« La Russie et l’héritage de l’oikouménè byzantine »
Date de publication: 2011-12-05
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Jean-Pierre ARRIGNON (à gauche) et Marie-Hélène CONGOURDEAU (à droite)
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« La Russie et l’héritage de l’oikouménè byzantine »
Je voudrais me placer dans la réflexion qui était celle de mon collègue à savoir « pourquoi Byzance ? ». Aujourd’hui la Byzance peut être approchée d’une façon mythique. Il y a le mythe de Byzance. Il a un rêve de Byzance. Je n’irai pas loin, il suffit d’aller en direction du Printemps de Paris en ce moment et vous allez voir une belle vitrine décorée avec les parfums de Byzance.
Donc, La Byzance est toujours présente dans le monde d’aujourd’hui, mais elle n’est plus présente – et cela est très important – dans le changement idéologique. La Byzance n’est plus un lieu spécifique des débats des sexes des anges. La Byzance est aujourd’hui assumée comme le luxe exceptionnel que l’on n’est plus capable de produire.
C’est un retournement intéressant d’image. Alors, pourquoi pouvons-nous nous intéresser à la Byzance encore aujourd’hui ? C’est la question principale ! Je m’étonne que mes deux collèges n’aient pas évoqué la célèbre phrase du moine Eléazar de Pskov « la troisième Rome s’est installée et il n’y en point de quatrième » Ce qui, tout de même, me semble-t-il, a un sens important. Pourquoi cette conception est-t-elle importante ?
Premièrement, à la différence de ma collègue Marie-Hélène Congourdeau, je crois que la Russie est à la Byzance, ce que la France est à la papauté, la fille aînée de l’Eglise. C’est-à-dire que l’héritage est passé et non pas en sens d’héritage, mais dans un sens autre qui est celui de Constantinople. Je m’explique, et par ce biais je rends hommage à celle qui fut mon maître et qui aurait aimé y être ce soir – madame Hélène Ahrweiler. Cette dernière a très bien montré que Constantinople n’est pas une rupture avec Rome, mais bien le prolongement de Rome. De la même façon Kiev est le prolongement de Constantinople. Ce prolongement contient cet héritage. C’est en cela que la Byzance est très importante !
Deuxièmement, l’espace byzantin que l’on n’a pas invoqué est un espace de rayonnement que l’on appelle l’oikouménè. Cette oikouménè byzantine est quelque chose d’extraordinaire qui est aujourd’hui, dans le XXIème siècle un élément-clé de la recomposition du monde tant vue de Moscou que vue d’Ankara! Ceux deux assument désormais l’héritage byzantin dans une problématique spécifique, mais que toutes les deux prennent leurs sources dans l’oikouménè byzantine.
Quelle est la particularité de cette oikouménè ? Sa particularité consiste dans le fait d’avoir réuni dans un même ensemble idéologique des peuples des langues différentes. Des peuples qui prient dans des langues différentes en slavon, en arménien, en grec, mais qui partagent le même rapport vis-à-vis de Dieu et de l’empereur.
C’est un formidable exemple de modernité de rassembler dans cet ensemble que l’on appelle l’oikouménè byzantine des peuples divers qui se retrouvent tout de même en un seul. J’ai beaucoup apprécié ce qu’a dit monsieur Velitchko à propos du patriarche Photios. Ce dernier visite la bibliothèque de Bagdad, ce qu’il mentionne dans sa Bibliothèque, pour traduire les textes non seulement religieux, mais aussi philosophiques, historiques et des sciences de la nature avec ses amis et savants musulmans. Vous voyez que nous sommes assez loin de ce type de rapports aujourd’hui.
Si une grande partie de l’héritage culturel grec est arrivé en Occident, c’est par relais qui s'est brusquement interrompu aux alentours de l’an mille. Car, vous savez, qu’il n’a pas un seul manuscrit musulman qui est franchi vers l’Occident postérieur à l’an mille. La Byzance s’est tournée vers l’extérieur. C’est également le patriarche Photios qui était à l’origine de la christianisation de la Russie.
Chère Natalia, vous dites que le grand-duc Vladimir s’est tourné vers Constantinople puisque il n’y en avait aucune alternative. Attention, de l’autre côté vous avez un empire ottonien qui était dirigé aux alentours de l’an mille par un personnage assez exceptionnel Otton III que l’on a surnommé de «mirabilia mundi ». Ainsi, il y avait de côté de Rome un champ culturel à s’y associer !
Toutefois, l’héritage est passé par Kiev et c'est dans ce sens-là que la christianisation de la Rous’ de Kiev s’est déroulée par les byzantins. Les influences bulgares sont plus tardives, ce qu’on appelle la deuxième vague de christianisation de la Rous’.
Enfin, le dernier point que je voudrais souligner est lié au rôle de l’empereur. Comme ma collègue, je le suppose, j’aimerais bien savoir quel est empereur le plus vénéré par monsieur Velitchko, auquel il rêve tous les soirs ? Lui, qui les a tous étudié, pourra nous dire quel est son empereur préféré.
En ce qui me concerne, c’est un empereur que j’aime beaucoup, mais qui a été anathématisé à savoir Constantin V. J’adore Constantin V, dont la lecture est extraordinairement difficile parce que tout ce qu'il a écrit a été détruit. Pourtant, il était un brillant général et un remarquable théologien si l’on en croit du moins aux articles qui ont été écrits contre lui. Néanmoins, il était un iconoclaste – mais un iconoclaste à titre personnel, je ne crois pas qu’il ait professé une hérésie – il s’est tout simplement affirmé que le monde chrétien, lorsque il est en péril, ne peut en aucun cas se rassembler autour des reliques des saints, autour des icônes et des images pieuses. Les chrétiens qui encourent le danger ne peuvent se rassembler qu’autour du signe qui apporte la vie et la victoire qui est le signe de la Croix. Cette dernière apparut à Constantin le Grand lors de la bataille du pont Milvius.
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