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"La situation en Syrie, une troisième voie"

Date de publication: 11.12.2012



La situation en Syrie, une troisième voie

Mesdames, Messieurs,

Je remercie l'Institut pour la Démocratie et la Coopération de nous avoir conviés à cette table ronde.

Je travaille en Syrie depuis 18 ans à la restauration d'un monastère du 6ème siècle tombé en ruines, Saint Jacques l'Intercis à Qâra, à 90 kms au Nord de Damas et, à partir de l'an 2000,  à l'implantation d'une communauté monastique qui, aujourd'hui compte une vingtaine de membres appartenant à 8 nationalités.

Notre genre de vie est contemplatif ouvert à l'hospitalité.

Nous ne nous sommes jamais intéressés à la politique ou à la res publica.

Une ONG catholique nous ayant demandé notre vision du conflit syrien, nous avons pris le temps de nous documenter tout en créant un réseau de témoins actifs sur le terrain. Nous avons alors noté la disparité flagrante entre les évènements réels auxquels nous avions accès et ce qui en était rapporté par les médias. Le matraquage, accompagné hélas de truquage nous a alertés.

Il est impossible de vous transmettre ce qui se vit en Syrie. Comment des millions de gens habitués à ne manquer de rien qui se trouvent harcelés par des hordes sans foi ni loi qui, au nom d'Allah pratiquent le plus impitoyable terrorisme qui soit.

Devant la violence déferlante de toutes parts nous avons constaté que le plus grand obstacle à une orientation raisonnée vers une solution pacifique de la crise était la désinformation dûment orchestrée car elle cache les tenants et les aboutissants de la situation en consonance avec le système. Par "système" j'entends ici l'ensemble des décideurs à qui revient le privilège d'aiguillonner par une propagande ajustée la société civile dans les méandres de leurs intérêts stratégiques qui, souvent, échappent à la compréhension de la plèbe. S'agit-il d'intérêts relevant de la raison d'Etat, d'impératifs financiers, économiques ou militaristes ? Quelles que soient les intentions pour toute personne de bonne volonté la fin ne peut jamais justifier les moyens iniques. Ce qui inquiète c'est que la notion de patrie ou de nation disparait au profit d'intérêts supranationaux et, avec elle, le droit international qui régit les relations entre les peuples. On se retrouve démunis devant la force de ces agglomérats.

Dans le conflit syrien que chercherait une personne consacrée au Christ, Prince de la Paix, sinon la manière de servir la paix entre les hommes dans une guerre qui n'épargne rien? Lorsque la raison d'Etat pousse de grandes puissances à agir que pouvons-nous faire ? Comment franchir le Rubicon d'un consensus mortifère qui opte pour la guerre ?

La Syrie est-elle le nœud gordien du nouvel ordre mondial ? Quel serait le prix à payer et, dans tout cela, ce qui m'interpelle plus particulièrement, c'est le sort des chrétiens ? L'appel des Evêques de Hassaké, en Mésopotamie syrienne résume toutes les affres de la guerre, nos craintes et nos appréhensions. Il a été lancé le 23 novembre 2012, mais n'a eu aucune incidence significative. En Syrie le calvaire continue, et l'hémorragie aussi.

La situation des chrétiens en Syrie

Que font les chrétiens dans l'œil du cyclone ?

Vilipendés par les troubadours du "printemps arabe" qui les accusaient de ne pas rejoindre l'esprit de la révolution, leurs craintes du début se sont avérées justifiées.

Ces chrétiens vivent les évènements avec une lucidité très grande. De larges franges d'entre eux sont des réfugiés qui ont vécu des situations graves de déstabilisation ou même de persécutions: arméniens, syriaques et assyriens rescapés du grand génocide au début du XXème siècle, palestiniens réfugiés de la Nakba de 1948,  libanais transfuges de la guerre de 1975 et de celle de 2006, chrétiens d’Irak, victimes des guerres du Golf et de la tactique sournoise du chaos créateur où ils n’avaient pas de place. Ballotés de massacres en exodes, les chrétiens de Syrie ont été bien soulagés de vivre des temps de relative stabilité.

Minorités persécutées et réfugiées leurs communautés sont régies par l’instinct d’appartenance à leurs Eglises qui sont toutes « ethniques » à part les latins et les grecs. Les communautés chrétiennes acceptent avec soulagement de la part des autorités civiles tout ce qui peut contribuer à leur survie. Les chrétiens ne prétendent pas au pouvoir et n'ont aucune force militaire. Leur instinct de survie induit un besoin impératif de sécurité (qui consiste à éviter la répression, la persécution ou l’exil. Leur faiblesse leur fait accepter de bon cœur pour eux-mêmes le « moins bon » pour « éviter le pire ». Ils ressemblent à la syro-cananéenne qui accepte de manger les débris donnés aux chiens pourvu de survivre. 

