre de leur histoire est en train de s'ouvrir. Son objectif est l'unification de toute l'Europe.  C'est un objectif puissant.  Nous pouvons l'atteindre mais nous pouvons aussi le rater.  Nous nous trouvons devant un choix clair - unifier l'Europe ou suivre les précédents malheureux de l'histoire et retomber dans les contradictions nationalistes."

Jusqu'au moment du conflit en Ukraine nous nous imaginions sur le bon chemin.  L'avertissement de Richard von Weizsäcker, 25 ans plus tard, est aujourd'hui plus actuel que jamais.

 

Signataires: 

Mario Adorf, acteur

Robert Antretter, ancien député;

Prof. Dr. Wilfried Bergmann, Vice-Président d' Alma Mater Europaea:

Prince Luitpold de Bavière (Königliche Holding und Lizenz KG)

Achim von Borries, directeur et scénariste;

Klaus Maria Brandauer, acteur et régisseur;

Dr. Eckhard Cordes, président de la commission orientale de l'Economie allemande;

Prof. Dr. Herta Däubler-Gmelin, ancien ministre fédéral de la Justice;

Eberhard Diepgen, ancien maire de Berlin;

Dr. Klaus von Dohnanyi, premier maire de Hambourg;

Alexander von Dülmen, directeur, A-Company Filmed Entertainment AG;

Stefan Dürr, PDG d'Ekosem-Agrar GmbH;

Dr. Erhard Eppler, ancien ministre fédéral du Développement et de la Coopération;

Prof. Dr. Dr. Heino Falcke,

Prof. Hans-Joachim Frey (président du Semper Opernball Dresden;

Père Anselm Grün, prêtre;

Sibylle Havemann;

Dr. Roman Herzog, ancien président de la République Fédérale d'Allemagne;

Christoph Hein, auteur;

Dr. Dr. h.c. Burkhard Hirsch, ancien vice-président du Bundestag;

Volker Hörner, ancien directeur d'académie;

Josef Jacobi, agriculteur bio;

Dr. Sigmund Jähn, ancien cosmonaute;

Prof. Dr. Dr. h.c. Margot Käßmann, ancien président du Conseil de l'Eglise Evangélique d'Allemagne, évêque;

Dr. Andrea von Knoop;

Prof. Dr. Gabriele Krone-Schmalz, ancienne correspondante de la chaîne ARD à Moscou;

Friedrich Küppersbusch, journaliste;

Vera Gräfin von Lehndorff, artiste;

Irina Liebmann, auteur;

Dr. h.c. Lothar de Maizière, ancien premier ministre;

Stephan Märki, directeur du Theâtre de Berne;

Prof. Dr. Klaus Mangold, Président, Mangold Consultng GmbH;

Reinhard und Hella Mey, compositeurs de chansons;

Ruth Misselwitz, pasteurs de l'Eglise évangélique à Pankow;

Klaus Prömpers, journaliste;

Prof. Dr. Konrad Raiser, ancien secrétaire général du Conseil mondial des Eglises;

Jim Rakete, photographe;

Gerhard Rein, journaliste;

Michael Röskau, ancien secrétaire général de ministère;

Eugen Ruge, auteur;

Dr. h.c. Otto Schily, ancien ministre de l'Intérieur;

Dr. h.c. Friedrich Schorlemmer, théologien et militant des droits de l'homme;

Georg Schramm, comédien;

Gerhard Schröder, ancien chancelier;

Philipp von Schulthess, acteur;

Ingo Schulze, auteur;

Hanna Schygulla, actrice, chanteuse;

Dr. Dieter Spöri, ancien ministre de l'économie

Prof. Dr. Fulbert Steffensky, théologien catholique;

Dr. Wolf-D. Stelzner, président du WDS-Institut für Analysen in Kulturen mbH;

Dr. Manfred Stolpe, ancien ministre-président de Brandenbourg;

Dr. Ernst-Jörg von Studnitz, ancien ambassadeur;

Prof. Dr. Walther Stützle, ancien secrétaire d'Etat à la Défense;

Prof. Dr. Christian R. Supthut, ancien directeur d'entreprise;

Prof. Dr. h.c. Horst Teltschik, ancien conseiller pour les affaires internationales et de défense à la chancellerie fédérale;

Andres Veiel, régisseur;

Dr. Hans-Jochen Vogel, ancien ministre de la Justice;

Dr. Antje Vollmer, ancien Vice-Président du Bundestag;

Bärbel Wartenberg-Potter, ancien évêque de Lübeck;

Dr. Ernst Ulrich von Weizsäcker, scientifique;

Wim Wenders, régisseur;

Hans-Eckardt Wenzel, compositeur de chansons;

Gerhard Wolf, auteur et éditeur.

 

(Traduction de l'allemand par John Laughland, IDC )



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