Langue: Русский     Français     Anglais     Recherche sur le site:

"Quatre méthodes de la falsification de l'histoire"

Date de publication: 15.11.2012

Christian Harbulot (à gauche) et Romain Bessonnet (à droite)

 Intervention de Christian HARBULOT

 

Je vais essayer de rentrer dans ce débat par un autre biais dans la mesure que mon activité, qui est de travailler essentiellement sur l’économie, m’amène à croiser beaucoup d’autres formes de connaissance quelles qu’elles soient : la géopolitique, la géo-économie et autres, m’amène à faire le premier constat. Lorsqu’on travaille sur l’économie, le débat sur la falsification de l'histoire, on l'analyse sous un angle très précis qui est pourquoi a-t-on mal à conceptualiser des rapports des forces économiques, et surtout parce que toute une partie de l’histoire n’existe pas. Cela veut dire qu’aujourd’hui il existe beaucoup de formes d’affrontement économique que les universitaires et même les journalistes ne voient pas, ne captent pas, et ne peuvent ni analyser ni comprendre. Si je prends la section du CNU, la Section Gestion, ou je vais sur les sections qui peuvent éventuellement ces questions, le constat sera systématique : il n’a pas d’accès à l’histoire ! Parce qu’il n’y a pas de connaissance de faits.

En ce moment, par exemple, je suis très attentivement une lutte de puissance entre deux entités, et je constate qu’il n’y pas un mot sur ce rapport de forces, et qu’il n’aura pas de mot sur ce rapport de forces, à moins d’un accident informationnel.

Le premier problème : où est l’histoire ? Sur toute une partie des événements qui touchent les rapports de forces économiques, elle n’existe pas. Cela est déjà en soi un phénomène pour les universitaires qui n’ont pas accès à cette histoire vivante. Quant à nous, notre organisme peut analyser cette histoire par des biais divers et variés, y compris par des recherches universitaires.

Le deuxième problème, j'ai envie de le prendre par le biais de l'analyse de la puissance. Les pays les plus totalitaires du vingtième siècle, comme par exemple l’Allemagne nazie, cherchaient toujours des excuses pour ne pas apparaître comme l’agresseur. Pensez à l’attaque contre la Pologne, pensez à la déclaration de la France et de la Grande-Bretagne de guerre contre l’Allemagne. Ainsi, on peut multiplier tout un tas d’exemples: il n'y a pas que l’Allemagne qui est concernée. L’agressivité par la puissance, même dans l’actualité aujourd'hui, c'est quelque chose que on masque au maximum.

Si je dois revenir sur l'histoire longue, il est évident que très peu d’exemples méritent de souligner qu’il y a une revendication de l’agressivité par la puissance. C'est un point très  important parce que, vous vous doutez bien, si on masque l’agressivité par la puissance, il y a déjà là toute une falsification de l'histoire qui est très, très forte. Cet été je me suis rendu au Japon où il m’a fait visiter un musée d'histoire militaire – qui est très différent de ce que on a en France – avec une immense quantité de cartes et d'expositions dont le but était d’expliquer pourquoi les japonais ont agi de telle manière à un tel endroit au moment de la guerre. Ce que j’ai constaté lors de ma visite au musée, c'est que les japonais ont été très bien placés pour dire que nous l’avons fait ces choses puisque nous ne voulions pas être colonisés - c'est une légitimé absolue - mais que comme ils ne pouvaient pas honnêtement admettre les centaines de milliers de chinois qu'ils avaient éventuellement éliminés durant une certaine période très tendue – je parle des années de la Deuxième guerre mondiale et des années qui l’ont précédée – il est clair qu’ils n’arrivaient pas à exprimer le bien-fondé leur posture légitime par rapport au refus de se faire coloniser parce qu’on allait plutôt – histoire passant, Nankin – leur rappeler leur agressivité militaire.

En allant dans ce pays j’étais très étonné de constater que finalement eux, qui ont des idées très fortes sur la falsification de l’histoire, ne savaient pas dire une chose élémentaire, c'est que l'ère Meiji, c'est le refus de la colonisation, et que les peuples coloniaux seraient bien mal placés pour leur faire la morale sur le refus d’être colonisés, que ce soit la France, que ce soit la Grande Bretagne, que ce soient les Etats-Unis.

Il y a un troisième problème, et là je reviens aux historiens et à un certain nombre d'universitaires que je respecte fondamentalement, c'est qu'il y a un problème moral dans l’analyse des rapports de forces. C'est compliqué d’analyser les rapports de forces. En étudiant les écrits de l’historien Fernand Braudel j’ai lu dans ses écrits qu’il n’était pas vraiment tenté par cette analyse des rapports de forces pour tout un tas de raisons.