Bien qu'ayant été victimes d'un statut civil discriminatoire ils ont bénéficié de la laïcité du régime qui est d'ailleurs fondé par un chrétien, Michel Aflaq, pour contourner la discrimination qui frapperait les chrétiens et autres minorités religieuses sous un régime islamique.  

En Syrie il y a presque deux millions de chrétiens, de souche ou réfugiés[1].

Ils ont contribué à fonder l’Etat syrien moderne en étant les pionniers de la renaissance arabe qui, au XVIIème siècle, à partir des villes d’Alep et de Damas, relayées par la montagne libanaise, ont prôné la résistance culturelle à l’occupant turc. Aujourd'hui, face aux vicissitudes de l'histoire ils sont déçus. Pour comprendre leur désillusion il faut avoir à l’esprit que ces chrétiens, au vécu difficile depuis le Fath islamique, se sont rattachés instinctivement à des puissances extérieures censées les protéger. Depuis les croisades, les catholiques s'en remettaient aux puissances européennes, la France en premier. Durant la période des Tsars, les orthodoxes s'en remettaient beaucoup à la Russie pour leur protection et celle des lieux saints.

Le malentendu dialectique

Or, aujourd'hui, en plus de la désinformation nous faisons face à un malentendu que je nomme 'dialectique'. Il a trait à la lecture des évènements et à ses conséquences pratiques de la part de ceux qui sont censés "protéger" les chrétiens en Orient.

Les connaisseurs des arcanes politiques assuraient que la "décision était prise" et qu'il fallait réserver une place dans le train de l'histoire aux côtés de la révolution pour "préserver les chrétiens d'Orient", comme si avant même qu'elle ne sorte victorieuse de son combat cette révolution posait les conditions de l'allégeance pour ne pas sévir. N'était-ce pas ce qu'on reprochait aux régimes totalitaires ?

Mus par un souci de la survie des chrétiens du Levant, nos amis occidentaux et bienfaiteurs savaient mieux que les chrétiens eux-mêmes ce qu'il convenait de faire pour conjurer l'avenir. Cela se passait sans même consulter la hiérarchie de nos Eglises. Au contraire, si celle-ci manifestait une position divergente que celle dictée par la pensée unique elle se faisait durement critiquer comme subordonnée au régime. En fait nul n'a mieux préparé le terrain pour une discrimination politique des chrétiens, préalable à une discrimination confessionnelle que ces catholiques bien pensants qui, à la manière des amis de Job, enfonçait le clou dans la plaie ou versait de l'huile sur le feu. Les chrétiens manifestent-ils leur inquiétude quant à leur sécurité au milieu de l'invasion massive de hordes de mercenaires aux couleurs de l’Al Qaeda ? C'est parce qu'ils n'aiment pas la démocratie et abhorrent la liberté ! Se plaignent-ils de pressions, de sévices, voire d'enlèvements, d'extorsions, de pillages, de déracinement forcé de leur résidence ? Ce sont des alarmistes qui ne savent pas dialoguer avec les musulmans !  En plus de répondre par la suspicion ou la moquerie, les médias en rajoutaient: tel journaliste se croyait bien inspiré qui faisait état de privilèges douteux dont auraient jouit les chrétiens durant les années fastes du régime, un autre assurait que les hiérarques chrétiens craignaient les représailles du régime aussi prenait-ils leur distance de la révolution, l'affirmation la plus insolite est venue de la bouche de l'ancien ministre des affaires étrangères italien Franco Frattini qui, le 28 novembre, accompagnant une délégation d'opposants syriens à Rome pour rencontrer un "haut dignitaire" du Saint-Siège, n'a pas craint le ridicule en affirmant que " le régime d'Assad torture les chrétiens avec un traitement encore plus dur que celui qu'il réserve aux musulmans dans l'espoir que la communauté chrétienne de Syrie, se sentant sous pression, se mobilise en défense du statut quo"."! [2]

Nous pouvons vraiment dire que beaucoup de vexations infligées aux chrétiens étaient dues à la mauvaise réputation que leur créait paradoxalement l'intérêt intempestif pour leur survie de la part de leurs coreligionnaires occidentaux qui, cependant, au moment de la réalisation des craintes qu'ils jugeaient puériles ou alarmistes se sont tous retirés dans le silence, je ne sais si celui de la lâcheté ou de la honte.

