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"Nous avons perdu une bataille, mais nous gagnerons la guerre"

Date de publication: 04.07.2013



 Béatrice Bourges

Je voudrais tout d’abord vous remercier de m’avoir invité et dire combien je suis honorée d’être à vos côtés. Je pense que nous avons beaucoup de leçons à recevoir de vous, et de cela je voudrais vous remercier infiniment et vous dire aussi - je pense parler en mon nom et en celui de beaucoup d’autres personnes - combien nous sommes touchés de voir un pays qui ose avancer à contrecourant.

Je suis catholique. Le pape François il y a peu de temps a dit que les chrétiens devaient être les révolutionnaires, et qu’il ne fallait pas avoir peur d’aller à contrecourant. Donc pour cela, je voudrais vous remercier et dire combien je suis touchée et combien pour nous c’est important que la Russie montre l’exemple. Du fond du cœur, encore une fois, en mon nom mais aussi au nom de ceux qui n’ont pas pu être ici aujourd’hui, merci infiniment parce que nous avons besoin de vous dans cette période difficile.

J’ai retenu, madame, ce dont vous avez parlé tout à l’heure. Vous avez évoqué la « Belle France », cela m’a fait plaisir. Le seul problème est que, malheureusement, je ne suis pas sure que l’on puisse encore parler aujourd’hui de la «Douce France». Nous avons beaucoup parlé de la «Douce France», et nous reparlerons un jour de la «Douce France», cependant, aujourd’hui je vais vous expliquer pourquoi je ne pense pas qu’elle soit à l’ordre du jour. Je ne reviendrais pas sur tout ce que vous avez dit, parce que vous l’avez vraiment bien dit. Ni sur toutes les raisons qui font que, bien sûr, en France jamais nous n’aurions dû adopter cette loi. Vous avez eu le courage de le faire, et vous avez eu en plus le courage d’évoquer l’interdiction de la propagande homosexuelle. En France évidemment, même ce mot là nous est interdit. J’ai beaucoup admiré, et envié, je l’avoue, la façon dont vous avez pu expliquer toute à l’heure notamment l’étude de Mark Regnerus. Cette étude a été interdite en France, c’est-à-dire que, lorsque nous avons essayé d’en parler, nous avons été qualifiés d’homophobes. Or, en France, une loi contre l’homophobie existe depuis 2004 et nous risquions alors très gros. Les députés du Parlement n’ont même pas le droit de dire ce que vous avez dit. Tous ceux qui étaient contre cette loi et qui se sont défendus avec beaucoup de courage étaient, d’une part peu nombreux, et ils n’étaient pas libres de leurs propos. J’ai un pincement au cœur en pensant à tout ce que vous pouvez dire, alors même que nous autres Parlementaires, devrions être en droit de nous exprimer ; plus de liberté d’expression, et même cela nos Parlementaires ont été interdit de l’exprimer.

Alors pourquoi est-ce que ce grand mouvement s’est levé, et pourquoi ce grand mouvement n’est pas prêt à s’éteindre. S’il s’est levé c’est parce que tout à coup, les français se sont rendus compte que leur civilisation était en danger. Parce qu’il s’agit en effet là d’une guerre de vie ou de mort, et ce n’est pas rien. C’est-à-dire que notre civilisation est en danger. Je ne reviens pas sur tout ce que vous avez dit, je pense que ce n’est pas cela que vous avez besoin d’entendre en venant en France, c’est peut-être d’ailleurs ce que vous entendiez de ce que nous vivons, ce que nous avons vécu depuis 8 mois et peut-être aussi ce que j’essaie de faire depuis quelques temps, et dire pourquoi, moi, je porte un message d’espoir. Je porte un message d’espoir car je pense qu’au-delà de ces difficultés, si le peuple s’est levé c’est parce qu’il suit une étoile et que ce mouvement finalement, au-delà des difficultés rencontrées, est magnifique et c’est lui qui gagnera. J’ai coutume de dire que nous avons perdu une bataille mais que nous savons que nous gagnerons la guerre et que cette guerre, nous l’avons déjà gagné en partie.