Cela m’amène à plusieurs remarques. Je crois qu’il est absolument nécessaire aujourd’hui, pour sortir du piège de la falsification de l’histoire, d’avoir une réflexion sur la mission de puissance. Quand je travaille sur le concept de guerre économique du temps de paix ou du temps de guerre, je vois bien que, chaque fois, il y a une notion qui disparaît dans les oubliettes. On ne sait pas trop pourquoi. Même si parfois avec une pince à épiler, je vais la rechercher dans l’ouvrage sur Louis XII par Jean Favier, là je vois que pour préserver la puissance d’un royaume fragile face à Charles le Téméraire, Louis XII menait des démarches de guerre économique pour affaiblir Charles le Téméraire sur le plan économique afin qu'il se renforce sur le plan militaire.

Je note quand  même que cette notion de accroissement de puissance, je la cherche dans les commentaires et dans les études, mais je ne l’entends pas. Or, quand on travaille sur le rapport des forces économiques, cette notion d'accroissement de puissance est centrale. Je cherche dans le livre blanc de la défense en France ou dans un tas de textes équivalents, mais je ne la vois pas. C’est comme si elle n’existait pas. On dirait que la puissance est une matière divine qui tombe du ciel qui s’assoit sur les aspects de la géographie économique, sur des aspects de la diplomatie, sur les aspects militaires. Mais c’est comme si elle ne s’accroissait pas. Désolé, mais l’histoire démontre, et je vous renvoie è un ouvrage, Empire, qui est sorti il n'y a pas longtemps écrit par deux professeurs du New York University, qui dit que toute l’analyse comparée de l’histoire des empires montre que c’est constamment une problématique de préservation et surtout d'accroissement de puissance.

Pourquoi cette notion-là n’existe-t-elle pas ? Je crois que si elle n’existe pas, c’est justement parce qu’il y a une réticence très forte, quasiment morale - et je ne parle pas de la connotation nationale, je parle de problèmes dans l’image même de l’universitaire par rapport à la matière qu’il va examiner – il y a une réticence très forte à rentrer dans l’analyse de cette problématique d’accroissement de puissance. Non pas parce qu’il va prendre parti, mais parce qu’on va être vraiment dans l’impérieuse nécessité de trouver l’information qui ne va pas forcément figurer dans les archives. Les historiens se trouvent devant un dilemme terrible, puisque ceux qui accroissent la puissance le cachent, ils ne l’écrivent pratiquement pas.

Je prends le concept de guerre économique du temps de guerre. Heureusement qu'un éminent historien français, Georges-Henri Soutou, a écrit un gros pavé intitulé « L'Or et le sang – Les buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale ». Mais je note quand-même qu’il faut aller chercher dans une revue historique des armées pour savoir quel était le dispositif français et qui était Monsieur Jean Tannerie, qu’est-ce qu’il y avait derrière. Et là il n’y a pas d’archives. L’armée française a bien du mal - et c'est normale - on ne va pas écrire ce qu'on fait pour agresser l'autre.  Il serait stupide de le faire.

Comment donc travailler sur la matière historique qui n’existe pas dans les archives? Croyez-moi il y a beaucoup de doctorants ont eu des problèmes existentiels par rapport à cela. Il y a donc bien un souci sur cette approche. Il n’y a pas de sections en CNU sur l’étude de la puissance, et je le regrette personnellement, parce que pour moi cela est quelque chose d’essentiel pour comprendre notamment tout un tas de phénomènes qui y ont été cités, et notamment pour entrer certains débats.

Je prends quatre points : l’histoire niée, dont le mot-clé est « survie ». J’ai fait des recherches sur les personnes qui ont écrit sur la survie, sur la 9/10 de l’histoire de l’humanité. Par la suite, je découvre qu’il faut que j’aille chercher, peut-être, chez les anthropologues ou dans certains écrits, mais j’ai du mal à trouver des historiens. Cela explique d’ailleurs que certaines armées en l’Afghanistan ont du mal à comprendre que pour étudier les aspects politiques et communautaires du terrain il faut comprendre que depuis des milliers d’années on y vit dans des situations de survie précises avec des habitudes culturelles particulières, avec des règles qui nous peuvent être particulièrement choquantes, mais qui sont tout à fait logiques parce qu’il y a cette situation de survie. Alors, nous sommes toujours dans la morale. Vous comprenez bien que la survie est la légitimité pour sauver sa peau et on a le droit au recours à la violence. On a même le droit au recours au cannibalisme pour ne pas mourir.  Autre problème moral, des universitaires travaillant sur ce type de sujet, puisque on y tourne le dos aux grands élans de l’humanité vers un certain type d’humanisme parce que on est devant une réalité qui ne rentre pas dans les valeurs humanistes et qui leur tourne le dos.  Or, ce sont tout de même une 9/10 de l’humanité et je commence à voir apparaître des écrits très sérieux qui montrent que même dans les petites histoires humaines on pratique la cueillette etc. Ce n’est pas parce qu’on a la capacité de survie que l’autre qui ne l’a pas ne va pas venir chercher ce qui l’autre détient.