A la faveur des dénis complices et des détournements des faits, aujourd'hui tout en Syrie a été systématiquement détruit: Les infrastructures de l'Etat, les villes et leur cœur historique, les musées, les mosquées, les églises, les sanctuaires des prophètes. La population civile manque de tout: pas d'électricité ni de gaz. Pas de mazout. Pour avoir du pain il faut faire une queue interminable. Mais l'irréparable c'est la destruction de la cohésion intercommunautaire d'un tissu social diversifié. La porte est grande ouverte aux guerres intestines sans fin.

Au moment où je vous parle, les 5 millions de Damascènes résidents auxquels se sont ajoutés quelques millions de déplacés

 vivent dans la hantise de la bataille de Damas, la troisième de son nom,  qui pourrait transformer la capitale des Omeyyades en un champ de ruines à l'instar de certains quartiers de Homs, Hama ou Alep.

Que vous dire ? Lorsque nos craintes se sont réalisées avec l'exil forcé des 7000 chrétiens de Qusayr? Les familles nous renseignaient au jour le jour de l'appel des muezzins aux chrétiens d'évacuer le village en quelques jours pour obéir aux orientations du chef salafiste Abdel Salam Harba. Celui-là même que l'on voit sur une vidéo haranguer ses adeptes à égorger au bord des égouts les buveurs d'alcool, les adultères, les collaborateurs et les impies [3].

Comment rapporter l'exode massif des 130 000 chrétiens de Homs lorsque leurs quartiers toujours neutres et tranquilles avaient été envahis par les troupes rebelles pour les "libérer" en février 2012. Tel responsable nuançait: ils n'ont pas été délogés, ils ont quitté de leur propre gré, un autre rectifiait: "personne ne les as molestés, il ne faut pas crier à la persécution des chrétiens". Lorsque les rebelles frappèrent les quartiers chrétiens d'Alep, puis les populations chrétiennes de Ras El Aïn ou de Deir Ezzor les chicanes ont cessé au profit d'un silence de plomb que nous laissons aux générations à venir le soin d'élucider.

Au cœur de la tourmente nous constations que l'histoire se répète et qu'au moment de la chute de Constantinople d'aucuns discutaient âprement sur le sexe des anges.

Il est vrai qu'avant de rendre son tablier, Madame Hilary Clinton s'est donné bonne conscience en se lavant les mains d'un phénomène que son administration, alliés interposés,  a créé et favorisé "La révolution, dit-elle- a été détournée au profit d'un conflit sectaire, extrémiste et confessionnel?". Nos Patriarches et nos communautés s'en étaient déjà plaint mais avaient essuyé une vague de suspicion désobligeante. Après avoir écarté l'évidence pourquoi la  reconnaître sur le tard? N'est-ce pas parce qu'il est trop tard et que ce conflit est devenu une réalité ?

Que dire et que faire lorsque les parties sont irréductibles ?

Que le régime baathiste montre un visage qu'il n'a jamais pris la peine de cacher et, en plus, ses griffes, c'était à prévoir et ne nous surprend pas. Mais que le "monde libre et démocratique" auquel nous appartenons- pour reprendre la célèbre définition de Winston Churchill à Fulton [4] soit pris en flagrant délit d'alliance planifiée avec des forces obscurantistes voilà qui nous cause un écartèlement dialectique: l'avenir devient de plus en plus sombre par rapport aux musulmans modérés et aux composantes minoritaires de la société syrienne: alaouites, chrétiens, druzes, kurdes, ismaélites, chiites, nuséyrites. Lorsqu'une religion régit la société ceux qui ne lui appartiennent pas se sentent marginalisés.

Lorsque toutes les constantes s'effondrent que reste-t-il? Se résigner à ce que le Moyen-Orient devienne une jungle de l'homme pour son frère ? Pour nous, le Moyen-Orient c'est le nombril du monde, le berceau de l'humanité, le creuset du monothéisme, la Révélation du Dieu unique, le Saint des Saints, le Sanctuaire, la Kibla, l'héritage d'Abraham, de Moïse, de Jésus-Christ, de Mahomed demeurera-t-il un volcan en ébullition qui génère haines, calamités, affrontements et guerres ? La Révélation divine est là pour y puiser les trésors de Sagesse qui tempèrent la folie des hommes ? Le Moyen-Orient devrait devenir la réserve naturelle de l'origine spirituelle de l'humanité, là où est apparu l'homme adamique ouvert au Dieu transcendant. Cette réserve devrait être une Oasis de paix, de dialogue, de convivialité paradigmatique avec exclusion d'armes et pacte mutuel de non belligérance entre les trois religions monothéistes. Ne peut-on pas, ne devrait-on pas trouver enfin une solution définitive au conflit endémique qui gangrène notre région, le conflit israélo-palestinien afin que cesse la logique de la suspicion mutuelle, de la haine, de la rancœur et du cycle interminable de la violence fratricide ? N'est-il pas temps de rendre la Terre Sainte à sa vocation universelle, celle d'être la terre de la Paix et de la Bénédiction Abrahamique ?

