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"Existe-t-elle la piccola bestia dans les relations entre l'Europe et la Hongrie?"

Date de publication: 11.06.2012



"Existe-t-elle la piccola bestia dans les relations entre l'Europe et la Hongrie?" 

Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur pour moi de me trouver ces jours-ci à Paris, dans les locaux de l'Institut de la Démocratie et de la Coopération, dirigé par Natalia Narochnitskaya, et de participer à la table ronde aux cotés de tels experts comme Monsieur l'Ambassadeur László Trócsányi qui non seulement représente son pays en France, mais aussi compte parmi les principaux experts hongrois du droit constitutionnel, ainsi que Madame Magdolna Chat qui est une des économistes hongroises les plus célèbres, qui connaît les problèmes sous-jacents du volet économique de la situation qui se développe actuellement autour la Constitution hongroise.

Aujourd'hui la Constitution hongroise attire beaucoup d'attention. On peut même dire que la législation hongroise se trouve aujourd’hui au cœur des discussions du caractère quasi-mondial et que le cercle des débats ne cesse de s'élargir. Si nous lisons la presse mondiale, nous aurons l'impression qu'il n'existe pas au monde des actes législatifs plus lus et plus débattus que ceux de la Hongrie. C'est une raison de plus pour laquelle il est nécessaire d'y donner un point de vue compétent. Et la table ronde d'aujourd'hui est une des premières discussions sur ce problème dans le milieu des experts. Je suis et je surveille assidûment le développement de cette discussion, et j'ai appris qu'au début du mois de mai un séminaire ayant pour thème la Constitution hongroise a réuni des experts allemands et hongrois à Potsdam.

En tant que spécialiste des relations internationales, je ne prétendrais pas avoir une opinion respectable sur la Constitution elle-même, sur son contenu ou sur ses articles. Je m'arrêterais seulement sur l'analyse de la situation internationale autour de l'adoption de la Constitution hongroise ainsi que de la loi sur la presse, adoptée peu avant.

Un tel événement comme entrée de la Hongrie en fonction du président du Conseil de l'Europe en janvier de 2011, n'a pas pu m'échapper à moi qui suis expert des pays de l'Europe centrale et orientale et des rapports de ces derniers avec l'Union européenne. Étant curieuse de suivre la discussion du programme hongrois devant le Parlement de l'Union européenne, j'étais très étonnée lorsqu'au lieu de donner au Premier-ministre hongrois la possibilité de proposer le programme de présidence de son pays dans l'Union européenne, on lui a littéralement empêché de parler. Le discours du Premier-ministre, qui voulait annoncer les aspects principaux du programme, a été rompu et gêné à maintes reprises par des exclamations de critique de la loi hongroise sur la presse. D'ailleurs, le cas avec la loi sur la presse était encore plus retentissant que l'adoption de la Constitution hongroise. La critique de cette loi a été entamée non seulement avant que cette loi soit traduite en d'autres langues, mais avant même qu'elle soit publiée officiellement. Malgré cela la discussion sur la loi a été déjà initiée en Europe. On se demande, qui pourrait être l'initiateur de la discussion sur la loi hongroise sur la presse?

Un an écoulé, la campagne contre la loi sur la presse s'est un peu apaisée, et a cédé sa place à la discussion autour de la Constitution hongroise. Cette situation me rappelle beaucoup les dires de notre célèbre écrivain russe F. M. Dostoïevski, qui a son époque essayait de comprendre pourquoi les relations entre la Russie et l'Europe ne s’arrangeaient pas et disait à ce propos qu'il existait entre la Russie et l'Europe une piccola bestia. Personne ne sait comment elle est, mais tout le monde croit qu'à chaque fois elle se manifeste, elle sort précisément de la Russie et secoue l'harmonie et le calme européen…

Il me semble que cette piccola bestia, dont parlait Dostoïevski, introduit aujourd'hui un déséquilibre entre la Hongrie et l'Europe. Ainsi, on essaie d'attraper ce qui, en réalité n'existe pas. En vous renvoyant aux résultats de la conférence de Potsdam, j'aimerais vous indiquer que les experts allemands ont conclu qu'en réalité la Constitution hongroise ne contient pas d'articles qui pourraient être en contradiction avec le droit de l'Union européenne. Personne ne vit aujourd'hui selon la Constitution de 1949, et les amendements de loi fondamentale hongroise de 1968, de 1975 et de 1989, ainsi que ceux adoptés lors de l'adhésion à l'OTAN et à l'UE, sont plutôt des ajouts au document déjà fortement alourdi précédemment.

Quelle elle la cause réelle de cette ample discussion, arrivée jusqu'à la Russie? En janvier-février lors d’une interview j'ai dû répondre à des questions étranges « que contient en réalité la Constitution hongroise ? ». Je suppose que les questions des "experts" ont été tirées sur internet, qui a vraisemblablement joué un rôle de téléphone arabe. Avant tout, tous ont été préoccupés par le destin des mariages homosexuels. Il n'y avait pas une seule interview sans que l'on demande: "pourquoi les hongrois interdisent-ils les mariages homosexuels?". Récemment j'ai réussi à faire faire la traduction russe de la Constitution hongroise. Maintenant chaque intéressé a la possibilité de lire que la loi fondamentale hongroise précise: " l'Etat hongrois soutien la famille traditionnelle, composée de l'homme et de la femme". Les mariages homosexuels ne sont absolument pas mentionnés.