En faisant un peu d’histoire, nous sommes aussi dans un lieu qui étudie beaucoup les liens entre Occident et la Russie, je note que le début de l’histoire russe, c'est la conflictualité marquante entre des peuples qui se sédentarisent et des peuples nomades. Les liens marchands entre la Mer Baltique et la Mer Noire par des fleuves permettant la circulation des marchandises vont être un des éléments moteurs de tous les affrontements qui ont existé sur la première partie de l’histoire de la Russie. Ce ne sont pas été uniquement les recherches du pouvoir personnel de grands seigneurs etc. Il y a donc un problème avec l’histoire niée. C’est une histoire qui n’existe pas car il est dérangeant de l’étudier et là on va trouver des excellents prétextes: pas d’archives, quels sont les sources? etc. Il n’empêche que cette histoire existe et elle a laissé des traces très importantes jusqu’aujourd’hui. Il y a des exemples où la notion de survie devient capitale. Je me souviens d’un livre qui s’appelle « L’effondrement » d’avoir bien noté que les Inuits n’avaient pas voulu donner aux colons qui avaient occupé la Groenland la solution de survie à partir du refroidissement climatique qui aurait pu sauver leurs peaux alors qu’ils n’avaient que les vaches et l’agriculture puisqu’il y avait le réchauffement climatique sur le site.

Ce problème de l’histoire niée, il ne faut pas croire que, parce que nous sommes au XXIème siècle, il est évacué. Je pourrais vous citer un certain nombre d’exemples où on continue à nier l’histoire, et en particulier dans le domaine que j’étudie parce que la guerre économique dans le temps de paix je peux vous assurer que 99 % de ce qui se passe, de la lecture des stratégies des uns et des autres etc., c'est de l’histoire niée ou méconnue.

Elle est niée parce que, n’oublions pas, si on commence à le révéler, elle va tout de suite poser des problèmes très aigus. De temps à autre on voit apparaître cette histoire niée – l’action de M. Poutine avec le gaz par rapport à l’Ukraine, c'est un élément qui apparaît, ou les quelques petits affrontements qui ont eu lieu cet été entre la Chine et le Japon par rapports aux îles dans la mer de Chine orientale.

Le deuxième problème qui, à mon avis, contribue malheureusement aussi à ce que j’appelle une certaine forme de falsification historique. Nier la réalité de la guerre économique du temps de paix,  c'est d’une certaine façon falsifier l’histoire, pour tout un tas de raisons et avec des conséquences qui sont très importantes. Si j’en reviens à la lecture des rapports de force entre puissances, je vous laisse imaginer le déficit de lecture que cela génère si on ne voit pas ce qui se passe, et si on ne veut pas voir ce qui se passe.

L’histoire refoulée: j’ai un peu travaillé sur trois faits qui m’ont marqué – trois traumatismes de la société française : 1815, 1870, 1940. Je ne débats pas sur les limites, mais je débats sur un problème simple : comment peut-on avoir une vision claire du patriotisme dès lors que les forces politique d’un pays s'allient avec les forces militaires qui nous ont battu militairement trois fois ? Comment à partir de ce moment-là garder des idées claires sur le patriotisme ?

C'est un point intéressant. Je vous défie de trouver dans les universités françaises un ouvrage qui traite de ce problème. Il n'y en a pas. Le choc causé par l’alliance avec des forces militaires qui nous ont vaincus et qui créent une situation politique en leur faveur sur le territoire national: qu’est-ce que cela veut dire et comment on analyse ces trois chocs en un peu plus d’un siècle?  Je ne rentre pas dans le débat: Pétain ou Paul Reynaud avaient-ils raison ou non? Non, je parle d’autre chose. Et ce qui en ressort aussi en traumatisme sociologique dans la logique de puissance. Vous imaginez que tout n’est pas à l’unisson. A la fin du XIXème siècle une grande partie des officiers de l’Armée française était des monarchistes, même si la France était déjà la République. Vous voyez le décalage ! On n’est pas en l’harmonie par rapport à tout cela.