Au lieu de préserver le Moyen-Orient comme matrice des valeurs fondatrices de l'humanité on l'instrumentalise. On préfère ses richesses matérielles à ses trésors spirituels. On asservit ses ressources à la voracité du lucre. Et on cherche à justifier ses plans par le mensonge et la dissimulation à grande échelle. Lorsque les intérêts passent avant les choses saintes, le discours devient mensonger.

La mobilisation massive de l'opinion publique l'afflige à son insu d'une équation schizophrénique. D'un côté le discours idéologique impeccable en termes de valeurs républicaines humanistes et de l'autre une réalité qui se révèle aux antipodes de ce qui est énoncé. Le discours idéologique des médias a beau masquer d'un écran moralisateur et irénique des actions répréhensibles pour les légitimer[5]. La réalité est là qui crève l'écran sans cependant rendre la vue aux aveugles. L'image, flanquée de son discours mensonger, fait apparaître en filigrane pour ceux que l'expérience a rendu lucides, les ombres chinoises de la démagogie et de la manipulation des masses au fur et à mesure que le vrai visage de la soi-disant "révolution syrienne" se révèle. Loin d'appuyer le peuple syrien dans son aspiration légitime à exercer son auto-détermination dans le respect de ses choix démocratiques, voilà que ce même libre et démocratique impose au peuple syrien un système islamiste qui ne reconnait que l'approche fondamentaliste d'un texte religieux, le Coran, imposé à tous comme référence suprême dans son exégèse la plus radicale.

Le conflit en Syrien a mis en lumière le quadrillage médiatique tendancieux de nos sociétés globalisées qui n'ont de la réalité qu'une vision soigneusement orientée et, par conséquent partielle. Dans un monde qui se dit "libre" ceci est paradoxal et je n'y aurai pas prêté foi si je n'eusse expérimenté d'une manière abrupte les limites imposées à la liberté d'expression. Car tout ce qui entrave le discours médiatique officiel est proscrit et bien vite diabolisé sinon dans son contenu du moins dans l'intention qu'on lui prête. Aussi, aujourd'hui les "parias médiatiques" sont-ils bien nombreux, sujets à des lynchages médiatiques ou au boycotte. Il faut se résigner à en faire partie avec philosophie tout en continuant à s'exprimer. La pression de la pensée unique est telle qu'un caméraman catholique, qui avait filmé ces faits, n'a pas pu les présenter au public. Il a attendu un an pour se servir de scènes obsolètes où certains de ses interlocuteurs avaient trépassé et les a quand même enchâssées dans un commentaire tendancieux déformant leur signification réelle afin d'aligner son discours à la bien-pensance dominante !  

C'est la dichotomie entre la réalité vécue et ses versions médiatiques qui nous ont alertés en tant que communauté monastique. Nous avons découvert que le fait de simplement décrire le déroulement d'un évènement gênait les éditeurs, même s'ils nous avaient questionnés sur la situation. Au fur et à mesure que la crise s'accentuait les positions se cristallisaient et nous relevions un alignement patent entre les acteurs étatiques, médiatiques, humanitaires et, souvent hélas, religieux complaisamment subordonné au système.

Les médias pourront se féliciter d'avoir fait œuvre de philanthropie en couvrant généreusement les manifestations syriennes et en donnait tout le temps aux opposants d'exprimer leurs "souffrances". Mais la réalité sur le terrain était bien différente. Alors que les citoyens du monde libre frémissaient d'horreur devant les images -montées et truquées ad nauseam- de répressions présumées de manifestants pacifiques, des bandes armées non identifiées œuvraient loin des feux de l'actualité à semer le chaos dans les zones mixtes: enlèvements, assassinats, égorgements, dépeçages, viols, tortures, voitures piégées et agressions diverses pour paralyser le cours de la vie civile. Ce n'est que bien plus tard que la presse internationale commença à lever le rideau sur les actes répréhensibles des rebelles, identifiés comme des groupes affiliés à Al Qaeda et autres organisations salafistes.

