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La situation en Syrie par les correspondents de guerre russes

Date de publication: 11.12.2012



Anastasia: Tout d’abord je voudrais remercier les organisateurs de cette conférence, en plus d’être invitée. Cela me permets de présenter ce que j’ai vu ce que nous avons observé avec nos propres yeux, car nous étions en Syrie à partir du mois d’aout 2011 jusqu’à présent. C’est-à-dire que nous avons été là, quand le conflit s’est déroulé.

Il faut que je vous dise, que je suis partie en Syrie, sans y être préparée. En partant là-bas j’étais sûre d’aller dans un pays où a lieu le Printemps Arabe. J’ai écouté l’information vue le média européen, arabe qui disait donc qu’il y avait la révolution populaire dans ce pays. Ce qui ne correspondait pas à ce que nous avons vu en arrivant sur place.

Je trouve que je ne sais pas grand chose sur la Syrie, cela reste un pays éloigné, qui ne nous intéresse pas beaucoup. Il existe peu d’information, nous connaissons mal la Syrie. Je voudrais commencer ma présentation par un aperçu des évènements, comme si ces évènements avaient lieu en France. C’est-à-dire comme si ce qui se passait en Syrie arrivait en France.

Imaginez qu’il y a des gens qui arrivent en France qui disent que le Catholicisme, n’est pas une religion acceptable, qu’il faut vénérer l’Evangelista de 7-eme jours. Et commencent à tuer les gens, commencent à découper les têtes des gens, durant le dernier attentat d’une école les 29 enfants ont été tués. Mais ce sont des enfants, ils sont innocents, ils ne peuvent pas être coupables de quoi que ce soit.

Et tout ceci est au nom de la liberté, et lutte pour la liberté, mais ne respectent pas la liberté des autres, qui ne sont pas forcément d’accord avec eux.

Et puis, ils tirent sur les gens, sur les voitures qui se dirigent vers l’aéroport, il y a des tirs qui visent les avions civils. Donc on se pose la question comment quelqu’un qui est pacifique peut  réagir de cette manière-là contre les civils, et d’autres gens pacifiques.

Imaginez que tout ceci se passe en France, dans votre ville, par exemple les terroristes ont pris en otage les enfants dans une école, ce qui s’est déjà passé en France, à Toulouse, et bien qu'est ce que les citoyens vont faire ? Appeler à l'aide, c’est l’armée qui va intervenir pour les défendre. Et bien les syriens sont pareils, ils veulent se protéger, protéger leurs familles. Les gens qui effectuent ces actes sont présentés par les journalistes européens comme les hommes braves, qui luttent pour la liberté. Ils sont devenus les héros dans l’esprit des gens des pays occidentaux. En revanche, l’information sur leur côté « noir » qui est  moins présentable n’a jamais été affichée.

Vitali: Et puis un autre moyen de lutte, sont les attentats. Nous en avons été les témoins cet été quand nous étions à Damas. Nous avons été réveillés par le bruit d’une explosion sachant que notre hôtel était assez loin de cette explosion.

Nous sommes arrivés sur la place de cette catastrophe, la chose choquante était que les traces de sang étaient absentes, contrairement à l’attentat que nous avons vu à Alep où la terre était gorgée de sang. Ils nous ont expliqué que vu que l’explosion a été très forte (1,5 tonne de produit explosif), toutes les traces humaines ont été supprimées.

Anastasia: Les journalistes européens qui travaillent sur la Syrie, font leurs reportages sur le Liban, et ils utilisent souvent la phrase «l’information ne peut pas être vérifiée, car ce n’est pas possible de se rendre dans le pays ». Et là ce sont des mensonges !!!

En réalité actuellement entre 100 et 300 journalistes internationaux y compris les journalistes de CNN, travaillent en Syrie, le chemin est ouvert à tout le monde, il suffit d’avoir envie d’y aller. Et c’est un manque d’envie que nous observons.

Vitali: Encore une chose que je voudrais vous dire c’est que l’armée de liberté utilise des roquettes qui ne peuvent pas être guidées, et comme par hasard, aucune base militaire n’a été détruite. Ce sont toujours des immeubles civils qui deviennent leurs cibles.

