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Intervention du professeur Henri Temple au colloque sur le Brexit

Date de publication: 14.06.2016

Professeur Henri Temple à l'IDC, le 14 juin 2016

LE BREXIT, UNE CHANCE POUR L’EUROPE ?

Par Henri Temple [1]

IDC, 14 juin 2016 

 

 

Oui, en vérité, le Brexit est une une chance de sortir de Bruxelles et d'entrer dans une Europe à repenser, rêver et reconstruire. Une Europe efficace et respectueuse des peuples et des démocraties. Trois axes de réflexion nous permettront d'exposer cette idée.

 

1 Le sujet Europe est encombré de mythes, de prophéties, d'imprécations, d'erreurs et de mensonges.

Une Europe paisible, prospère  et intelligente a été rêvée par Victor Hugo. Puis dans les années 20 Richard Van Coudenhove-Kalergi[2]  tenta de dessiner une architecture politique à cette Europe. Mais cette Europe fantasmée, qui reposait sur la conception d'un homme nouveau, pan-européen, a vite été détournée par des banquiers, dont Jean Monnet. D'ailleurs ni Coudenhove, ni Churchill, ni Monnet ne pensaient possible d'y incorporer le Royaume Uni. Et pourtant c'est ce qui fut fait en 1973 (un referendum emporté par 65%).

Malheureusement la CEE de 1973 est devenue une énorme ''usine à gaz'' -compliquée et explosible- en raison de transformations  à but fédéraliste, effectuées sans le consentement (ou même contre la volonté) des peuples. On vit alors clairement que le projet délirant ambitionné  était la constitution d'un super état fédéral, hyper centralisé et invasif, régentant tout, défaisant les vieux États nations qui pourtant lui avaient confié le destin de leurs peuples. Et simultanément de faire renaître de vieilles régions, immergées dans une mondialisation contre lesquelles elles se retrouveraient sans capacité de se défendre.

Or, plus ce double tourbillon à la fois centripète et centrifuge (et donc nécessairement disloquateur) accélérait ses vitesses, plus les mensonges et les menaces étaient diffusées par les élites et une grande partie de la presse, aux ordres des puissants. Car les rêveurs généreux disparaissaient, et les lobbyistes prenaient leur place et la parole.

A chaque événement significatif on entendit les mêmes arguments : si vous ne votez pas en ce sens ce sera le chaos, la guerre, les pleurs et les grincements de dents. Acte Unique, Maastricht, Euro, crise grecque, puis à présent Brexit, furent chaque fois des concours entre démagogues, menteurs, apocalyptiques, menaçants, ou méprisants.  Les peuples mystifiés eurent chaque fois le choix entre ''faire partie des plus intelligents et généreux pour le progrès'', ou être abaissés au niveau des ''arriérés, nationalistes étroits''.

On eut -et on a encore- des déclarations péremptoires (et toujours mal élevées), de chefs d'états étrangers, de responsables ( surpayés, nommés et pas élus) d'organisations internationales.

Maastricht, avec le recul, est un exemple intéressant de ces mensonges, chantages, outrages  et idioties. Relisons en quelques uns[3].

 « [Les partisans du "non"] sont des apprentis sorciers. […] Moi je leur ferai un seul conseil : Messieurs, ou vous changez d'attitude, ou vous abandonnez la politique. Il n'y a pas de place pour un tel discours, de tels comportements, dans une vraie démocratie qui respecte l'intelligence et le bon sens des citoyens. » (Jacques Delors à Quimper, 29.8.92)
« Le traité de Maastricht fait la quasi-unanimité de l’ensemble de la classe politique. Les hommes politiques que nous avons élus sont tout de même mieux avertis que le commun des mortels.» (Élisabeth Badinter, Vu de Gauche, septembre 1992)


« Oui, pour aller de l’avant dans les conquêtes sociales, il n’est d’autre avenir que la Constitution de l’Europe.» ( Julien Dray, Assemblée nationale, 6.5.92)
« Mon raisonnement est profondément social-démocrate. À vrai dire, je n’ai pas encore compris pourquoi les libéraux veulent de cette Europe-là» (Michel Rocard, Libération, 3.8.92)
« Si le “non” l’emporte, on ne reparlera plus de l’Europe mais des batailles qui se sont déroulées au cours des siècles passés.» (Simone Veil, 14.9.92)
« En votant “non”, nous donnerions un magnifique cadeau, sinon à Hitler, à Bismarck. » (Alain-Gérard Slama, Le Figaro, 18.9.92)
Fiction littéraire : « M. De Villiers, donc s’installa à l’Elysée. [...] Le “non” français à Maastricht fut interprété, de fait, comme un encouragement aux nationalismes. Il relança la guerre dans les Balkans. [...] Si bien que, sans aller, comme certains, jus- qu’à imputer à ce maudit “non” le soulèvement transylvain, la nouvelle guerre de Trente ans, entre Grèce et Macédoine, les affrontements entre Ossètes du Nord et du Sud, puis entre Russes et Biélorusses, bref, sans aller jusqu’à lui attribuer toutes les guerres tribales, ou paratribales, qui enflammèrent l’Europe de l’Est, on ne peut pas ne pas songer que c’est lui, et lui seul, qui offrit à Berlin l’occasion de son nouveau “Reich”.» (BHL, Le Figaro, 18.9.92)
«Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir: la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie » (Michel Rocard, Ouest-France, 27.8.92)
« Si le Traité était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, RTL, 30.7.92)
« Le traité d’union européenne se traduira par plus de croissance, plus d’emplois, plus de solidarité. » (Michel Sapin, ministre socialiste des finances, Le Figaro, 20.8.92)
«L’Europe, ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry à Béthune, 12.9.92)
« Avec Maastricht, on rira beaucoup plus. » (Bernard Kouchner, Tours, 8.9.92)

 

Et nous entendons les mêmes menteurs au sujet du Brexit. Qui a menti, ment et mentira.