Leur rôle fut d'abord minimisé mais voilà Human Rights Watch qui accuse les rebelles de "crimes contre l'humanité" mais dans une moindre mesure que le régime. Mr. Hollande avance la proportion de 1/3 de mercenaires étrangers en Syrie, Mr. Laurent Fabius se lamente qu'ils sont un ramassis hétéroclite et désordonné. Hier Amnisty International envoyait une déléguée au Liban auprès des réfugiés syriens pour documenter les violations des rebelles contre les droits de l'homme.

En guise d'épilogue à cette incise je pose un questionnement: Si une cause est juste et louable pourquoi la promouvoir avec une campagne tous azimuts fondée sur le rapiéçage de l'information, l'exagération, l'imputation à tord ou la dissimulation pure et simple des faits et le boycotte des témoins? De grâce arrêtez le carnage médiatique ! Arrêtez la schizophrénie du mensonge!

Quelle est la réalité de la révolution syrienne

1- D'abord les effectifs

- Elle comporte deux composantes politiques principales: l'opposition ab intra composé du Comité de Coordination Nationale sous la présidence de Haytham El Manaa. Ce Comité regroupe 12 partis libéraux et n'accepte ni la violence ni l'ingérence extérieure. Dernièrement à Moscou Mr. Manaa a annoncé que ce Comité accepté de négocier -et non point de dialoguer- avec le gouvernement syrien.

- L'autre composante est celle de l'opposition ab extra que rassemble la Coalition Nationale des forces de la révolution et de l'opposition. Cette coalition comme le CNS auquel elle succède est dominée par les frères musulmans. Ils ont un agenda terrifiant: ils comptent sur une intervention armée étrangère pour imposer leur pouvoir qui est entaché d'ostracisme et de discrimination. Contrairement à la reconnaissance pompeuse qu'elle reçoit de certaines chancelleries, elle ne représente que 10% du peuple syrien [6]et moins que la moitié de l'opposition dont les effectifs sont autour de 30% du peuple syrien. Elle ne représente donc ni le peuple syrien ni même l'opposition syrienne ! Comment se fait-il que la France intronise à faux cette Coalition sans se préoccuper de sa piètre représentativité ?

- L'opposition compte avec un bras armé sous le titre de l'Armée Libre de la Syrie. Mais en parallèle ont proliféré des groupes paramilitaires composés de mercenaires ou de volontaires qui se révèlent d'obédience islamiste voire salafiste et même affiliés à Al Qaeda.

Ces groupuscules sèment chaos et terreur et déstabilisent le pays. Leur rôle n'est pas tant de gagner une bataille que de faire le gros œuvre de l'anéantissement des infrastructures qui assurent la stabilité sociale d'une nation. Les sévices de ces groupes surpassent en horreur celles des envahisseurs de l'histoire tels qu'Attila, Timourlank ou Hulagou. En France on continue à les présenter comme les défenseurs de la liberté et de la démocratie.

2. Quelles sont les aspirations de la révolution syrienne ?

A part les discours standardisés des représentants du CNS ou de la Coalition, confortés par certains figurants chrétiens qui croient que le verbalisme a une quelconque incidence sur la réalité, la révolution en Syrie est devenue une insurrection sunnite fondamentaliste.

Dès la constitution de la Coalition Nationale des forces de la révolution et de l'opposition syrienne, Hicham Al Baba, chef de communication du Parti de la Libération, province islamique de Damas,  a diffusé une déclaration selon laquelle les forces de la révolution islamique rejettent toute représentativité de ladite Coalition et assurent que les djihadistes valeureux qui combattent pour libérer la Syrie le font pour instaurer le Califat islamique sans laisser aucune place à la collaboration avec les USA, l'Europe ou les monarchies du Golfe. [7]

A Al-Bab à Alep, les rebelles ont créé une police des mœurs (Le Comité de l'imposition du bien et de la prévention du prohibé),  inspirée des moutawa'een saoudiens. Cette police est chargée d'imposer le Bien et de combattre les actes impies comme d'interdire aux femmes de rouler en voiture, de forcer les gens à prier, de rendre obligatoire le port de la Burqa et de faire respecter par la matraque ou autres moyens de coercition les lois islamiques et les fatwas.

Le dimanche 9 décembre BBC et Sky News interrogeaient des captifs de guerre de Jubhat El Nosra. Ils ont clairement affirmé leur plan de se saisir du pouvoir pour instaurer un règne islamique où les non musulmans devraient soit se convertir à l'Islam, soit verser la Jizyah ou impôt de capitation pour avoir droit à la protection soit être tués.