Je vais vous expliquer pourquoi. Peut-être est-il nécessaire de vous présenter un petit historique qui expliquera pourquoi ce mouvement a pris autant d’ampleur. Ce mouvement a pris autant d’ampleur parce que notre démocratie a été bafouée, elle a été bafouée depuis 8 mois de façon très choquante, d’une façon qui ne pouvait finalement échapper à personne. Personnellement, je me bats sur ce sujet très précis depuis 8 ans. Je savais donc que cela allait d’arriver, mais je ne m’imaginais pas l’ampleur de la résistance. Cette résistance fait vraiment chaud au cœur, et ceux qui se battent depuis longtemps ne s’y attendaient pas. Et pourquoi cette résistance est –elle si forte? Parce qu’à l’Assemblé Nationale, il n’y a eu qu’un simulacre de débats. Un simulacre parce que les personnes autorisées, les personnes qui se battent, n’ont pas eu le droit à la parole. Ceux qui sont légitimes sur ce sujet ont été interdits de participer à la commission de la loi notamment. Nous avons été reçus, comme le dit l’expression, sur un coin de table, nous avons pu nous exprimer mais nous avons du faire face à beaucoup de moqueries. Les représentants des six différents cultes ont eu durant tous les débats le droit de s’exprimer, ensemble en deux heures sur les 136 heures de débats ; soit environs cinq minutes chacun. Monseigneur Vingt-Trois a eu le droit de s’exprimer, mais dès que le Parlement est passé aux questions, il a été raillé. Il n’y a eu aucune forme de respect envers sa fonction.  Le cardinal Vingt-Trois mérite le respect. Quoi que l’on pense des religions, quoi que l’on pense des cultes, si on se dit dans le pays de la laïcité alors on doit le respect à ces cultes, et bien là, Monsieur Vingt-Trois a été raillé et il n’a pas été le seul.

Les débats suivants la première lecture ont eu lieu à l’Assemblée Nationale puis au Senat. Un certain nombre d’amendements avaient été déposés, ils ont été bâclés et le Senat a voté, ce qui est absolument extraordinaire chez nous, à main levée. N’étaient présents que 60 sénateurs sur 329 et ils ont quand même voté au petit matin, à main levée, sans discutions. Puis le texte est revenu en deuxième lecture à l’Assemblé Nationale. Généralement entre les deux lectures il s’écoule environ un mois, là le gouvernement, qui voulait s’en débarrasser et bâcler les débats, l’a fait passer en une semaine, ce qui n’arrive absolument jamais ; et aucun amendement n’a pas été déposé. Il n’y a donc pas eu de deuxième lecture au Senat, alors même que la Ministre de la Justice a rappelé qu’il s’agissait bien là d’un changement de civilisation. C’est-à-dire que le changement de civilisation a été voté avec le mépris le plus total de ceux qui y étaient opposés. Il y a eu quelques députés, comme Madame Boutin ici présente, qui se sont battus à l’Assemblée Nationale avec un courage admirable, mais ils ont été très peu nombreux car ils ont subi, eux aussi, une pression très importante. Alors la conséquence de tout cela, c’est que la loi est passée. Mais pourquoi le mouvement est-il aussi important maintenant ? Parce que tout cela n’a pas pu être ignoré. C’est-à-dire qu’au-delà de la loi, nous nous battons maintenant pour la démocratie, pour le respect de la démocratie au-delà de droit des enfants  - et vous avez très bien expliqué la différence entre le droit à l’enfant et le droit de l’enfant. Mais au-delà ce droit de l’enfant que bien sur, nous défendons, et bien nous défendons la démocratie en général parce que ce projet de loi a été pour les français le détonateur qui veut dire que nous n’avons plus de liberté d’expression. Et comme vous le dites très justement cela est aussi du à la pression des lobbies, des lobbies gays mais pas seulement, car en réalité cette loi dépasse complètement les lobbies gays. Parce que l’on sait que cette loi, elle n’a pas demandée par les homosexuels, et je vais vous raconter une petite anecdote qui va démontrer mes propos. On dit que les homosexuels souhaitent se marier, mais nous avons vu en France, 8 jours après que la loi ai été déposée un salon apparaître: le salon de mariage gay. Il a donc été le premier salon de mariage gay, et l’on s’attendait à voir la population ciblée s’y précipiter. Énormément de personnes sont donc venues tenir des stands, parce que cela était attendu comme une vraie fête; mais je crois que sur les deux jours, seulement une quarantaine de personnes sont venue, au lieu des sept milles prévues. Cela montre combien cette loi n’a pas été faite pour les droits des homosexuels mais pour détruire la société.