Ce n'est qu'un seul exemple, mais malheureusement une pareille fausse information sur la Constitution pourrait former l'opinion publique, même à l'échelle mondiale. Leur argument principal: "La Constitution hongroise représente une menace pour les fondements du libéralisme". Or pourquoi précisément le libéralisme doit prévaloir dans la Constitution sur les valeurs chrétiennes traditionnelles?

Il est vrai que les pays de l'Europe centrale et orientale ont pendant longtemps cherché leur propre chemin. Ils ont quitté leur ancienne voie de développement pour en emprunter une nouvelle. C'est un choix des peuples de ces pays et on doit le respecter. La plupart des pays de la région ont adopté leurs Constitutions non seulement avant l'adhésion à l'UE, mais même avant l'adoption du traité de Lisbonne. Aujourd'hui, ils sont obligés d'y apporter des amendements. Les uns sont retournés à leurs Constitutions de la période ante-socialiste, les autres ont adopté les nouvelles lois fondamentales, en se laissant guider souvent par des idées sur des prochains changements dans la société. La Hongrie, pour des raisons différentes, n'a pu faire un tel engagement comme l'adoption de la nouvelle Constitution. Et il se trouve qu'en adoptant aujourd'hui sa loi fondamentale, la Hongrie se voit obligée d'accorder sa vision sur le développement de la société avec celle de l'Europe. J'aimerais bien souligner également le fait que la Constitution hongroise contient une vaste Préambule qui explique le sens des articles de la loi et qui donne une appréciation de la période précédente du développement du pays. Or cette appréciation n'a d'ailleurs pas attiré l'attention des experts et des parlementaires européens.

 Il est clair que la Hongrie est mise sous la pression au niveau mondiale: la loi sur la presse, la Constitution du pays, la loi sur la Banque centrale etc... L'histoire de la Hongrie postsocialiste n'a pas connu l'existence de la majorité écrasante parlementaire qui jouit du droit d'adopter les lois de la portée constitutionnelle. Monsieur l'Ambassadeur me corrigera peut-être, mais d'après la Constitution de son pays même la loi sur le budget du pays doit être adoptée par les deux tiers du Parlement.

Le gouvernement de Victor Orban est le premier dans l'histoire de la Hongrie postsocialiste, à qui a été donnée la possibilité de s'occuper des lois et des reformes de la portée constitutionnelle, ce qui n'a jamais été possible auparavant. Sans parler de la partie économique du scandale autour de la Hongrie – mon collègue Magdolna Chat, professeur de l'Université János Kodolányi en dira quelques mots – j'aimerais bien souligner que le résultat de la critique actuelle est celui que la Hongrie peut se voir refuser le soutien financier du fond de stabilisation de l’Union européenne.

Pourquoi tout cela se passe-t-il aujourd’hui ? Selon le rapport de la Commission de l’Union européenne des années de 2002-2003 (à la veille de l’adhésion de la Hongrie à l’UE), à partir de 2003 la situation économique en Hongrie commence à s’empirer. C’est à ce moment que le problème du déficit budgétaire a surgi. Ainsi, ce problème pèse depuis 2003. Que dit ce fait aux spécialistes de la Hongrie? La période du 1998 au 2002 est le moment où le gouvernement de Victor Orban s’est trouvé au pouvoir. Le gouvernement de l’époque a su améliorer la situation que l’on a héritée du gouvernement précédent. Que voit-on plus tard? Un an après la passation du pouvoir, le cabinet gouvernemental aggrave le problème de la dette hongroise au lieu de continuer son amélioration. Aujourd’hui les résultats annuels sur la dette hongroise commencent à s’améliorer de nouveau. Or onimpose des sanctions économiques contre la Hongrie.

Je ne vais pas énumérer toutes les questions qui sont l’objet des discussions à l’Union européenne, je dirai seulement qu’il y beaucoup de discussions autour de la Banque centrale de la Hongrie. D’ailleurs, la question sur son indépendance a été également levée par la Commission européenne en 2003, et aussitôt retirée pour les 8 dernières années … C’est pourquoi le problème actuel de la Banque centrale n’est pas un problème du cabinet de Victor Orban, mais le problème qui lui a été laissé par le gouvernement précédent.

En Hongrie, le gouvernement de Victor Orban jouit d’un soutien populaire sans précédent pour le reste de l’Europe. La démocratie européenne se trouve dans une position embarrassante, car il lui faut comprendre comment réagir à la situation où un parti possède littéralement une majorité décisive dans le Parlement. En réalité, les dernières élections en Hongrie ont posé à l’Europe beaucoup de questions gênantes. C’est pour cela que l’on voit les tentatives de transférer la discussion dans une autre dimension afin de détourner l’attention des problèmes réels qu’il serait utile de résoudre à l’ensemble de la communauté européenne.



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