La coloration fondamentaliste de la révolution syrienne ne fait pas de doute. Elle constitue un scandale à la lumière des alliances secrètes établies entre les USA, leurs alliés, et les factions qu'ils prétendaient combattre jadis.

Seules quelques minorités kurdes ou assyriennes croient que leur lutte pourra leur rendre les droits ethniques qui leur furent refusés par le régime panarabe.

2. Quelles chances pour la paix ?

Les clauses du protocole portant sur la création de la Coalition Nationale stipulent la promesse formelle de ne pas dialoguer avec le régime. Cela a été perçu comme une déclaration de guerre.

En contrepartie, à l'issue de la dernière réunion de l'opposition intérieure Mr. Haytham Manaa a exprimé la disposition des forces de l'opposition du Comité de Coordination Nationale de négocier (et non pas de dialoguer) avec le régime syrien.

La démarche de Mr. Manna et des partis qu'il préside est louable et rejoint la position déclarée des divers Etats et coalitions mondiales excepté le Qatar et l'Arabie Saoudite. Elle reçoit l'aval de la hiérarchie chrétienne locale et rejoint la feuille de route établie par le Saint-Siège.

Cependant cette démarche est politique et, pour pouvoir se concrétiser, elle a besoin d'un consensus des grandes puissances. Ceci risque de tarder car les uns et les autres instrumentalisent la lutte armée pour occuper des positions avantageuses dans la négociation.

3. La Musalaha

En attendant, il existe en Syrie une troisième voie qui est l'initiative nationale de la réconciliation Musalaha qui a été présentée par le Patriarche Grégoire III Laham comme l'unique planche de salut pour la Syrie et louée par le Pape Benoît XVI lors de sa visite au Liban.

L'initiative Musalaha (réconciliation en arabe) est un large mouvement populaire qui monte de la base en Syrie. Elle vise à construire ab intra un nouveau pacte social, préalable à un large consensus politique. Musalaha vise à parvenir à la liberté, à la démocratie et à la prospérité par des moyens pacifiques dans le plein respect du droit d'auto-détermination donnée par les lois internationales au le peuple syrien. Tel est son impact que le gouvernement qui a suivi le référendum de 2012 a créé un ministère national Musalaha dirigé par une figure de l'opposition, le Dr Ali Haidar. Cependant la Musalaha n'est pas inféodée à l'Etat syrien. Elle est apolitique et populaire. Lorsqu'elle tient ses réunions elle arbore les deux drapeaux qui divisent le paysage civil syrien: le drapeau national et celui de la révolution.

Pour ouvrir la voie à la pleine mise en œuvre de Musalaha en Syrie des mesures importantes sont nécessaires pour répandre un climat de sécurité et de la stabilité ainsi que la confiance en soi. Les 10 points que nous proposons et documentons ci-après sont pour favoriser Musalaha comme une troisième voie crédible pour une résolution pacifique du conflit en Syrie. Elle arrête l'hémorragie et prépare les cœurs et les voies pour une solution politique finale. Dans la période du post-conflit elle aura un rôle thérapeutique pour ramener les diverses factions du peuple syrien les unes vers les autres.

L’espoir est dans le bon sens du peuple qui, encore une fois, saura par sa patience et son courage et par l’Esprit du Christ qui le porte, faire face aux hostilités du destin. Et œuvrer pour que le Moyen-Orient devienne une Oasis pour l'humanité où elle retrouve ses racines et réapprend les valeurs inamovibles de sa dignité, de son élection et de sa vocation.  Les trois religions monothéistes ont la grande responsabilité d'appliquer les normes universelles de leur patrimoine sacré. A la communauté internationale de suivre.

DIX POINTS POUR PREPARER LA VOIE A LA RECONCILIATION EN SYRIE

La Réconciliation Nationale en Syrie, Musalaha, n'est pas un fantôme ni un bluff. Elle est une initiative populaire sérieuse et présente massivement sur le terrain. En voici ses prémisses et ses effectifs:

Le Forum de la famille syrienne dans sa deuxième édition s’inscrit dans le mouvement de Musalaha dont il est sans doute une des sources majeures. Sa session fondatrice avait eu lieu le 25 janvier 2012 dans le complexe Sahara sur la côté syrienne. Il eut un impact historique par le fait des personnalités religieuses et nationales présentes et parce qu’il démontra qu’il y avait une troisième voie qui était encore possible hors du conflit régime-opposition : celle de la société civile.

