Allocution de bienvenue de Natalia Narotchnitskaïa aux participants du colloque sur Byzance
Date de publication: 2011-12-01
Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue au colloque d’aujourd’hui dédié à un sujet qui n’est pas au centre de nos intérêts habituels, mais néanmoins qui touche les thèmes historiques.
Si pour les Français les relations avec la Russie s’inscrivent dans une continuité millénaire – depuis le mariage d’Henri I avec Anne de Kiev – comme l’a dit le Président français Nicolas Sarkozy lors de la rencontre avec son homologue russe Dmitri Medvedev, pour nous les intellectuels russes cette relation avec les cercles académiques français ne date que de trois siècles.
Si nous voulons vraiment comprendre la nouvelle ère politique dans tous les aspects géopolitiques et idéologiques, il faut surtout passer au-delà des banalités habituelles de la doctrine mondialiste, dont les sujets principaux ne sont que les droits de l’Homme, le fonctionnement des institutions démocratiques etc.
Puisque ce qui est en jeu aujourd’hui est d’un autre ordre. Le monde change à une vitesse accélérée : de nouveaux pôles de puissances économiques et politiques en Asie émergent. Le changement des rôles et des instruments d’influence est plus rapide qu’il ne le semble, de nouvelles menaces apparaissent, elles nous concernent tous. Je suis sure que plus la Russie est éloignée de l’Europe, plus l’Europe cessera elle-même être au centre des affaires du monde.
Les nouveaux défis n’incitent-ils pas à porter un regard neuf sur « le dilemme Russie-Europe », lorsque nous tous nous trouvons aux deux pôles du monde chrétien entouré de dynamiques civilisations allochtones.
On parle souvent d’une rivalité ancienne entre les idées du communisme (à savoir du totalitarisme soviétique dont les vestiges dans le monde perdurent) et les idées du libéralisme. Pourtant cette rivalité ne date pas d’hier. Le scepticisme existait avant le grand schisme du XIème siècle. Arnold Joseph Toynbee cite le rapport d’un évêque au roi Otton I après une mission à Byzance. L’évêque décrivait tout ce qu’il y avait vu avec un rejet total. Une situation similaire à une circonstance hypothétique si un jour un américain visite la Russie soviétique des années 30 du XXème siècle. Puis, Toynbee cite également les mémoires de la princesse byzantine Anne Comnène – fille de l’empereur Alexis Ier Comnène qui a vu venir les premiers croisés. Toynbee compare les impressions de la princesse Anne à celle d’une française raffinée du XIXème siècle, si les cowboys américains se promenaient sur les Champs-Élysées.
Malgré tout la rivalité entre le communisme et le libéralisme portait un caractère familial. C’étaient les frères-ennemis. Les derniers siècles nous ont montré une version paradoxale d’un nouveau grand schisme de l’époque moderne où les deux cousins – les créatures de la philosophie du progrès poursuivaient la rivalité présentée par les mêmes acteurs historiques.
Ce nouveau grand schisme du XXème siècle a produit deux versions d’un royaume terrestre et l’idée d’une communauté mondiale universelle est devenue une nouvelle Rome métaphysique (« translatio imperii »), qui erre à travers le monde de l’Orient à l’Occident et vice-versa.
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