Le troisième phénomène est ce que j’appelle l’histoire omise, l'omission. Je lisais justement un ouvrage sur les prisonniers de guerre allemands aux Etats-Unis qui vient de sortir cette année. J’ai noté quelque chose de très intéressant – jusqu’à la capitulation du Troisième Reich, 300.000 prisonniers de guerre allemands sur le sol américain bénéficiaient d’excellentes conditions d’hébergement. Sur certains camps de prisonniers la croix gammée flottait. Il y a eu 167 soldats allemands assassinés par les Nazis dans les camps de prisonniers aux Etats-Unis. Il y avait réellement quelque chose de troublant dans cette période où sur le sol américain avec, en plus, une arrivée progressive de l’Afrikakorps (il s’agit d’une armée qui ne se croit pas vaincue, elle dit qu'elle ne peut plus se battre) après sa capitulation en Tunisie. Ces soldats arrivent avec l’impression de bien représenter leur pays et tous ceux qui vont arriver par la suite seront suspects : ont-ils trahi, ont-ils déserté etc?

Ce qui m’intéresse, c'est surtout comment cette histoire là est quelque part oubliée dans ce qu’elle signifie parce que dès la capitulation le régime des prisonniers bascule complètement : la diminution d’un moitié de la ration alimentaire etc. On est devant un pays vaincu et ce n'est plus du tout la même chose. Cette omission est très intéressante parce qu’elle n’est pas une "anecdote". Il y a un certain nombre d’éléments dans la compréhension du comportement d’une puissance. En l’occurrence la politique américaine est tout à fait logique. Les Américains voulaient éviter qu'il y ait des sanctions en Allemagne contre leurs propres prisonniers. Il y a d’ailleurs d’autres explications qui sont plus compliquées et moins évidentes. Mais on voit une expression d’une politique de puissance qui préfère le basculement dès la capitulation. Ces omissions, on peut en trouver d'autres. Il ne s’agit d’une falsification de l’histoire, mais simplement de l’absence du traitement du sujet. Même si le sujet est vaguement abordé, il est très vite oublié. Un universitaire, David Todd, lorsqu’il a écrit «Identité économique de la France» qui parle sur la restauration de l’action de l'agent d'influence britannique, John Burrow, pour nous casser un système de la sécurité économique qui sort des guerres révolutionnaires, cristallisé par Napoléon Ier. Cela est gênant. Pourquoi ? Que fait-il cet auteur ? Il publie des articles et il écrit des livres. Il prône une certaine idéologie selon laquelle le libéralisme doit s’appliquer à tout le monde. Il est un agent d’influence. Il s'agit de faire pénétrer les produits britanniques dans une économie française bien fragilisée par les guerres napoléonienne.

Il est vrai qu’à part l’ouvrage de David Todd, qui a du mérite car il a pu consulter un certain nombre de textes, notamment ceux des douanes françaises, on a beaucoup de mal à essayer d’analyser pourquoi ce système s’effondre et comment Napoléon III arrive avec les propos « je vais moderniser l’appareil industriel». On comprend mal pourquoi subitement on passe d’une posture de perception de la puissance de l'autre à la disparition de perception de la puissance de l’autrui dans la charnière essentielle de la deuxième moitié du XIXe siècle. Comment expliquer cette omission subite ?

Il y a aussi ce que j’appellerais une histoire déviée. Qu’est-ce que c'est l'histoire déviée ? J’ai écouté une émission sur la France Culture – une chaîne radio qui me paraît intéressante sur le plan de l’analyse sociologique – il s’agit de l’édition dominicale de « L’esprit publique ». Le journaliste Eric Le Boucher a dit lors de l’émission « quand j’étais le correspondant de presse en Allemagne, j’ai vu que Peugeot allait sortir un modèle de haute gamme, et comme par hasard, dans la presse allemande un article est sorti pour dire que c’est un véhicule dangereux». Cela est intéressant parce que le rédacteur en chef d’Alternatives économiques, Thierry Pech, a dit que c’est un problème de gestion d’images. Non! Cela est plutôt un problème de communication de l’influence par le biais des médias allemands. C’est une pratique de concurrence déloyale, c'est l'expression offensive d’un acte de guerre économique du temps de paix qui a déjà eu lieu auparavant. Il s’agit d’une action agressive commerciale déloyale. Il faut de temps en temps arrêter de se cacher derrière son petit doigt et d’une moralité qui ne sert à rien parce qu’on n’apprend pas des choses telles qu’elles sont. On ne comprend pas ce qui se passe.