Cheikh Salman Assaf Al Bijari est le fondateur de ce Forum avec la journaliste Ahd Sharifat. Mr. Khalil Nouh en est le président du comité exécutif. Le Forum a pour but de rassembler les personnalités influentes des diverses composantes de la société syrienne (c'est-à-dire les tribus et les familles sociales et religieuses) pour s’unir autour des principes fondateurs de la famille syrienne: « la réconciliation, la fraternité, la fidélité et l’appartenance »et, pour dans les circonstances actuelles, appuyer l’opération de la réconciliation, du dialogue et de la réforme lancée par les factions vives du peuple syrien et acceptées par l’opposition intérieure et par le gouvernement.

Le communiqué final de Sahara stipulait que les participants devaient créer des comités de travail sur le terrain pour oeuvrer rapidement dans les province de Daraa, Deir Ezzor, Idlib, Hama, Homs et commencer la Mussalaha nationale et composer des délégations issues de ces comités pour visiter les autres provinces et gagner le soutien populaire et faire réussir la Mussalaha nationale pour sauvegarder la mission multifacétique de la Syrie plurielle.

Depuis, chaque mois a lieu un important forum conjoint, de la famille syrienne et de la Musalaha pour restaurer la confiance et remédier aux fractures causées par les attentats à caractère confessionnel ou ethnique. 

EFFECTIFS DE LA MUSALAHA

Les Oulémas sunnites, alaouites, chrétiens et druzes ont donné leur accord à la participation effective de la Musalaha Nationale. La hiérarchie catholique de Syrie a donné son plein aval à cette dynamique en l'adoptant à partir d'une vision évangélique de la Réconciliation, comme il appert dans les déclarations du Président de la Hiérarchie Catholique de Syrie qui a fait une déclaration dans ce sens-là le mois d'avril 2012, suivie par une déclaration commune des trois Patriarches grec-orthodoxe, grec-catholique et syriaque-orthodoxe résidents à Damas, au mois de mai 2012.

Les diverses organisations religieuses, tribales, familiales ou partisanes ont nommé autant de délégués que nécessaire, non seulement dans les grandes villes et agglomérations mais même dans les quartiers, comme à Homs, Damas ou Alep. Ceci crée un réseau social des plus performants.

Le Forum des familles syriennes est le principal réservoir en ressources humaines de Musalaha puisqu'il rassemble les tribus arabes de Syrie en plus que les familles kurdes, assyriennes, arméniennes, caucasiennes, ismaélites, alaouites, chaldéennes, syriaques.

Certaines de ces tribus ont payé durement leur collaboration avec l'initiative de Musalaha. On se rappellera le lynchage du leader de la famille des Berri; Zeino Berri, avec onze membres de sa famille à Alep, quartier de Salaheddine, par le bataillon salafiste de l'Unification (Liwa Al Tawhid) au début de l'invasion d'Alep par les mercenaires venus de Syrie du Nord et de Turquie http://www.youtube.com/watch?v=yxEmOhMUnPU&feature=youtube_gdata_player.

Personnalités de Musalaha assasinées par les rebelles

- Sheikh Mahmoud Hassan Al Ghannache, 8 mai 2012, Deir Zor

- Sheikh Abbas Laham, 13 mai 2012, devant sa mosquée de Saydeh Raqieh à Damas

- Sheikh Abdallah Suhaily,

- Sheikh Al Aziz Rachid Al Hafel, 14 mai 2012, de la tribu des Oqaidat avec son fils et son chauffeur, sur la route de Deir Zor

- Père Fadi Haddad, Qatana, le 25 octobre 2012

Un ministère de la Musalaha

Dans le dernier gouvernement d'union nationale, un ministère a été créé pour accompagner la dynamique populaire de la Réconciliation. Le Ministre de la Musalaha, Ali Haidar, est un opposant du régime qui croit en une transition démocratique pacifique.

Réalisations de Musalaha

Soudure supra politique et supra religieuse des tribus et des familles syriennes

Négociations pour la délivrance des personnes enlevées auprès de l'insurrection armée ou des groupes qui s'en réclament.

Libération de centaines de personnes enlevées.

Collecte de rançons pour les personnes enlevées.

Dialogue en vue de la pacification dans les villages "indépendants" de l'Etat, des Provinces de Damas, d'Idlib et d'Alep.

Réconciliation dans des villages mixtes (sunnites-alaouites, sunnites-chrétiens, arabes-kurdes).

Aide aux réfugiés de tous bords

Aide aux sinistrés

Libérations des prisonniers politiques

Thérapie post conflit.