Ce que l’on peut remarquer notamment dans les programmes scolaires appliqués dès la rentrée, c’est que les enfants seront obligés d’apprendre que les hommes et les femmes ne sont pas complémentaires. Que l'orientation sexuelle n’a aucune importance et qu’un petit garçon, s’il le décide avec son corps de petit garçon, pourra être une petite fille et réciproquement. Et c’est là que nous nous sommes rendus comptes de la gravité de la situation. En réalité cette loi n’est que la traduction de cette idéologie comme on dit en français, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Ce que je voudrais dire c’est combien nous avons l’espoir et pourquoi nous avons cet espoir et ce malgré la violence policière qui est plus en plus dure. Peut-être avez-vous entendu parler du mouvement qui s’appelle «les veilleurs». Ce sont des personnes qui restent assises et lisent des textes culturels philosophiques avec des petites bougies. Hier elles ont été attaquées par les forces de l’ordre, il y a eu quelques blessés légers mais ce sont quelques blessées quand même, et les forces de l’ordre sont de plus en plus violentes. Personnellement, et je ne suis pas la seule, je suis véritablement inquiète de savoir comment cela va se terminer.

Il est vrai que nous sommes inquiets mais malgré cette inquiétude, nous gardons l’espoir parce que nous nous sommes rendus compte de combien le peuple de France avait relevé la tête et combien il fait preuve de fierté, combien il avait compris que ses convictions étaient belles et justes. Depuis des années, on nous dit: «vous avez tort, vous devez vous excuser, c’est ce que vous pensez qui est mal, vous êtes homophobe, vous êtes racistes, etc. ». Et le peuple de France a fini par courber l’échine, mais tout à coup, ce peuple de France se relève, relève la tête, il regarde les étoiles et c’est là que réside mon espoir. Parce qu’enfin la parole se libère, plus on nous empêche de parler, et plus les personnes osent, bien qu’elles soient conscientes de risquer gros. Elles risquent tellement gros, que vous avez surement entendu perler de Nicolas qui a fait 2 mois de prison pour ses opinons. Juste pour avoir osé manifester et exprimer ses opinions, voilà qui est vraiment grave. Alors nous réalisons être au devant d’un passage très difficile. Je pense qu’aujourd’hui chaque français doit se poser la question de «jusqu’où je suis prêt à aller pour entrer en résistance?». Nous sommes des résistants au vrais sens du terme, ce n’est pas juste un mot comme ça. On se disait content d’être résistant mais sans se rendre compte du poids de ce mot. En effet, le mot «résistance» est un mot que même François Hollande veut nous interdire. Il dit que le mot «résistance» représentait la deuxième guerre mondiale, et donc que nous n’avons pas le droit de l’utiliser. Même à l’école, on dit aux enfants: «lorsque vous entendez ce mot, corrigez la personne et dites que ce mot n’est pas à utiliser».

Mais nous, nous savons que nous sommes rentrés dans la résistance. Une résistance qui est une résistance non-violente. Et c’est en ça aussi que je crois que le peuple français peut être très fier de lui, parce qu’en 8 mois, tous ces gens qui résistent n’ont pas cassé une seule vitrine, non pas pillé un seul magasin, non pas brulé une seule voiture, n’ont attaqué personne y compris les gens qui les avaient attaqués. Nous répondons par des manifestations mais nous répondons toujours de façon grave mais joyeuse. Parce que c’est vrai, nous sommes heureux d’être résistants et nous pouvons, je crois, être extrêmement fiers de notre jeunesse mais aussi de ceux qui sont moins jeunes, parce que je crois que ce qui est en train d’arriver en ce moment en France est une union de toutes les générations et avec, selon moi, l’idéologie des années 68. Cela va prendre un peu de temps, cela va probablement se faire dans les lames et la douleur, mais je crois que les français le comprennent de plus en plus. Il y aura une période difficile que nous allons vivre, mais au bout de cette période, nous garderons l’espoir et nous suivrons toujours cette étoile qui nous guide. 



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