Anastasia: Les journalistes, qui travaillent sur le territoire de la Syrie, ce sont les cibles les plus importantes, aucun respect pour les journalistes de la part des combattants. Porter un gilet sur lequel écrit « presse » est encore plus dangereux, car les combattants vont viser cette personne.

36 journalistes ont été tués pendant les 2 ans de conflit en Syrie. De plus ces journalistes ont été tués par les snipeurs. Un journaliste qui travaillait pour une chaine iranienne, a été tué pendant leur reportage, par une balle dans la tête.

Contrairement à cela, l’armée syrienne fait tout pour nous protéger. Ils nous ont donné leurs propres gilets pare-balles. Un soldat a été tué parce qu’il nous a protégé avec son corps. Donc là nous avons vu et senti un vrai respect vis-à-vis de la presse.

Une journaliste syrienne a été emprisonnée pendant 6 jours. Nous avons eu peur qu’elle ne revienne jamais. Mais elle est revenue et elle a raconté tout ce qu’elle a vécu là-bas. D’ailleurs nous travaillons en ce moment sur un film où on ajoutera l’entrevue avec elle.

Alors elle a été battue, torturée et ils ont trouvé le drapeau de l’armée syrienne sur le portable de son cameraman, pour cette raison il a reçu 60 balles dans le corps.

Et elle a été sauvée par l’armée syrienne.

Notre entrepreneur a été tué parce qu’il a travaillé avec les journalistes.

Une fois que nous avons fait un reportage à Homs, où nous avons rencontré un homme âgé, celui-ci n’avait pas l’endroit ou  partir il est donc resté dans la ville. Il avait plus que 80 ans, et il était le dernier chrétien  de Homs. Il nous a invité à prendre un thé, il n’avait quasiment plus de nourriture, donc les soldats ont partagé leurs pains avec lui. Un mois plus tard, les combattants sont arrivés, ils ont tué ce monsieur avec 12 balles, en marquant sur son mur «parce que tu étais trop bavard».

Il est choquant de voir à quel point ces gens sont agressifs. Il semble que le sentiment d'impunité leur permet de créer les indignations. Ils sont pires que les animaux, car même les animaux ne se comportent pas comme cela entre eux. Les combattants ne tuent pas sur le coup, mais ils commencent par battre, torturer, et juste après ils se mettent à tuer lentement en filmant sur leurs caméras, pour envoyer cette vidéo après à la famille de la victime.

Et ce qui est remarquable c'est qu’en refusant tous les droits de l’homme, ces gens se permettent de dire qu’ils sont pour la liberté. Liberté de quoi ? La liberté contre quoi ? La Syrie a été un pays pacifique, et maintenant c’est un pays complétement détruit, où on tue les gens tout simplement parce qu’ils sont d’une « mauvaise religion » ou bien parce qu’ils ont le nom « qui n'est pas correct ».

Il est important de préciser que dans « l’armée syrienne libre », comme les combattants s’appellent, il n’y a quasiment pas de syriens, en revanche, on voit des légionnaires qui viennent de Libye, de la Tunisie,  de la Turquie, de l’Arabie Saoudite. Donc ces gens-là ne défendent pas leur pays, ils sont là pour gagner de l’argent.

Peut-être que par ce phénomène on peut expliquer le comportement violent de cette armée vis-à-vis les syriens. Nous avons même vu les gens du Tchad, du Yémen et de l'Afghanistan qui luttent pour l'indépendance de la Syrie, qui amènent la démocratie dans ce pays.

Cette information n’est pas cachée, on connait les noms de ces gens, pourquoi donc n’en parle on pas ? Pourquoi personne n’explique ce qu'ils font ces gens-là en Syrie? Pourquoi dit on qu’il sont bons – l’armée libre, sont les méchants - armée syrienne ? Le bien et le mal ?

Ce sont les gens qui vivent dans les grandes villes contrôlées par l'armée, qui ont une certaine stabilité. Qui vivent plus ou moins correctement.

En faisant le bilan je voudrais dire que la situation en Syrie devient de pire en pire. Si au mois d’aout 2012 on parlait des magnétisations civiles, aujourd’hui on voit le pays en pleine guerre, où tout le monde veut avoir le pouvoir.

L’opposition n’est pas unie, personne ne contrôle le territoire. Chaque groupe tient à son projet, faisant la guerre entre eux et avec la population syrienne.

Tout cela provoque la destruction complète du pays.



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