L'euro fut inventé par des ignorants de la chose monétaire, pour masquer le fait que l'Europe fut contrainte de  renoncer à un de ses deux piliers fondateurs, en 1957,  la préférence communautaire, pour cause d'incompatibilité avec l' OMC du Traité de Marrakech. 

On examinera donc avec la plus grande méfiance le discours des « maintainers »

 

2 Le scenario juridique et économique du BREXIT

 

On rappellera qu'il y a deux traités européens : le TUE (Traité sur l'Union européenne) et le TFUE (Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne), ce dernier étant un texte d’application du premier.

Or, dans le premier Traité l'hypothèse de la sortie d'un Etat est explicitement prévue (article 50 TUE). Le scenario est parfaitement balisé,  et s'étale sur deux ans , au cours desquels des accords sont passés pour éviter tout désordre et désagréments: les perturbations économiques seront de courte durée, et faibles, voire inexistantes. En effet le Royaume Uni demeurera membre de l'AELE (Traité de Libre échange, ou EFTA), dont-il était d'ailleurs le fondateur en 1960. Ce traité permet le commerce sans droits de douanes, et est également relié par un accord à l'EEE (ou EEA) à tous les pays européens.

En revanche le BREXIT présentera l'avantage de faire échapper le Royaume à toutes une série de contraintes étouffantes et stériles :

- diplomatiques, militaires,

- sociales (sécurité sociale, travailleurs migrants ou détachés, loi de type El Khomri),

- juridiques (invasion par des normes abstraites des législations nationales et même du système judiciaire) ,

- et  une ''cotisation'' négative nette de 7 milliards de £/an au budget de Bruxelles

 

3 Quelle architecture pour l'Europe de demain authentique, libre et efficace ?

 

 

 

 

Quel que soit le résultat du referendum, et a fortiori si les démocrates l'emportent, il est probable que les ondes de choc du BREXIT provoqueront effondrement de l''usine à gaz'' de Bruxelles.

Dès lors, on peut l'affirmer, non seulement le BREXIT sera positif pour le Royaume Uni, mais il sera aussi salvateur pour les autres nations et pour la belle idée européenne. Enfin une Europe des Nations associées , une Europe des Européens.

L'Europe de l'an 0 sera à refonder sur les réalités humaines culturelles , économiques, sociales, démocratiques.

Nous avons tenté de l'exposer dans notre Théorie générale de la nation[4]. Toute construction politique doit partir -pour être solide- de l'être humain, ses besoins son affect. C'est le cerveau hippocampien qui s'imprègne, dès le plus jeune âge, de la culture ambiante, familiale,  religieuse, scolaire, régionale, nationale, continentale. Ce sentiment d’identité nationale ne doit pas être perturbé contre le gré de l'être, et d'ailleurs il est sacralisé par les droits de l'homme collectifs reconnus par les Nations unies : doit à une nation, droits des peuples à disposer d'eux mêmes, à défendre leur culture, et leur survie.

C’est cette identité culturelle et affective individuelle qui fonde les regroupements au sein d’identités collectives communes  ainsi que l'avaient déjà montré Stuart Mill, Julien Benda, Marcel Mauss, Emmanuel Mounier et Edgar Morin.

La nation se rassemble par consensus culturel, historique, puis politique.,Elle génère des solidarités ; et la défense d'intérêts communs. Il lui faudra alors un doit, un État. Cet espace sociologique consensuel est fort par ce qu'il est cohérent, authentique, libre, affectif ; il exalte le meilleur de l'être : dévouement, sacrifice, créativité, respect, souci du bien commun.

Les responsables de l'Europe, à partir  des années 85 ont échoué par ce qu'ils ont fantasmé un homme désincarné. Transhumanisé. Sans racines et soumis à un super État.

L'Europe nouvelle devra titrer les leçons de son échec. Elle additionnera ses nations au lieu de les broyer .  Une Confédération pourra voir le jour avec :

- une monnaie commune (mais pas unique)

- un marché commun respectueux des différences et des besoins économiques, 

- un Parlement rassemblant des délégués des Parlements nationaux,

- un droit transfrontalier avec des juridiction transfrontalières (mais pas de droit fédéral inutile ou nuisible)

- des organes et une gestion confédéraux souples, avec des Agences par grand sujet où le consensus dominera,

- le respect du droit du travail convenu entre les partenaires sociaux de chaque pays,

- une chasse ferme à toutes les fraudes,

- une diminution drastique du budget.

 

C'est bien le BREXIT qui créera les conditions d'un renouveau européen . Il est temps libérer le génie historique des peuples d'Europe.

 



[1] Henri Temple, ex professeur de droit économique à l'Université de Montpellier, expert international, avocat

Philosophe 

[2] Richard Van Coudenhove-Kalergi, Pan Europa, 1920.

[3] J-P. Chevènement, Le Bêtisier de Maastricht, 1997, Editions Arléa.

 

[4] Henri Temple, Théorie générale de la nation, L'Harmattan , Paris 2014 ; Théorème du ''nationisme'', en ligne in Cahiers de psychologie politique, juillet 2015.



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