Vous voyez bien que l’histoire est malléable. Le débat d’historiens sur la Seconde Guerre Mondiale est une extraordinaire malaise par rapport à que va devenir la puissance française. Faut-il sauver les meubles, comment trouver le moyen pour la faire ressusciter ? L’approche ne doit pas être le même. Mais encore faut-il rentrer dans ce débat par un autre concept.  A mon avis, si on rentre systématiquement par l’histoire en tant que telle, on passe son temps à fuir l’approche de la puissance en tant que telle, et notamment toutes les problématiques qui y sont liées.

Enfin, il y a l’histoire que j’appelle figée. Cette histoire figée me renvoie encore plus à la nécessité de travailler sur cette notion de puissance. Qu’est-ce que l’histoire figée ? Le général de Gaulle, que l’on ne peut pas accuser de ne pas être patriote sur le plan économique, avait au début des années soixante voulu rendre la France moins dépendante. Il a donc fait une réforme dont l’idée était de rendre la France moins dépendante et de la protéger au niveau des dépenses sociales. Le problème (et là, nous sommes dans l’histoire figée) c’est qu’en faisant cela il n’a pas vu qu’il fallait en même temps que Bull soit capable de rivaliser avec IBM. Aujourd’hui, nous avons un pays, qui pour moi est exemplaire, et qui n’est plus dans l’histoire figée. Ce pays est la Corée du Sud qui a compris que pour réduire ses dépendances énergétiques, elle faisait un choix qui était un réseau électrique intelligente, mais que pour payer cette politique de puissance il fallait être compétitif et prendre des parts de marché à l’extérieur. Il y avait un aspect interactif entre une politique de puissance et une politique de marché. Qu’observons-nous dans le système sud-coréen ? On voit qu’il existe une politique, l’opérateur national historique public, des structures privées et une myriade des PME qui travaillent dans le même sens et sur cette action bipolaire. Nous ne sommes pas là dans la protection de la souveraineté et de l’indépendance, mais plutôt dans la volonté de moderniser pour ne pas être dépendant. Cela n’est pas la même chose.

Autrement dit, pour conclure, selon moi, le débat sur la falsification de l’histoire (si on parle de l’histoire) tournera éternellement en rond. On le sait et on le voit constamment. L’action des puissances (parce que qui falsifie l’histoire si ce n’est une puissance pour faire passer sa logique?) Chaque pays falsifie constamment l’histoire à sa guise afin de défendre ses enjeux de puissance. C'est ça la matrice principale. Ce n’est pas seulement des universitaires isolés qui défendent telle ou telle idée. La vraie matrice est la puissance et sera à l’amont du processus dit de la falsification.

Or, la question centrale qui me semble extrêmement importante – et je vois des pays qui ont beaucoup de mal avec cela – c’est de regarder la fin de la XIXème les pays qui allaient été colonisés et qui ont eu toute la légitimité de ne pas l’être. Même encore aujourd’hui cette légitimité ne leur est pas reconnue. Je pense notamment au Japon et il existe encore d’autre pays. On a bien du mal de rentrer dans cette compréhension. Si on se réfugie dans l’histoire, on passe à côté du débat sur la légitimité de ne pas vouloir être colonisé.

Il existe d’autres sujets du même type que l’enlisement dans la falsification de l’histoire ne permet pas de discerner. Je pense que l’on aborde une question sensible si on veut un peu avancer – il y a un philosophe que j’apprécie beaucoup, François Julien, qui essaie de dire que justement le travail aujourd’hui pour progresser sur la compréhension des choses, c'est de comparer et ne pas partir d’une lecture ethno-centrée sur une culture ou sur un pays, parce que le nationalisme ne permet pas d’avancer. Selon moi, le nationalisme une expression propagandiste de l’action de puissance et pas davantage



Publications      Aires de Recherche      Actualités

Photos

19.12.2017

Table ronde sur la "vague populiste" en Europe centrale, IDC le 19 décembre 2017
08.11.2017

La révolution russe et la guerre civile (IDC, 8 novembre 2017)
21.09.2017

Table ronde à l'IDC sur la crise en Corée (21 septembre 2017)
12.07.2017

"Trump et Macron sur la Syrie: quelles évolutions?" Colloque à l'IDC le 12 juillet 2017
21.06.2017

Colloque sur la fin de la mondialisation, IDC, 21 juin 2017
24.05.2017

Colloque au Vatican sur catholiques et orthodoxes (24 mai 2017)

Vidéos


John Laughland intervient au Parlement européen (Strasbourg) sur le Brexit et le Frexit (14 mars 2018)



Table ronde à l'IDC sur les élections allemandes, autrichiennes et tchèques (19 décembre 2017)