L'International Support Team for Musalaha in Syria

Fondé en Australie, a pour membres des Prix Nobels, des législateurs, des parlementaires, des pacifistes et des volontaires, il cherche à promouvoir la cause d'une solution pacifique en Syrie basée sur la Réconciliation Nationale.

Propositions

1. Soutenir la résolution des conflits par la négociation et la mise en œuvre d'un processus démocratique. Le Haut Représentant de l'UE, Catherine Ashton, a indiqué que l'UE soutient la mission de Lakhdar Brahimi, comme elle a soutenu la mission de Kofi Anan. Mais ce soutien devrait être dans les faits et pas seulement dans les mots.

2. Aidez à stopper le flux d'armes vers la Syrie

Ne cédez pas à la tentation d'armer la rébellion encore plus. Ne pas justifier la violence d'un côté ou de l'autre.

3. Stigmatiser les méthodes de guerre qui violent les Conventions de Genève. Les rebelles attaquent les forces syriennes dans des zones résidentielles, provoquant ainsi une réponse militaire causant des blessures mortelles à des civils et la destruction des bâtiments (la stratégie de «boucliers humains»). Ils font la même chose avec les sites culturels («culturelle boucliers»).

4. Interdire toute intervention étrangère dans le conflit syrien.

L'interventionnisme limite l'autodétermination du peuple syrien et compromet les efforts visant à une solution pacifique.

5. Fournir une information honnête sur le conflit syrien

La diffusion de la  propagande nuit à la cause de la paix. On devrait favoriser les témoins impartiaux.

6. Soutenir les nouveaux partis politiques qui se multiplient et donnant forme au paysage politique syrien. Les élections sont la transformation du paysage politique syrien. Le régime de change et peut être modifié par des moyens démocratiques et institutionnelles.

7. Arrêtez les sanctions qui nuisent à la population civile Les pénuries sont devenues chroniques en Syrie. Pourquoi la diaspora syrienne ne peut-elle pas accéder facilement au pays ? 

8. Distribuer l'aide humanitaire équitable. Il ya plus de 2,5 million de personnes déplacées en Syrie qui reçoivent bien peu de l'aide accordée aux réfugiés sur la frontière. Au dehors, tous les camps sont contrôlés par les rebelles armés et l'aide apportée aux réfugiés est souvent utilisé pour acheter des armes.

9. L'impartialité des ONG travaillant sur le conflit syrien. Les rapports de ces ONG sont dangereusement partielle et c'est un domaine qui a besoin d'une grande attention, compte tenu en particulier de l'influence des ONG sans scrupules avait manifestement sur le conflit libyen.

10. Soutenir un nouvel état qui garantira l'égalité de la citoyenneté et de la liberté religieuse à tous les groupes religieux et ethniques. 



[1] La plupart appartiennent aux patriarcats d’Antioche.  Ce sont les descendants d’antiques et prestigieuses ethnies ou civilisations comme les araméens ou les phéniciens, mais aussi les ghassanides et les byzantins. Citons les syriaques sont de souche araméenne. A eux se sont joint les ghassanides, tribus arabes du Yémen. Les grecs, orthodoxes ou catholiques- sont de souche antiochienne byzantine. Les maronites sont autochtones, les assyriens et chaldéens ont migré de l’Iraq, les arméniens sont des rescapées du grand génocide perpétré par les ottomans et les kurdes. Les latins appartiennent au patriarcat latin de Jérusalem.

[4] Discours de Winston Churchill au Westminster College de Fulton, Etats-Unis, le 5 mars 1946.

[5] Le principe de la guerre de "basse intensité" contourne les restrictions de la Charte de Genève imposée à la guerre dite "classique". . L'expression "low intensity Operation" créée par le chef d'Etat-Major de la Reine Elisabeth II, Sir Frank Kitson, pour contrecarrer les insurrections du Kenya (1953-55), Malaisie (1957), Muscat et Oman (1958) consiste à permettre à l'Etat de rendre légales des méthodes illégales en temps de guerre "classique". (cf. Frank Kitson:"Low intensity operations, subversion, Insurgency and Peacekeeping). Cette méthode aux effets terribles sur la population civile est de plus en plus utilisée. Elle l'a été au Liban, en Iraq, dans les pays d'Amérique du Sud, d'Asie, au Soudan, et aujourd'hui en Syrie.

[6] Voir notre étude en annexe

[7]http://www.facebook.com/ansar.ht.syria#!/photo.php?fbid=394515517295528&set=a.190146587732423.48211.175738369173245&type=1&theater

 



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